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Depuis plus d’un siècle, Tarzan fascine les lecteurs et les spectateurs en se balançant à travers la jungle dans les romans, le cinéma et les dessins animés. Figure d’aventure par excellence, il incarne un lien ambigu entre nature sauvage et monde civilisé. Créé par Edgar Rice Burroughs en 1912, le personnage devient rapidement un phénomène culturel, au point d’inspirer des générations entières et de s’imposer durablement dans l’imaginaire collectif. Mais parfois, la frontière entre fiction et histoire vraie se brouille de façon saisissante.
Car, au Vietnam, un homme a réellement vécu pendant près d’un demi-siècle au cœur de la jungle. Ho Van Lang a mené une existence hors du commun, marquée par l’isolement, la survie et un retour difficile à la société. Son histoire, aussi extraordinaire que tragique, illustre à quel point une vie passée loin du monde moderne peut façonner un destin singulier.
Le vrai Tarzan vietnamien : 40 ans dans la jungle
Contrairement au Tarzan fictif, issu d’un milieu aristocratique avant d’être abandonné en Afrique à la suite d’un accident, Ho Van Lang a connu la jungle pour une raison bien plus dramatique. Son père l’y a emmené alors qu’il n’était encore qu’un nourrisson, afin de fuir les combats de la guerre du Vietnam, qui avaient déjà coûté la vie à plusieurs membres de sa famille. Dès lors, Lang a grandi sous la seule autorité de son père, loin de toute civilisation moderne, pendant 40 ans.
Le quotidien du Tarzan vietnamien n’avait rien du romantisme associé au mythe. Dans un documentaire réalisé par Docastaway, Ho Van Lang explique que les animaux fuyaient toujours sa présence, à l’inverse de la relation presque magique que le héros de fiction entretient avec la faune. En revanche, il avait développé des compétences de survie remarquables, forgées par des décennies dans la forêt vietnamienne. Il savait capturer de gros rats grâce à des pièges ingénieux, allumer un feu à une vitesse impressionnante, fabriquer ses vêtements à partir d’écorce d’arbre et même récupérer des chauves-souris dans les cavités du bambou pour en faire un repas.
Voici quelques-uns des savoir-faire qui ont marqué sa vie en pleine nature :
- pièges artisanaux pour attraper des animaux sauvages ;
- techniques rapides d’allumage du feu ;
- vêtements tissés à partir d’écorce ;
- connaissance approfondie de la jungle vietnamienne ;
- usage de ressources naturelles pour se nourrir et survivre.
Mais passer d’une vie entièrement tournée vers la jungle à la civilisation fut un choc profond. Et, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce retour ne s’est pas fait de son plein gré.

Le retour à la civilisation
Selon VN Express, la seule personne à avoir gardé un contact avec Ho Van Lang et son père durant leurs années d’isolement était son frère, qui leur rendait visite plusieurs fois par an. NPR rapporte pour sa part qu’il ne leur aurait rendu visite que quelques fois. Quoi qu’il en soit, la famille savait qu’ils vivaient toujours dans la jungle. Lorsque la santé du père de Lang a commencé à décliner sévèrement, son frère a estimé qu’il était temps de les ramener à la société et a sollicité les autorités.
Le retour à la vie moderne a été difficile pour le père de Lang, tandis que Ho Van Lang a commencé à apprendre la langue locale et à s’ouvrir peu à peu au contact humain. Pourtant, des décennies passées presque seul avaient façonné un homme qui ne pouvait pas s’adapter du jour au lendemain à la société. Ayant été guidé presque exclusivement par son père, Lang ne possédait qu’une connaissance très limitée du monde des hommes.
D’après le documentaire de Docastaway, son frère affirmait qu’il ignorait même les notions de bien et de mal. Il ne comprenait pas non plus des concepts élémentaires, comme la différence entre les sexes ou la nature de la lune. Il appréciait les trajets en voiture et observait avec curiosité les animaux amicaux envers les humains, mais le reste de la civilisation lui paraissait simplement “bruyant”. Pour certains, cet écart brutal entre deux mondes aurait pesé lourdement sur sa destinée.

La mort tragique de Ho Van Lang
Ho Van Lang est revenu parmi les hommes en 2013, mais il n’a pas eu le temps de construire durablement une nouvelle vie. Comme le souligne Outsider, il n’est resté que peu d’années dans le monde moderne. Il a pourtant réussi, mieux qu’on aurait pu l’imaginer pour un homme d’âge mûr ayant grandi uniquement avec la nature et un père perçu comme excentrique, à se faire des amis, à apprendre une langue qu’il ne connaissait auparavant que par quelques mots et à se familiariser avec certaines technologies modernes.
Il a aussi appris à connaître les enfants de son frère et à passer du temps avec la famille qu’il aurait dû côtoyer si son père ne l’avait pas emmené dans la jungle pour se cacher d’un ennemi disparu depuis des décennies. Cependant, selon VN Express, il passait encore une grande partie de son temps dans la forêt au moment de sa mort, survenue le 13 septembre 2021. Ho Van Lang avait 52 ans.
Malgré une silhouette maigre, son état physique restait remarquable, probablement grâce à des années d’entraînement à la survie dans la jungle. Mais le cancer, maladie qui peut frapper n’importe qui, a finalement eu raison de lui. Ainsi s’est éteint le Tarzan vietnamien, personnage bien réel d’une histoire vraie aussi fascinante que douloureuse.

Pourquoi certains pensent que la civilisation moderne l’a tué
Au cours des années qui ont suivi sa sortie de la jungle, Ho Van Lang s’est lié d’amitié avec Alvaro Cerezo, guide en milieu sauvage et explorateur. D’après Outsider, il était même devenu son ami le plus proche. Cerezo admirait les compétences de survie acquises par Lang dans la forêt et le décrivait comme l’une des personnes les plus attachantes qu’il ait rencontrées. Cette impression se retrouve d’ailleurs dans presque toutes les apparitions publiques de Lang, où son sourire semblait dire autant que ses mots.
Cerezo voyait en lui un homme presque “surhumain” en raison de ses talents de bushcraft et de sa capacité à vivre avec si peu. Les deux hommes partageaient une même fascination pour la survie en milieu naturel, et Lang se montrait heureux de transmettre ce qu’il savait. À l’annonce de sa mort, Cerezo a surtout dit se sentir soulagé que ses dernières semaines de souffrance soient enfin terminées.
L’explorateur est convaincu que c’est le monde moderne qui a eu raison de Lang. Le passage brutal d’une vie pure dans la jungle à l’environnement chargé de produits chimiques, de cigarettes, d’alcool et d’autres dangers inconnus aurait, selon lui, bouleversé son organisme au point de ne pas pouvoir le supporter. Les experts n’ont pas tranché de manière définitive, mais une chose demeure certaine : le Tarzan vietnamien appartient désormais à l’histoire, et il pourrait ne jamais exister d’autre destin semblable en dehors des récits et des livres.
Ainsi se referme le destin de Ho Van Lang, entre mythe de la jungle, histoire vraie et choc de la modernité, un récit insolite qui continue de marquer les amateurs d’histoire, de science et de culture.
