Sommaire
Il existe peu de certitudes dans la vie, mais celle-ci en fait partie : la mort n’a rien d’agréable. Et, pour beaucoup, l’inquiétude ne s’arrête pas au dernier souffle. Même lorsque tout semble devoir se terminer dans la dignité, l’histoire montre que le devenir posthume peut prendre des tournures aussi insolites qu’inattendues. Entre curiosité scientifique, folklore macabre et dérives humaines, certains destins après la mort sont devenus de véritables récits d’histoire étrange.
À défaut d’échapper à son sort, on pourrait au moins espérer que le corps repose en paix. Pourtant, il arrive que des décès célèbres ouvrent la porte à des épisodes troublants : restes déplacés, organes conservés, dépouilles exposées ou maniées comme des objets de prestige. Ces histoires posthumes, parfois liées à la science, parfois à la politique, révèlent une relation singulière entre les vivants et les morts.
Le cerveau d’Einstein finit dans une cave
Albert Einstein comptait parmi les esprits les plus brillants de l’histoire, ce qui a suffi à éveiller les convoitises. Après sa mort, son cerveau fut volé, découpé en fragments puis conservé dans des bocaux, entreposés dans une cave. Le responsable de cette opération était Thomas Harvey, pathologiste de garde à l’hôpital de Princeton la nuit où Einstein mourut.
Harvey obtint ensuite l’accord, a posteriori, du fils d’Einstein, qui espérait que cette conservation servirait la science. Mais la suite fut bien plus étrange que rigoureuse : le cerveau fut gardé dans une boîte à cidre, puis Harvey fréquenta William Burroughs, avec qui il échangea des anecdotes autour de ce macabre trophée. Plus tard, il tenta une étude comparative, mais la communauté scientifique jugea ses conclusions fragiles, faute de démontrer que les différences observées expliquaient réellement le génie d’Einstein.
En bref :
- le cerveau d’Einstein a été prélevé après l’autopsie ;
- il a été conservé en bocaux dans une cave ;
- les résultats scientifiques obtenus sont restés contestés.
Cet homme a passé son après-vie comme mannequin de fête foraine
De son vivant, Elmer McCurdy n’était qu’un inconnu. Après sa mort, il devint une curiosité de l’histoire insolite. Abattu en 1911 après avoir participé à un braquage de train, il n’avait pourtant presque rien emporté avec lui : le butin total se limitait à deux bidons de whiskey et 46 dollars. Personne ne réclama son corps, et le coroner eut alors l’idée de faire payer les visiteurs pour voir le cadavre du hors-la-loi.
Son corps resta ainsi exposé un temps, avant que deux forains se fassent passer pour ses frères et le récupèrent pour un spectacle itinérant. Des années plus tard, en 1976, une équipe de télévision démontant un décor de maison hantée au Nu-Pike Amusement Park arracha par accident un bras du “mannequin” et découvrit un os humain à l’intérieur. Les propriétaires ignoraient apparemment qu’il ne s’agissait pas d’une simple figurine. McCurdy ne fut finalement enterré qu’en 1977, à Guthrie dans l’Oklahoma, sous une dalle de béton pour éviter toute nouvelle exhumation.
Oliver Cromwell fut exécuté trois ans après sa mort
Oliver Cromwell reste l’une des figures les plus controversées de l’histoire britannique. Député militaire ayant contribué à la défaite des forces royales en 1646, il s’imposa ensuite comme l’homme fort de l’Angleterre après l’exécution de Charles Ier. En 1658, il mourut d’une “fièvre tierce bâtarde”, probablement le paludisme.
Sa mort n’apaisa pourtant pas les esprits. Pour ses adversaires, Cromwell demeurait un traître et un usurpateur. Selon les récits historiques, son cercueil fut enterré en secret, puis le Parlement ordonna trois ans plus tard une exécution posthume. Le corps fut exhumé à Westminster Abbey, pendu et décapité ; la tête fut placée sur un poteau, tandis que le corps fut jeté dans un fossé. Ce crâne connut ensuite une longue errance, passant de mains en mains avant d’être étudié à plusieurs reprises pour en confirmer l’authenticité, puis enterré à l’université de Cambridge, trois siècles après le début de son étrange voyage posthume.
Le cœur de Frédéric Chopin devint un souvenir macabre
Sur son lit de mort à Paris, le compositeur polonais Frédéric Chopin formula une demande très précise : il voulait que son cœur retourne dans sa patrie. Ce geste relevait à la fois du patriotisme et de la crainte d’être enterré trop tôt. Sa sœur veilla à honorer ce vœu : l’organe fut retiré, placé dans un bocal de cognac — ou peut-être un autre alcool — puis ramené clandestinement en Pologne, où il fut scellé dans un pilier de l’église Sainte-Croix à Varsovie.
