La Vérité Inédite sur Sally Ride, la Première Astronaute Américaine

par Olivier
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La Vérité Inédite sur Sally Ride, la Première Astronaute Américaine
États-Unis

La vérité inédite sur Sally Ride

Le 18 juin 1983, Sally Ride entre dans l’histoire à bord de la mission STS-7 de la navette spatiale. Elle devient alors la première Américaine dans l’espace, après les cosmonautes russes Valentina Tereshkova en 1963 et Svetlana Savitskaya en 1982. Durant cette mission de 147 heures, elle pilote un bras robotique chargé de mettre des satellites en orbite autour de la Terre. Cette réussite spectaculaire fait d’elle une pionnière de l’astronautique et une figure emblématique de la NASA.

Mais Sally Ride ne fut jamais seulement une astronaute au parcours remarquable. Réservée, complexe et farouchement discrète, elle fuyait les projecteurs pour concentrer son énergie sur la science et sur des réformes progressistes. Après neuf ans passés à la NASA, elle s’est ensuite imposée comme professeure de physique, tout en défendant sans relâche la place des filles et des femmes dans les sciences. Voici le portrait d’une femme qui a marqué durablement l’histoire de l’espace américain.

Pour poursuivre ce voyage au cœur de son parcours, voici une image marquante de Sally Ride :

Sally Ride

Wikipedia

Sally Ride a grandi dans une famille profondément religieuse, un détail qui surprend parfois ceux qui associent spontanément les grandes figures de la conquête spatiale à un univers strictement scientifique. Née le 26 mai 1951, fille de Darrell Ride, professeur de science politique, et de Carol Anderson, conseillère bénévole dans une prison pour femmes, elle évolue dans un foyer où la foi et la curiosité intellectuelle coexistent naturellement. Son père et sa mère étaient anciens de l’Église presbytérienne, et sa sœur cadette, Karen « Bear » Ride, deviendra plus tard ministre ordonnée.

Dans cette famille, science et foi ne s’opposaient pas. Au contraire, elles semblaient aller de pair, comme le montrent plusieurs photos des deux sœurs en tenues inversées : Sally en combinaison de vol, Bear en col clérical. Après la mort de sa sœur, Bear expliquera que leurs parents les avaient encouragées à rester curieuses, à garder l’esprit ouvert et à respecter chaque être humain comme un enfant de Dieu. Cette éducation a nourri chez Sally Ride un sens rare de l’émerveillement scientifique.

Avant de choisir l’espace, Sally Ride a bien failli faire carrière dans le tennis. Très jeune, elle prend des cours à partir de l’âge de 10 ans, entraînée notamment par Alice Marble, championne de haut niveau aux quatre titres à l’US Open et aux deux victoires à Wimbledon. Grâce à une bourse, elle joue au Westlake School for Girls à Los Angeles et progresse rapidement jusqu’à être classée 18e chez les jeunes joueuses américaines. Billie Jean King elle-même l’encouragera à poursuivre dans cette voie et à devenir professionnelle.

Lorsqu’elle rejoint Swarthmore College en Pennsylvanie, Sally Ride continue à jouer et remporte deux années de suite les championnats est-américains universitaires. Elle envisage alors sérieusement un retour en Californie pour devenir joueuse pro. Pourtant, elle choisit finalement de quitter le tennis après avoir estimé que son coup droit était trop faible. Sa mère dira plus tard que le perfectionnisme de sa fille y avait aussi joué un rôle. Sally Ride retourne donc aux études pour se consacrer à l’anglais et à la physique. Match, set et changement de trajectoire.

Elle appartient ensuite à la toute première promotion féminine des astronautes de la NASA, un tournant majeur pour l’histoire des femmes dans l’astronautique. La NASA, fondée en 1958, est longtemps restée un bastion masculin. Il faudra près de vingt ans avant que des femmes soient officiellement admises dans le programme, et Sally Ride fait partie de cette classe fondatrice aux côtés de Judith Resnik, Anna Lee Fisher, Kathryn D. Sullivan et Margaret Rhea Seddon.

Cette promotion, la classe d’astronautes 8, rassemble aussi trois hommes afro-américains et le premier astronaute asiatique-américain du programme. Les femmes avaient bien été intégrées plus tôt à l’entraînement sous les surnoms de Mercury 13 ou FLATs, pour « Fellow Lady Astronaut Trainees », mais aucune n’avait atteint l’espace. La promotion de Sally Ride connaît, elle, un destin plus éclatant : Judith Resnik devient la première Américaine d’origine juive dans l’espace en 1984, Kathryn D. Sullivan devient la première Américaine à effectuer une sortie extravéhiculaire, et Anna Lee Fisher devient la première mère dans l’espace.

