Sommaire
Avant d’entrer dans les coulisses de cette émission culte consacrée à l’insolite, il faut revenir aux origines d’un programme qui a longtemps captivé les amateurs de paranormal et d’enquête télévisée.
La vérité cachée derrière Ghost Hunters
Ghost Hunters, série d’enquête paranormale sans scénario où l’équipe traquait des présences supposées, a fait ses débuts sur Sci-Fi, devenue plus tard Syfy, en 2004. L’émission a connu onze années de diffusion, avec des pics d’audience atteignant jusqu’à trois millions de téléspectateurs par épisode. Mais le parcours a fini par se compliquer : en 2012, Grant Wilson a annoncé son départ pour se consacrer à sa vie personnelle, puis Jason Hawes a confirmé en 2016, via Facebook, que Ghost Hunters et Syfy se séparaient.
En 2019, A&E a relancé Ghost Hunters sans Hawes, avec Wilson à la tête d’une nouvelle équipe d’investigateurs. Cette reprise a ravivé l’enthousiasme des fans de paranormal, d’autant plus qu’une treizième saison était annoncée pour 2020. Mais derrière le succès et la longévité de l’émission, une question demeure : comment cette aventure a-t-elle commencé, qu’a réellement révélé l’équipe sur le phénomène paranormal, et que s’est-il vraiment passé entre les membres historiques et la chaîne ?
Pour comprendre ce phénomène télévisuel, il faut remonter bien avant les caméras, à l’époque où l’enquête sur les fantômes ressemblait davantage à une démarche intime et presque thérapeutique qu’à une émission d’ongrand spectacle.

Ghost Hunters a commencé comme un groupe de soutien paranormal
Jason Hawes, ancien co-responsable des enquêtes dans Ghost Hunters, a fondé en 1990 un groupe de soutien paranormal baptisé Rhode Island Paranormal Society. Dans son livre Ghost Hunting: True Stories of Unexplained Phenomena from The Atlantic Paranormal Society, il explique que ce n’était pas, au départ, une organisation de chasse aux fantômes, mais plutôt un cercle de soutien destiné à réunir des personnes ayant vécu des expériences semblables aux siennes.
Hawes raconte avoir été marqué par des lumières, des brumes, des animaux translucides et des apparitions humaines en pied. Ces visions l’ont profondément effrayé, mais le groupe, et de façon plus inattendue les olives vertes qu’il consommait, l’ont aidé à se sentir moins « fou ». Au fil du temps, cette démarche de partage a pris une autre forme.
Un jour, au début de l’aventure R.I.P.S., Hawes a reçu un appel d’une personne proposant de refaire gratuitement le site internet du groupe. Il s’agissait de Grant Wilson. Après avoir travaillé ensemble, les deux hommes ont voulu adopter une approche plus rationnelle du paranormal, fondée moins sur l’émotion que sur la logique et la science. Ils ont alors créé The Atlantic Paranormal Society, plus connue sous le nom de T.A.P.S., matrice de ce qui deviendrait ensuite la célèbre émission Ghost Hunters.
Cette origine est essentielle pour comprendre l’ADN du programme : derrière l’image d’une émission sur les fantômes, il y avait d’abord une tentative sincère de donner un cadre à des expériences troublantes.

Ghost Hunters et l’affaire du Stanley Hotel
En 2009, la romancière et réalisatrice Kamran Pasha a eu la chance d’accompagner l’équipe de Ghost Hunters lors d’une enquête de trois jours au Stanley Hotel, dans le Colorado, un lieu hanté devenu célèbre et réellement visitable. L’hôtel a aussi inspiré Stephen King pour son roman The Shining, ce qui lui a valu une réputation inquiétante dans l’imaginaire collectif.
Dans un article publié sur le Huffington Post, Pasha a raconté ce qu’elle aurait vécu sur place. Lors d’une session d’enregistrement de voix électroniques dans la chambre 1302, l’un des endroits les plus réputés pour ses phénomènes étranges, elle dit avoir entendu une voix masculine murmurer : « I hate you. I’m angry. » Elle aurait ensuite demandé à l’esprit s’il était prisonnier ou libre de partir, avant d’entendre, à la réécoute de la bande, une réponse claire : « Free to go. »
L’enquête s’est poursuivie dans la chambre 401, réputée hantée par le lord Dunraven, ancien séducteur local dont les légendes racontent qu’il aime pincer les femmes à l’improviste. Rien de tel ne se serait produit pendant sa visite, mais une autre enquêtrice aurait entendu, dans un placard, une voix féminine dire : « Lift your face. » Pour Pasha, l’expérience suffisait à confirmer l’existence des fantômes.
Ce type d’anecdote a largement nourri l’aura de l’émission paranormal, entre récit d’enquête, frisson et interprétation des signes.

