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Né à Brooklyn (New York) le 20 décembre 1905, Albert Dekker s’est forgé une carrière singulière avant de connaître une fin tragique et mystérieuse. Après avoir obtenu son diplôme au Bowdoin College de Brunswick, dans le Maine, en 1927, il s’installe à Cincinnati, dans l’Ohio. C’est là qu’il rejoint une troupe de comédiens et fait ses premiers pas dans le théâtre local. Plus tard la même année, l’acteur en herbe fait ses débuts à Broadway en intégrant la distribution originale de la pièce Marco Millions d’Eugene O’Neill.

Une ascension hollywoodienne et un détour par la politique
Pendant une décennie, Albert Dekker enchaîne les productions théâtrales et perfectionne son jeu. En 1937, il décroche son premier rôle à Hollywood dans le film The Great Garrick. Si ses premières apparitions le cantonnent à l’arrière-plan, il accède rapidement à des seconds rôles de premier plan. En 1939, dans Le Cargo maudit (Strange Cargo), il donne la réplique à Joan Crawford et Clark Gable en incarnant le cerveau d’une évasion dans un bagne français.
Les années 1940 marquent l’apogée de sa carrière cinématographique. Il obtient le rôle principal dans Dr. Cyclops en 1940, puis dans Among the Living l’année suivante. Il partage l’écran avec de véritables légendes telles que Marlene Dietrich, Cary Grant, Ginger Rogers et John Wayne. Au-delà des plateaux de tournage, Albert Dekker se passionne pour la politique. En 1944, il se présente à l’Assemblée de l’État de Californie et remporte l’élection, représentant le 57e district pour un mandat de deux ans.
Un retour au sommet avant une disparition inquiétante
Après son mandat politique, il reprend son métier d’acteur à plein temps. Il s’illustre notamment dans La Blonde incendiaire (1945), Les Tueurs (1946) et Le Mur invisible (1947). En 1949, il fait un retour triomphal à Broadway dans le rôle de Willy Loman pour Mort d’un commis voyageur. Avec l’avènement de la télévision, il apparaît dans des programmes comme Pulitzer Prize Playhouse et Studio One. À sa mort en 1968, il comptait plus de 100 films à son actif.
Cependant, les circonstances troublantes de son décès ont fini par occulter sa riche carrière. Alors qu’il venait de terminer le tournage de La Horde sauvage, l’acteur de 62 ans s’est volatilisé. Séparé de son épouse depuis 25 ans, l’actrice Esther Guerini, il ne donnait plus de nouvelles. Sa nouvelle compagne, Jeraldine Saunders, a tenté de contacter ses proches, mais personne ne savait où il se trouvait.

Une scène macabre et inexpliquée
Inquiète, Jeraldine Saunders finit par convaincre le gérant de l’immeuble d’Albert Dekker d’ouvrir la porte de son appartement. Bien que la porte soit verrouillée, le pêne dormant n’est pas enclenché. En pénétrant dans les lieux, Saunders découvre une scène d’une telle horreur qu’elle s’évanouit immédiatement.
L’auteur John Austin, dans son ouvrage consacré aux mystères d’Hollywood, a décrit la scène effroyable : l’acteur a été retrouvé entièrement nu, agenouillé dans sa baignoire. Ses poignets étaient fermement menottés et plusieurs ceintures et lanières en cuir entravaient son torse, son cou et sa taille. Une aiguille hypodermique était plantée dans chacun de ses bras. Il portait une corde autour du cou, un foulard lui bandait les yeux et une balle, maintenue par un fil de fer à l’arrière de sa tête, lui bâillonnait la bouche. Pour couronner ce tableau macabre, son corps était recouvert de phrases obscènes et de dessins tracés au rouge à lèvres.
Accident ou meurtre ? Les zones d’ombre de l’enquête
Malgré les apparences d’un meurtre brutal, les forces de l’ordre n’ont relevé aucune trace d’effraction ni de lutte. Les autorités ont d’abord envisagé la thèse du suicide, mais le médecin légiste a rapidement écarté cette piste, concluant à une mort accidentelle par asphyxie, survenue lors d’un jeu sexuel ayant mal tourné.
L’enquête a révélé la présence d’accessoires de sadomasochisme, tels que des chaînes et des fouets, ainsi qu’une importante collection de pornographie liée à ces pratiques dans l’appartement. Jeraldine Saunders a admis qu’ils utilisaient ce type d’accessoires, tout en précisant qu’elle n’avait pas vu l’acteur depuis plusieurs jours.
La conclusion du médecin légiste a suscité de vives réserves chez sa compagne. Selon elle, il était impossible qu’Albert Dekker ait pu s’attacher lui-même les pieds et les mains dans le dos. Elle a également signalé la disparition de matériel photographique et de 70 000 dollars en espèces (soit près de 65 000 euros). Le fils de l’acteur, Benjamin Dekker, a pour sa part déclaré croire à la thèse de l’accident, tout en étant convaincu qu’une autre personne était présente, évoquant un drame survenu au cours d’une relation entre adultes consentants.