Sally Ride est aussi une surdouée au sens le plus classique du terme. Elle ne se contente pas d’être astronaute et sportive accomplie : elle obtient quatre diplômes à Stanford University. Selon les archives de l’université, elle décroche deux licences, en anglais et en physique, ainsi qu’une maîtrise puis un doctorat en physique avant même son entrée dans le programme spatial. Être retenue parmi des milliers de candidats par la NASA en 1978 est déjà une prouesse en soi.

Après neuf années à la NASA, elle revient enseigner à Stanford, au point que l’université juge nécessaire de retirer son nom de la porte de son bureau de peur d’attirer des admirateurs trop insistants. Plus tard, après sa mort d’un cancer du pancréas à 61 ans, Stanford donnera son nom à une résidence universitaire en son honneur. Une reconnaissance douce-amère pour une femme qui a toujours préféré le travail à la célébrité.

Après son passage à la NASA, Sally Ride mène une vie discrète en tant que femme homosexuelle. En 1982, elle épouse l’astronaute Steve Hawley, mais le mariage dure cinq ans. Elle partage ensuite sa vie avec Tam O’Shaughnessy, joueuse de tennis professionnelle et autrice de livres scientifiques pour enfants, jusqu’à sa mort en 2012. Cette relation surprendra de nombreux proches et admirateurs, qui apprendront son homosexualité seulement en lisant sa nécrologie.

Sa sœur Bear, elle-même lesbienne, expliquera plus tard que Sally n’était pas vraiment cachée ; elle était surtout très privée. Elle a même gardé pour elle pendant plus d’un an le fait qu’elle souffrait d’un cancer du pancréas. Bear Ride a aussi suggéré que cette réserve venait en partie de leurs origines norvégiennes et du refus de Sally Ride de se laisser enfermer dans des étiquettes. La plus juste, peut-être, est celle de modèle et de pionnière.

Sally Ride avec Tam O'Shaughnessy et Barack Obama

Nasa/Getty Images

Sally Ride quitte la NASA après la catastrophe de Challenger. Le 28 janvier 1986, la navette décolle de Cap Canaveral par un froid inhabituel, après plusieurs reports liés notamment à la météo au Sénégal et à un problème sur la trappe d’accès extérieure. Malgré les avertissements de certains ingénieurs concernant la vulnérabilité des joints toriques, le lancement est maintenu. Soixante-treize secondes après le décollage, la navette explose sous les yeux d’un public bouleversé.

Ride est la seule astronaute en activité à siéger au sein de la commission chargée d’enquêter sur la catastrophe, la Rogers Commission. Les conclusions confirment qu’un défaut de joint torique est à l’origine du drame. Des années plus tard, sa biographe Lynn Sherr indiquera que la décision de Sally Ride de quitter la NASA en 1987 est très probablement liée à ce traumatisme et aux conclusions éprouvantes de l’enquête. Judith Resnik, membre de sa promotion, a péri dans l’explosion, et Sally Ride n’hésitait pas à poser les questions les plus difficiles. Elle siègera aussi, en 2003, à la commission d’enquête sur l’explosion de Columbia.

En tant que femme astronaute, Sally Ride a subi un sexisme constant, parfois absurde. Les journalistes lui posaient des questions que l’on n’aurait jamais adressées à un homme, comme : « Le vol affectera-t-il vos organes reproducteurs ? », « Pleurez-vous quand les choses tournent mal au travail ? » ou encore « Allez-vous devenir mère ? ». Elle répondait avec calme, rappelant qu’aucune preuve ne montrait que les vols spatiaux bouleversaient la physiologie féminine, et soulignant l’étrangeté de ces questions adressées uniquement à elle.

Dans des entretiens, Sally Ride expliquera qu’il aurait été plus simple qu’une autre femme l’accompagne lors de son premier vol en 1983. Elle racontera aussi que les seules expériences franchement négatives autour de la mission venaient de la presse. Pourtant, le sexisme existait aussi au sein même de la NASA : on lui demanda notamment de contribuer à la conception d’une trousse de maquillage adaptée à l’espace et l’on suggéra qu’une femme emporte cent tampons pour une mission d’une semaine, au cas où ses règles commenceraient à bord de la navette.

Malgré ces obstacles, Sally Ride consacre une grande partie de sa vie à soutenir les filles dans les sciences. Adolescente, elle fréquente un lycée de jeunes filles à Los Angeles où les cours de sciences et de mathématiques sont très limités. L’établissement privilégie l’anglais et le sport, et elle dira plus tard avoir souffert de ce manque de formation STEM. Cette expérience deviendra un moteur essentiel de son engagement pour les femmes dans les sciences.

Avec Tam O’Shaughnessy et l’université de Californie à San Diego, elle fonde en 2001 Sally Ride Science, une organisation de diffusion scientifique. Le programme a formé plus de 30 000 élèves et distribué des millions de livres et de ressources sur les carrières STEM. Sally Ride et Tam O’Shaughnessy ont aussi écrit ensemble cinq livres scientifiques pour la jeunesse, dont To Space and Back, Voyager, The Third Planet, Exploring Our Solar System et The Mystery of Mars.

