* Sports
À quel point les nunchucks sont-ils dangereux dans la vie réelle ?
Comme beaucoup de jeunes ayant grandi avec les films de Bruce Lee, Marc Thiessen, alors contributeur au Philadelphia Inquirer, était fasciné par la virtuosité du maître à l’écran. Parmi ses gestes emblématiques figurait l’usage des nunchucks, ou nunchakus. Déterminé à entrer dans une sorte de “mode dragon”, l’adolescent avait acheté une paire de nunchucks “souples”, fabriqués en contreplaqué léger et recouverts de mousse jaune vif.
Jeune New-Yorkais dans les années 1980, il ignorait qu’il commettait un délit jusqu’au moment où un policier l’aperçut dans le métro, nunchucks à la main, et l’arrêta. À son insu, New York avait instauré en 1974 une interdiction totale de posséder des nunchucks, interdiction qui ne fut levée qu’en décembre 2018. Thiessen n’était pas le seul à découvrir à ses dépens que l’admiration pour Bruce Lee pouvait conduire derrière les barreaux.
La ville de New York n’était d’ailleurs pas un cas isolé. Selon NPR, l’Arizona avait interdit les nunchucks dans les années 1970 et maintenu cette prohibition jusqu’en 2019, malgré une réglementation plus souple sur le port d’armes à feu. Avant leur légalisation, les nunchucks relevaient de la même catégorie que les bombes et les armes automatiques. Tuscon.com précise que deux autres États, le Massachusetts et la Californie, interdisaient encore les nunchucks à cette époque. Bien sûr, frapper quelqu’un avec deux bâtons reliés peut être dangereux, mais si quatre États les ont un jour bannis, on peut se demander à quel point les nunchucks sont réellement redoutables.
Bâtons de fureur

Pour évaluer la dangerosité des nunchucks, il faut écarter Bruce Lee du calcul : ses mains étaient déjà meurtrières sans cet accessoire. Ce serait un peu comme juger la menace que représentent des crayons et des livres à partir de ce que John Wick pourrait en faire. En revanche, il n’est pas nécessaire d’avoir ce niveau de maîtrise pour infliger de graves blessures avec des nunchucks.
Comme l’a rapporté le Telegraph, en 2008, un adolescent britannique qui s’était introduit à une fête d’Halloween a battu à mort un écolier avec des nunchucks après s’être vu demander de partir. Cet épisode rappelle que, derrière leur image de geste spectaculaire associé aux arts martiaux et au cinéma d’action, les nunchucks peuvent devenir une arme extrêmement violente entre de mauvaises mains.
Paradoxalement, certains services de police en Californie ont adopté les nunchucks comme alternative supposément plus sûre aux armes à feu ou aux matraques pour maîtriser des suspects. Le chef Michael Johnson, de la police d’Anderson, a expliqué à NPR que leur usage devait donner une image moins agressive des forces de l’ordre. Mais PBS rapporte qu’une mesure similaire a échoué à Los Angeles après que la police eut utilisé des nunchucks contre des manifestants, provoquant des fractures aux bras et aux jambes, ainsi que des lésions nerveuses.
Ainsi, dans le débat de société sur les nunchucks, l’objet oscille entre accessoire de culture populaire, arme interdite et outil controversé de maintien de l’ordre. Entre fascination martiale et risque bien réel, leur histoire montre comment un symbole du cinéma d’arts martiaux peut aussi devenir un sujet de législation, de sécurité publique et de violence largement débattu.
