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Le week-end dernier, la commune de Saint-Péray, en Ardèche, est devenue le théâtre de vives tensions autour d’un projet routier vieux de plusieurs décennies. Des militants écologistes se sont mobilisés contre la construction d’une déviation de 1,6 km, une action qui a débouché sur des interpellations et des placements en détention provisoire jugés inédits par les opposants.
Une mobilisation spectaculaire et une réponse judiciaire ferme
L’action a débuté jeudi matin lorsque des militants se sont suspendus au pont Mistral sur l’autoroute A7 à Valence, tandis que d’autres s’attachaient aux voies ferrées entre Cornas et Saint-Péray. Ces manifestants entendaient dénoncer un projet qu’ils considèrent comme un « non-sens » environnemental. La réponse des autorités a été immédiate : huit personnes ont été interpellées et cinq d’entre elles ont été placées en détention provisoire avant d’être libérées en comparution immédiate le lundi suivant.
Pour le collectif « Les Ami.es de la plaine », cette sévérité est sans précédent pour une action de désobéissance civile. Maud Grard, élue écologiste à la région Auvergne-Rhône-Alpes, dénonce un traitement réservé à des « criminels », pointant l’utilisation de la reconnaissance faciale et de drones pour surveiller et identifier les militants. Les prévenus seront jugés le 6 juillet prochain pour mise en danger de la vie d’autrui et entrave à la circulation.
Les racines d’un projet cinquantenaire
Le projet de déviation de Saint-Péray ne date pas d’hier. Imaginé dans les années 1970, il vise à créer un contournement pour fluidifier le trafic autour de l’agglomération de Valence. Si une partie du tracé a été achevée en 2018 côté Ardèche, le tronçon actuel de 1,6 km cristallise toutes les oppositions. Pour les élus locaux favorables au projet, cette route est essentielle pour désenclaver les communes et améliorer la circulation pour les 35 000 habitants de la communauté de communes Rhône Crussol.
Environnement et coût : les points de friction
Les opposants voient dans ces 1,6 km de bitume une menace directe pour la biodiversité et les terres agricoles. Ils dénoncent l’artificialisation de plusieurs dizaines d’hectares de sols et craignent que cette route ne serve de prétexte à une future spéculation immobilière. De plus, le coût du projet est vivement critiqué : initialement estimé à environ 9 millions d’euros, il atteindrait désormais près de 23,6 millions d’euros, financés en partie par le département de l’Ardèche et la région.
Un autre argument de poids concerne l’absence d’alternatives durables. L’Ardèche reste le seul département français sans trains voyageurs, alors qu’une voie ferrée passe à proximité immédiate du tracé de la déviation. Les collectifs regrettent qu’aucun investissement majeur n’ait été consenti pour le rail ou les transports en commun depuis trente ans, obligeant les habitants à dépendre de la voiture.
Un chantier sous haute surveillance
Depuis l’automne dernier, le climat s’est durci sur le terrain. Le chantier est désormais protégé par des gardiens, des caméras de surveillance et une forte présence de forces de l’ordre. La préfecture justifie ces mesures par la dangerosité des actions militantes, citant notamment l’arrêt d’urgence d’un train de marchandises qui a failli percuter des manifestants sur les rails, ou l’intervention périlleuse de gendarmes au-dessus de voies rapides.
Malgré les recours juridiques en cours, les travaux se poursuivent. Un « pont-rail » a été installé récemment pour permettre à la future route de passer sous la voie ferrée. Si les études environnementales et archéologiques en cours valident les prochaines étapes, l’ouverture de la déviation est envisagée pour la fin de l’année 2028.
