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Condamné à trente ans de réclusion criminelle en 2018, Roland Blaudy s’apprête à recouvrer la liberté le 12 mai prochain, après seulement huit années passées derrière les barreaux. Ce pédocriminel multirécidiviste de 74 ans a bénéficié d’un mécanisme juridique de confusion de peines qui suscite l’indignation de ses victimes, et particulièrement de Karine Jambu, qui l’avait fait condamner à la peine maximale.
Le choc de la victime et une proximité géographique imposée
Karine Jambu, aujourd’hui âgée de 29 ans, a appris la nouvelle avec effroi par un courrier du juge d’application des peines. Non seulement son bourreau sort de la prison de Caen, mais il a obtenu l’autorisation de s’installer à Rennes, la ville même où elle réside. La magistrate a justifié ce choix par le fait que l’intéressé n’avait pas d’autre adresse disponible, qualifiant la situation d’inconfortable mais inévitable.
Pour la jeune femme, qui a subi les abus de cet homme dès l’âge de 5 ans, cette décision est vécue comme une trahison. Bien que Roland Blaudy ait l’interdiction formelle d’entrer en contact avec elle pendant quinze ans, la perspective de croiser son agresseur dans les rues de Rennes l’anéantit. Elle exprime son amertume face à une justice qui, selon elle, privilégie la réinsertion du criminel au détriment de la sécurité de la victime.
Le mécanisme de la confusion des peines
Pour comprendre comment une condamnation de trente ans peut se transformer en huit années effectives, il faut se référer au Code de procédure pénale. Roland Blaudy avait déjà été condamné en 2007 à dix-huit ans de réclusion pour des viols sur sa fille. Lors de son nouveau procès en 2018, le principe de confusion des peines a été appliqué : la peine la plus longue a absorbé la précédente au lieu de s’y additionner.
Le procureur de la République a précisé que, la période de sûreté étant achevée, le détenu était juridiquement en droit de solliciter un aménagement. La justice estime par ailleurs que le travail effectué en détention a permis de réduire la dangerosité de l’individu, tout en promettant un suivi particulièrement renforcé à sa sortie.
Un passé criminel lourd et des défaillances pointées
Roland Blaudy est un prédateur multirécidiviste, condamné à au moins trois reprises pour des faits de viols ou d’agressions sexuelles sur une quinzaine de mineures. Sa tante et soutien principal, Laurence Brunet-Jambu, ne décolère pas face à cette libération. Elle rappelle que l’homme n’a jamais exprimé de remords ni demandé pardon, et s’interroge sur l’efficacité du suivi alors qu’il avait déjà recommencé ses agissements par le passé alors qu’il était censé être soigné.
Cette affaire remet en lumière le parcours de Karine Jambu, dont le calvaire avait déjà fait l’objet d’un livre et d’un téléfilm. Son histoire avait exposé les défaillances successives de la protection de l’enfance et des services sociaux qui n’avaient pas su la protéger malgré de multiples alertes dès sa naissance.
