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C’est une découverte qui rappelle que l’Égypte ancienne n’a pas fini de livrer ses secrets. Le 25 janvier 2026, une mission archéologique conjointe égypto-chinoise a annoncé la mise au jour d’un lac sacré jusqu’alors inconnu dans l’enceinte du temple de Montou, au cœur du complexe de Karnak, à Louxor. Ce bassin rituel, resté invisible dans toutes les archives archéologiques antérieures, ouvre une brèche nouvelle dans notre compréhension des pratiques religieuses de l’une des plus grandes capitales spirituelles du monde antique.
Un réservoir rituel échappé des cartes
La structure mise au jour est un bassin artificiel de plus de 50 mètres carrés, de forme rectangulaire — environ 6,5 mètres sur 6 —, situé à l’ouest du temple de Maât, à l’intérieur de l’enceinte fortifiée du temple de Montou. Sa particularité immédiate : il ne figure dans aucun document archéologique connu. « C’est la première fois qu’un lac sacré égyptien fait l’objet d’une fouille systématique et scientifique », a souligné Jia Xiaobing, codirecteur chinois du projet et directeur du bureau de recherche en archéologie mondiale à l’Institut d’archéologie de l’Académie chinoise des sciences sociales.
Le lac présente une entrée en briques crues intégrant des blocs de grès remployés, ainsi qu’un escalier sur son mur oriental qui descend jusqu’au fond du bassin. Selon Hend Aly, inspectrice du temple de Montou et membre égyptienne de la mission, « les prêtres utilisaient probablement ces marches pour prélever l’eau rituelle ». Les bords supérieurs, renforcés de briques rouges, de briques crues et de grès, portent les traces de réparations successives qui s’étendent de la XXXᵉ dynastie jusqu’à la période romaine.
L’océan des origines, miroir du sacré
Pour saisir la portée de cette découverte, il faut plonger dans la théologie égyptienne. Les lacs sacrés n’étaient pas de simples réserves d’eau : ils figuraient le Noun, l’océan primordial d’où, selon la cosmogonie nilotique, la création tout entière avait émergé. Leur eau — considérée comme « l’eau des origines » — était exclusivement réservée aux purifications rituelles des prêtres, des statues divines et des objets cultuels.
Vincent Rondot, égyptologue et directeur honoraire du département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre, a rappelé à la presse internationale que « le lac sacré était un outil théologique essentiel au fonctionnement autonome d’un temple ». La présence de ces bassins garantissait que le sanctuaire ne dépende d’aucune source d’eau extérieure, renforçant ainsi son caractère d’espace clos, pur et autosuffisant.
Ce nouveau lac était consacré à Maât, la déesse de la vérité, de la justice et de l’harmonie cosmique, divinité centrale dont le culte impliquait le maintien de l’ordre universel. Un bloc de grès incorporé à l’escalier provient, selon les chercheurs, de la porte originelle du temple de Maât datée de la XXVᵉ dynastie — un remploi qui n’a rien d’anodin et témoigne d’une continuité sacrée délibérée.
Deux lacs jumeaux, une configuration inédite
Mais la révélation la plus frappante est ailleurs. Ce lac n’est pas le seul de l’enceinte. Les archéologues ont confirmé l’existence d’un second lac sacré, déjà mentionné dans les années 1940 par l’égyptologue français A. Varille et situé à l’ouest du temple de Montou. Les deux plans d’eau forment une disposition unique dans toute l’archéologie égyptienne : deux lacs sacrés alignés du nord au sud à l’intérieur d’un même complexe religieux.
« C’est la première configuration de ce type jamais documentée dans l’histoire de l’égyptologie », a affirmé Jia Xiaobing. Le nouveau bassin a été baptisé « lac sacré sud », et son jumeau septentrional fera l’objet des prochaines campagnes de fouilles. L’existence de deux lacs dans un seul temple suggère une complexité rituelle bien supérieure à ce que l’on imaginait pour Karnak.
Chapelles, statuettes et offrandes animales
Les investigations ne se sont pas arrêtées au bassin. Dans la zone de la chapelle osirienne, l’équipe a mis au jour trois chapelles consacrées à Osiris, le dieu de la résurrection et de l’au-delà. À l’intérieur, des dizaines de statuettes du dieu, de tailles et de matériaux variés, gisaient aux côtés de fragments liés à la Divine Adoratrice d’Amon.