Mais Chopin était aussi un symbole du nationalisme polonais, ce qui déplaisait fortement aux nazis. Durant l’occupation allemande, son cœur fut de nouveau exhumé et remis à un officier SS, Erich von dem Bach-Zelewski, visiblement amateur de reliques morbides. À la fin de la guerre, il fut restitué à l’église. En 2004, des scientifiques l’examinèrent encore pour tenter de comprendre sa mort ; l’observation visuelle suggéra une tuberculose. L’organe fut ensuite replacé dans son pilier, où il repose toujours.
George Washington aurait été congelé. Enfin, presque.
Le premier être humain cryogéniquement conservé fut James Bedford, en 1967. Mais l’idée de préserver un corps pour le ramener plus tard à la vie est bien plus ancienne. En décembre 1799, George Washington mourut d’une infection grave de la gorge — un simple mal de gorge pouvait, à l’époque, être fatal. Le jour de son décès, le froid était particulièrement intense, et son ami et médecin William Thornton découvrit un corps déjà raidi par le gel.
Thornton proposa alors une tentative de réanimation d’une étonnante modernité : décongélation progressive, réchauffement par étapes, respiration artificielle et même transfusion de sang de mouton. Les médecins d’aujourd’hui savent effectivement réanimer certains patients hypothermiques ou quasi gelés selon une logique proche, sauf pour le détail du sang de mouton. Dans le cas de Washington, cela n’aurait pas suffi, puisqu’il était déjà mort avant d’être totalement congelé. Mais l’idée, pour son époque, n’était pas si folle.
Le corps préservé d’Eva Perón
Eva Perón, épouse du président argentin Juan Perón, mourut d’un cancer du col de l’utérus en 1952, au milieu d’une période politique agitée. Très populaire auprès du peuple, elle fut rapidement transformée en symbole national. Le gouvernement décida donc de préserver son corps, à l’image de certaines figures politiques devenues quasi mythiques.
Sa dépouille embaumée fut d’abord conservée dans les locaux d’un syndicat argentin, puis volée en 1955 lors d’un coup d’État visant à forcer l’exil de son mari. Ensuite, son parcours devint flou : camion, cinéma, services municipaux, nouveaux lieux cachés… À chaque déplacement, des admirateurs venaient discrètement déposer fleurs et bougies, ce qui compliquait les tentatives de dissimulation. En 1957, le corps fut enterré sous une fausse identité à Milan. Plus tard, il fut exhumé et rendu à Juan Perón, installé alors à Madrid, qui le garda exposé dans sa salle à manger. Après la mort de Juan Perón, les deux corps furent un temps présentés ensemble, avant qu’Eva ne soit enfin inhumée dans un caveau familial à Buenos Aires.
Des morceaux de Mary Bateman furent vendus comme souvenirs
S’il est déjà fascinant qu’un tueur en série entre dans le folklore, le cas d’une femme criminelle suscite une attention encore plus morbide. Surnommée la “sorcière du Yorkshire”, Mary Bateman commença sa carrière en se faisant passer pour l’intermédiaire de deux faux médiums, “Mrs. Moore” et “Miss Blythe”. Elle vivait d’arnaques, vendant potions, prédictions et malédictions, avant de cibler des personnes fragiles, malades ou terrifiées par l’idée de mourir.
Elle leur promettait une guérison magique puis les extorquait. D’après les sources historiques, elle tua au moins quatre des personnes qu’elle prétendait aider et faillit en tuer une cinquième. Découverte, elle fut pendue le 20 mars 1809. Mais son histoire ne s’arrêta pas là : son corps fut transporté à l’infirmerie de Leeds, où l’on fit payer les curieux pour l’observer. Lors de la dissection, plusieurs milliers de visiteurs se pressèrent aussi. Le plus glaçant fut sans doute la suite : sa peau fut retirée, séchée puis découpée en souvenirs, et une partie servit même à relier un livre. Son squelette fut exposé pendant deux siècles.
Le cerveau de JFK fut volé
Quand on ne peut pas emporter le corps entier d’une célébrité, il reste parfois un organe. Les organes internes se dérobent plus facilement, et celui du président John F. Kennedy suscite encore des interrogations. Son cerveau a disparu en 1966, trois ans après son assassinat. Souvenir macabre ? Effacement volontaire ? Les théories abondent.
Le cerveau de JFK avait été retiré lors de l’autopsie, placé dans un bocal en acier inoxydable, puis envoyé aux Archives nationales avec d’autres éléments médico-légaux. Mais il disparut quelques années plus tard. Pour certains, cette disparition prouverait qu’on a voulu cacher quelque chose sur la direction du tir. D’autres imaginent que Robert Kennedy l’aurait emporté afin d’empêcher toute utilisation politique ou médicale. Il est toutefois bien plus plausible qu’un employé ait tout simplement ouvert le mauvais dossier. Un jour, peut-être, ce cerveau réapparaîtra dans un carton oublié lors d’une vente de succession.