Parmi ses autres réalisations figure le projet EarthKAM, qui permet à des collégiens de photographier la Terre depuis la Station spatiale internationale. Tout au long de sa vie, Sally Ride invitait les jeunes à « viser les étoiles ». Elle a donné à d’innombrables enfants les moyens concrets de le faire.

Sa célébrité, pourtant, l’a toujours laissée mal à l’aise. Sally Ride est devenue la première Américaine dans l’espace, la plus jeune Américaine à y parvenir et sans doute la première Américaine homosexuelle à avoir voyagé hors de l’atmosphère. Cette notoriété était inévitable, mais elle ne la recherchait pas. Très privée, elle supportait difficilement l’attention médiatique, avant comme après ses deux missions spatiales, et allait jusqu’à demander à la NASA de ne pas répondre aux requêtes concernant des produits dérivés à son nom.

Elle ne se voyait ni comme un modèle ni comme une icône, et regrettait qu’on considère encore son métier d’astronaute comme une exception presque anormale pour une femme. Après son travail au sein de la commission Rogers, elle quitte la NASA en 1987 pour enseigner la physique d’abord à Stanford, puis à l’université de Californie à San Diego. Son partenaire Tam O’Shaughnessy résumera parfaitement son état d’esprit : Sally faisait les choses parce qu’elle en avait envie, pas pour les distinctions ni pour les statues.

La culture populaire n’a jamais cessé de s’approprier son nom. Avant son premier vol spatial en juin 1983, les radios américaines diffusaient en boucle Mustang Sally, interprétée par Wilson Pickett. La chanson, écrite en 1965 par Mack Rice, s’est imposée comme un hymne involontaire pour cet été-là, tandis que des spectateurs enthousiastes chantaient « ride, Sally, ride » pendant qu’elle montait à bord de la navette avec ses quatre coéquipiers.

Lou Reed et Wilson Pickett

Keystone/Getty Images, Wikipedia

Le lien avec la culture populaire américaine ne s’arrête pas là. Lou Reed, de Velvet Underground, a aussi composé une chanson intitulée Ride Sally Ride, apparemment avant même d’avoir entendu parler de celle qui deviendrait bientôt une célébrité mondiale. Un auteur du New Yorker y a vu une prophétie étrange sur l’ascension de Ride au sein de la NASA, citant notamment la phrase : « Ooh, isn’t it nice when your heart is made of ice? », qu’il a interprétée comme une allusion à son célèbre sang-froid.

Bien sûr, Mustang Sally comme Ride Sally Ride ont été écrites avant son entrée dans le programme spatial. Le hasard est facile à expliquer : Sally est un prénom courant, et ride est un verbe. Pourtant, cette coïncidence dit quelque chose d’essentiel sur son impact culturel. Dès que ces trois mots résonnent, ils renvoient spontanément à Sally Ride, preuve que son nom appartient désormais à la mémoire collective.

Sally Ride cherche aussi à rendre les navettes spatiales plus confortables pour celles qui viendront après elle. Lorsque la NASA l’admet dans son programme en 1978, les navettes sont pensées pour des hommes. Pendant vingt-cinq ans, cela suffisait. Puis Sally Ride arrive et change plusieurs choses décisives pour les futures astronautes.

Avant de quitter la NASA en 1987, elle veille à laisser sa marque sur la conception des navettes. Il ne s’agit pas de trousses de maquillage ni de tampons, mais de confort et d’ergonomie. Elle obtient des sièges réglables pour mieux s’adapter à la morphologie féminine, demande l’ajout d’un rideau dans l’espace sanitaire et la refonte des toilettes à aspirateur. De petits ajustements en apparence, mais des avancées concrètes pour l’astronautique et l’égalité dans l’espace de travail.

La navette spatiale Endeavour

Handout/Getty Images

Sa dernière bataille, Sally Ride la mène contre un cancer du pancréas. Au cours de sa vie, elle en remporte beaucoup d’autres : sur le court de tennis, dans le ciel, puis dans le monde de l’éducation scientifique. Elle meurt en 2012, dix-sept mois après son diagnostic, après avoir choisi de ne parler de sa maladie à ses proches que peu avant la fin.

À sa disparition, Barack Obama salue une vie qui prouve qu’aucune limite n’existe à ce que les êtres humains peuvent accomplir. Quatre ans plus tôt, elle confiait à quel point la vue de la Terre depuis la navette l’avait bouleversée : « C’est incroyable comme notre planète est belle, et comme elle paraît fragile. » Fragiles aussi, finalement, sont celles et ceux qui l’habitent. Même les pionnières les plus déterminées. Ride, Sally, ride. Vers les étoiles et vers le coucher du soleil.

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