Ce titre sacerdotal, l’un des plus élevés de l’Égypte ancienne, était généralement porté par les filles des pharaons, qui servaient d’épouse symbolique du dieu Amon à Thèbes. Les vestiges retrouvés fournissent des éléments cruciaux pour reconstituer l’histoire thébaine sous le règne des Divines Adoratrices des XXVᵉ et XXVIᵉ dynasties.
Des dizaines de mandibules de vache ont également été exhumées — un animal lié à la déesse Hathor et à certains rites d’offrande —, ainsi que des blocs remployés portant des inscriptions royales du Period Tardif (747-332 av. J.-C.). Ces découvertes confirment que la zone maintenait une intense activité rituelle sur plusieurs siècles.
Huit ans de coopération au service du passé
Cette découverte est le fruit d’une collaboration entamée en 2018 entre le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités et l’Académie chinoise des sciences sociales, avec le soutien de l’Institut municipal des reliques culturelles et d’archéologie de Zhengzhou. En huit saisons de fouilles, l’équipe conjointe est intervenue sur quelque 2 300 mètres carrés d’un site qui en couvre 106 000 au total, dont 24 000 à l’intérieur des murs d’enceinte du temple.
Mohamed Abdel-Badie, chef du secteur des antiquités égyptiennes et codirecteur égyptien du projet, a qualifié cette coopération de « dialogue entre deux civilisations anciennes, porteur d’un message d’échange, d’histoire et de compréhension mutuelle ». Hend Aly, pour sa part, a estimé que ces découvertes représentent « quelque chose d’exceptionnel qui couronne huit années de travail acharné ».
L’équipe chinoise jouera un rôle encore plus important dans les phases à venir, notamment pour l’analyse épigraphique des inscriptions et la modélisation tridimensionnelle du site. La fouille du lac sacré nord, qui n’a pas encore débuté, promet d’enrichir encore ce tableau d’une Égypte qui, décidément, n’en finit pas de se dévoiler.
Questions fréquentes sur la découverte du lac sacré de Karnak
Qu’est-ce qu’un lac sacré dans l’Égypte antique ?
Un lac sacré est un bassin artificiel intégré à l’architecture des temples égyptiens. Il représentait le Noun, l’océan primordial de la cosmogonie égyptienne, et son eau était exclusivement utilisée pour les purifications rituelles des prêtres, des statues et des objets de culte. Il permettait au temple de fonctionner de manière autonome, sans dépendre de sources d’eau extérieures.
Pourquoi la découverte de deux lacs jumeaux est-elle importante ?
C’est la première fois dans l’histoire de l’archéologie égyptienne que l’on documente une configuration de deux lacs sacrés alignés nord-sud à l’intérieur d’un même complexe religieux. Cette disposition suggère une complexité rituelle jusqu’alors insoupçonnée dans le fonctionnement du temple de Karnak.
Qui a fait cette découverte ?
La découverte a été réalisée par une mission archéologique conjointe entre l’Institut d’archéologie de l’Académie chinoise des sciences sociales et le ministère du Tourisme et des Antiquités d’Égypte. La coopération a débuté en 2018 et a mené huit campagnes de fouilles sur le site du temple de Montou, à Karnak.
Sources
- Global Times : « China-Egypt project unearths first ‘sacred lake’ in history » (25/01/2026)
- Africanews / Euronews : « Joint Egyptian-Chinese excavation uncovers ancient sacred lake in Karnak » (25/01/2026)
- People’s Daily Online : « Egyptian-Chinese archaeologists uncover ancient sacred lake in S. Egypt » (26/01/2026)
- RFI : « Une mission archéologique égypto-chinoise découvre un lac sacré à Louxor » (27/01/2026)
- HeritageDaily : « Discovery of monumental sacred lake at Karnak » (01/2026)
- Ancient Origins : « Excitement Over Sacred Lake Uncovered at Karnak, Egypt » (28/01/2026)
- Finestre sull’Arte : « Egypt, a lake sacred to Maat and three chapels dedicated to Osiris emerge at Karnak » (01/2026)