Mary Shelley garda le cœur de son mari mort pendant des années
Le poète Percy Bysshe Shelley était marié à Mary Shelley, célèbre autrice de Frankenstein. Leur histoire, déjà marquée par la littérature et le romantisme noir, prit une tournure encore plus étrange lorsque Percy mourut en mer à 29 ans, noyé lors d’une tempête. Après sa crémation, une anomalie troubla ses proches : son cœur ne se consuma pas avec le reste du corps.
Un ami, Leigh Hunt, récupéra cet organe intact et le remit à Mary Shelley. Elle ne l’enterra pas avec le reste de son mari : elle l’enveloppa dans de la soie et le conserva pendant des années, comme une relique privée. À sa mort en 1852, on retrouva ce cœur dans son bureau, entouré d’un exemplaire d’un poème de Percy. L’organe ne fut finalement enterré qu’en 1889, avec leur fils. L’épisode paraît presque écrit pour le mythe littéraire, tant il évoque le lien entre amour, mort et mémoire posthume.
Une sorte de “Week-end chez Errol Flynn”
John Barrymore fut une immense vedette du début du XXe siècle, connu pour ses rôles de Richard III et d’Hamlet. Il passa du théâtre au cinéma dans les années 1920, tout en alternant performances et excès d’alcool. À l’aube des années 1940, il souffrait de cirrhose, d’œdèmes chroniques, de maladie rénale et même d’une forme précoce de démence liée à l’alcool. Il mourut à 60 ans.
Malgré ses excès, Barrymore comptait de nombreux amis, dont le jeune Errol Flynn. Après sa mort, Flynn et quelques proches improvisèrent une veillée dans un bar, tandis que le réalisateur Raoul Walsh quittait la table en feignant d’être bouleversé. En réalité, il se rendit à la morgue, soudoya un employé et “emprunta” le corps de son ami pour le placer dans le salon de Flynn. Ce dernier raconta avoir ouvert la porte, actionné l’interrupteur, puis découvert le visage de Barrymore dans la lumière : yeux clos, traits pâles, corps non embaumé. La scène fut si choquante qu’il poussa un cri. Les amis ramenèrent finalement Barrymore à la morgue, et Flynn alla se coucher.
Le corps d’Abraham Lincoln fit une tournée aux États-Unis
Abraham Lincoln fut embaumé avant d’entamer un voyage de deux semaines à travers les États-Unis, sur près de 2 600 kilomètres. Le cercueil parcourut le pays en train et s’arrêta dans environ 400 gares, afin que les citoyens puissent voir une dernière fois, parfois pour la première fois, le président assassiné. En 1865, la technique d’embaumement restait imparfaite, et la dépouille commença à se détériorer au fil de cette immense tournée funéraire.
Après son inhumation dans le tombeau du cimetière d’Oak Ridge, à Springfield dans l’Illinois, Lincoln ne connut pas pour autant le repos. En 1876, des hommes tentèrent de voler son cercueil pour obtenir une rançon ; ils allèrent jusqu’à déplacer le couvercle en marbre et à faire glisser le cercueil sur plusieurs mètres. Mais un indicateur avait infiltré le groupe et les forces de l’ordre les arrêtèrent avant qu’ils ne disparaissent avec le corps. Par la suite, la dépouille fut déplacée plusieurs fois avant d’être scellée définitivement dans trois mètres de ciment et d’acier.
Les cellules qui ont fait le tour du monde
Henrietta Lacks mourut d’un cancer du col de l’utérus en 1951. Avant sa mort, un médecin préleva des cellules de sa tumeur et constata quelque chose d’extraordinaire : au lieu de mourir en laboratoire comme celles d’autres patients, elles continuaient à se multiplier, doublant toutes les 20 à 24 heures. Elles devinrent les célèbres cellules HeLa, un nom désormais indissociable de l’histoire de la médecine.
Aujourd’hui, des cellules vivantes issues d’Henrietta Lacks sont présentes dans des laboratoires du monde entier. Elles ont servi à développer le vaccin contre la polio, à tester des traitements contre le cancer, à étudier les effets du poison et des radiations sur les cellules humaines, et à mieux comprendre le génome humain. Mais cette contribution capitale à la science médicale a un revers éthique majeur : ses cellules furent prélevées sans son consentement, et sa famille n’apprit l’existence de la lignée HeLa que dans les années 1970. Même ensuite, elle ne reçut jamais de compensation pour l’usage de ce matériel génétique, et son contrôle sur le devenir du génome Lacks reste limité.
Ainsi se referment ces récits posthumes aussi fascinants que dérangeants, où la mémoire des morts bascule parfois dans l’histoire étrange, la science ou le folklore. Et d’une section à l’autre, une même évidence demeure : après la mort, les destins les plus célèbres ne cessent pas toujours d’étonner.
