L’Étrange Histoire de l’Église de l’Euthanasie

par Olivier
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L'Étrange Histoire de l'Église de l'Euthanasie
États-Unis, France

Insolite — une stratégie provocatrice

Poursuivant notre regard sur les mouvements les plus décalés, l’affaire de l’Église de l’Euthanasie illustre comment provocation, art performatif et activisme peuvent se confondre. L’apparition du groupe sur The Jerry Springer Show, épisode « I Want To Join a Suicide Cult » diffusé le 11 août 1997, reste l’un des moments-clés qui a attiré l’attention médiatique sur leurs méthodes et leur message (voir l’épisode).

Save the Planet, Kill Yourself

L’Église de l’Euthanasie se présente comme une « religion » antihumaine, fondée sur un seul commandement : « Tu ne procréerais point ». Son credo repose sur quatre piliers philosophiques controversés :

  • suicide,
  • avortement,
  • cannibalisme,
  • sodomie.

Il est important de préciser que le groupe affirme promouvoir uniquement des formes volontaires ou consenties de réduction démographique — il ne prône pas le meurtre. Pourtant, le ton spectaculaire et souvent choquant de ses interventions laisse penser qu’il s’agit autant d’une performance artistique que d’une doctrine sérieuse.

Plusieurs éléments plaident en faveur d’une lecture « performative » : sur leur page consacrée à l’antihumanisme, ils écrivent que la religion est « la preuve que les humains sont stupides » (source). Leur communication provocatrice — y compris via une page Twitter — vise clairement à capter l’attention des médias pour transmettre un message sur l’urgence écologique.

Unabomber for President !

Bob Dole and Bill Clinton debating

Fondée par Chris Korda — artiste, musicien et activiste — l’Église n’a pas hésité à recourir à des provocations extrêmes. En 1996, Korda participa au lancement de la campagne « Unabomber for President », davantage pour exploiter la notoriété du nom que pour approuver les actes violents de Ted Kaczynski. Korda expliqua à l’époque que l’objectif était d’attirer les médias : dans une société de masse, disait-elle, il est impossible d’opérer un changement significatif sans capter l’attention des grands médias (chriskorda.com, article de presse référencé par le San Francisco Chronicle).

La tactique fonctionnait : malgré la décrue d’activité après le pic d’exposition en 1997, l’Église de l’Euthanasie réapparaît régulièrement dans des rétrospectives et classements consacrés aux mouvements sectaires et aux curiosités culturelles (Film Daily, Backpackerverse).

« Merci de ne pas procréer »

Chris Korda

D’après une rétrospective, l’inspiration de Korda remonterait à un rêve de 1992 où un « Être » l’aurait avertie de l’effondrement écologique causé par la surpopulation. Le mot d’ordre ressorti de ce rêve fut lapidaire : « Save the Planet – Kill Yourself. » Pour faire passer ce message, le groupe distribuait à une époque des informations pratiques censées faciliter le suicide ; après qu’une femme eut suivi de telles instructions en 2003, ces contenus furent retirés pour éviter des poursuites (St. Louis Dispatch).

Par ailleurs, la provocation n’épargnait pas l’esthétique : la vidéo « I Like to Watch », publiée en décembre 2001, explorait des corrélations provocantes entre les attentats du 11-­septembre, le sport professionnel et la pornographie — une œuvre qui suscita des réactions cinglantes dans la presse (page vidéo).

Que reste-t-il aujourd’hui ?

Entrée du dictionnaire pour euthanasia

Qu’on l’interprète comme une secte, une farce prolongée ou un projet d’art politique, l’Église de l’Euthanasie demeure une curiosité persistante. En 2019, Chris Korda affirmait que le mouvement était « plus vivant que jamais » : des branches indépendantes s’étaient créées sans la consulter et le concept avait acquis une dynamique propre (entretien).

Avec l’aggravation des enjeux climatiques, l’antinatalisme — philosophie hostile à la procréation — gagne en visibilité. Certains y voient la continuité d’une inquiétude ancienne : l’idée que le monde n’est pas un lieu sûr pour faire naître des enfants n’est pas nouvelle, mais elle résonne désormais différemment face à la crise écologique (analyse).

Pour la suite, la trajectoire de l’Église de l’Euthanasie illustre la porosité entre art, activisme et scandale médiatique — une stratégie qui, qu’on l’approuve ou non, a réussi à maintenir le débat public autour de sujets dérangeants et essentiels.

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