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Le blocage du détroit d’Ormuz, qui paralyse les côtes iraniennes depuis un mois et demi, ne pèse pas uniquement sur les cours du pétrole. Pour les agriculteurs français, cette crise maritime provoque une envolée spectaculaire du prix des engrais, dont un tiers de la production mondiale dépend de cette route stratégique. Le prix de la tonne d’urée, un engrais azoté parmi les plus utilisés au monde, a presque doublé en quelques semaines, grimpant de 537 euros début février à 806 euros actuellement.
Une menace sur les récoltes et la rentabilité
Cette flambée survient alors que les agriculteurs commencent ce printemps leurs commandes pour les récoltes de l’année prochaine. Selon Sébastien Poncelet, analyste pour l’Argus Média, la situation pourrait devenir critique dès cet été si le conflit persiste. Le problème majeur réside dans l’effet de « contre-marge » : alors que les coûts de production explosent, le prix de vente des céréales reste stable en raison de stocks importants, ce qui limite drastiquement la capacité d’achat des exploitants.
Si les cultures d’hiver comme le blé, l’orge ou le colza ont été épandues avec des stocks constitués avant le conflit, les cultures de printemps, comme le maïs, sont directement menacées. Certains agriculteurs pourraient être contraints de réduire leurs apports en engrais, impactant ainsi les rendements futurs.
Une dépendance aux marchés mondiaux
Le détroit d’Ormuz est un point de passage névralgique pour l’agrochimie mondiale. Avant le blocage, 31 % des exportations mondiales d’urée, 20 % du gaz naturel liquéfié et 18 % de l’ammoniac transitaient par cette zone. L’urée étant produite à partir d’ammoniac, lui-même issu du gaz, toute tension dans le Golfe perturbe l’ensemble de la chaîne. Même si la France s’approvisionne principalement en Afrique du Nord et en Égypte, le déséquilibre du maillage mondial provoque une hausse généralisée des prix.
Face à cette crise, la Confédération paysanne appelle à une transformation profonde du modèle de production. Le syndicat préconise de sortir de la dépendance aux intrants chimiques en réintroduisant l’élevage dans les régions céréalières pour utiliser le fumier comme fertilisant naturel. De son côté, la FNSEA regrette que l’Europe n’ait pas suffisamment investi dans des usines de production locales depuis la crise de 2022.
Vers une répercussion sur les prix alimentaires
Le surcoût financier est massif pour les exploitations françaises. Yannick Fialip, président de la commission économie de la FNSEA, estime que cette crise représente une charge supplémentaire de 15 000 à 20 000 euros par an pour une exploitation moyenne en polyculture élevage ou céréales. À cela s’ajoute la hausse du prix du gazole non routier (GNR), indispensable aux travaux des champs.
Pour soutenir le secteur, des pays comme l’Espagne ou la Grèce ont déjà mis en place des subventions ciblées. En France, le gouvernement a annoncé une exonération de 4 centimes par litre sur le GNR, une mesure jugée insuffisante par les syndicats. Si la situation perdure, les professionnels avertissent qu’une aide directe ou une répercussion sur les prix alimentaires payés par les consommateurs sera inévitable.