Sur Ghost Hunters, la chasse aux fantômes est étonnamment artisanale
En plus des habituels mesureurs de champ électromagnétique et enregistreurs EVP, les enquêteurs de Ghost Hunters utilisent des objets assez inattendus pour repérer une activité paranormale. Parmi les outils les plus insolites figurent des ballons gonflés à l’hélium, que Grant Wilson dit employer lorsque des propriétaires signalent des zones de froid associées à la présence de fantômes. Des ballons à moitié dégonflés peuvent alors servir à vérifier s’il s’agit simplement d’un courant d’air.
Leur boîte à outils comprend aussi du papier crépon, parfois utilisé comme détecteur de mouvement bon marché, ainsi que du talc, que les chasseurs de fantômes peuvent répandre au sol pour repérer d’éventuelles empreintes laissées par des apparitions. Steve Gonsalves, ancien enquêteur principal et responsable des affaires pour Ghost Hunters, a même recommandé dans un guide de matériel l’un des instruments les plus simples qui soit : une bonne vieille lampe torche.
Cette approche low-tech donne à la série une dimension presque artisanale, où l’enquête paranormale repose autant sur l’observation que sur l’intuition et la débrouille.

Ghost Hunters est-il une mise en scène ?
De nombreux éléments laissent penser que Ghost Hunters a parfois frôlé la mise en scène, voire davantage. Lors du tournage de l’épisode « Garden State Asylum » en 2009, au Overbrook Asylum, un membre de l’équipe aurait oublié sur place ce qui ressemblait à des notes de préparation. Ce type d’incident alimente depuis longtemps les soupçons.
Des témoignages recueillis sur Reddit vont dans le même sens. Un utilisateur répondant au nom de BosskHogg a affirmé avoir assisté à un tournage à Buffalo. Dans l’épisode en question, l’équipe enquête dans les étages supérieurs du Buffalo Central Terminal lorsqu’une voix « désincarnée » crie « Get out! ». Selon ce témoin, il s’agissait en réalité du gestionnaire du site, situé à un étage inférieur, en train de sommer des sans-abri de partir. Tout le monde l’aurait su sur le moment, mais l’échange serait tout de même passé à l’écran comme un événement inexpliqué.
Même l’équipement utilisé dans l’émission a été critiqué. Un article de The Atlantic a expliqué que les détecteurs de champs électromagnétiques, en particulier le modèle K-II souvent employé dans Ghost Hunters, sont instables, sujets aux faux positifs et faciles à manipuler. Ces appareils réagissent aussi à des éléments très ordinaires, comme le câblage dans les murs d’un bâtiment. Ce n’est pas une preuve de fantômes, mais c’est un effet spectaculaire utile pour une émission de télévision sur le paranormal.
Autrement dit, entre l’enquête scientifique et le divertissement, la frontière a parfois semblé très mince.

Un enquêteur de Ghost Hunters a été renvoyé pour propos homophobes
Britt Griffith, enquêteur de Ghost Hunters, a participé en 2010 à l’émission radio Rain City Paranormal, et son passage a tourné au désastre. Interrogé sur le métier qu’il voulait exercer enfant, il a expliqué avoir un temps envisagé de devenir policier, avant de changer d’avis après l’agression de Rodney King en 1991, laissant entendre qu’il trouvait l’intervention policière justifiée.
Il a ensuite tenu des propos homophobes extrêmement offensants à l’encontre des personnes vivant sur les côtes Est et Ouest des États-Unis. Peu après cette apparition radiophonique, sa biographie a disparu de la page Syfy de l’émission. Ryan Buell, connu pour avoir présenté Paranormal State, a alors salué la décision de Syfy de se séparer de Britt Griffith, dénonçant un discours de haine inacceptable.
Cette affaire a rappelé qu’au-delà du sensationnel, le succès d’une émission sur l’insolite ne protège jamais de ses propres dérives humaines.

Plusieurs Ghost Hunters avaient une autre carrière
Si la chasse aux fantômes venait à s’arrêter du jour au lendemain, plusieurs membres actuels ou anciens de Ghost Hunters auraient de quoi rebondir. Jason Hawes et Grant Wilson sont tous deux d’anciens plombiers Roto-Rooter, ce qui leur donne un tout autre type d’expertise lorsqu’il s’agit de tuyaux récalcitrants, même si cela n’a rien de spectral.
Kristen Luman, nouvelle co-responsable des enquêtes dans le relancement de l’émission sur A&E, est hypnothérapeute agréée. Steve Gonsalves a travaillé comme producteur de cinéma et a même collaboré avec Guillermo del Toro sur le court métrage d’horreur Captured Bird. Daryl Marston, autre nouvel enquêteur principal, est ancien instructeur en armes à feu et entrepreneur.
À voir ce mélange de compétences, on pourrait presque imaginer une équipe capable de régler un problème de plomberie, de réparer un mur, de filmer toute l’intervention et, au besoin, de vous convaincre ensuite que tout cela n’a jamais eu lieu.

D’anciens membres de Ghost Hunters ont critiqué l’émission
Donna Lacroix, responsable d’affaires et enquêtrice pour Ghost Hunters et Ghost Hunters International, a publiquement exprimé son hostilité envers l’émission et certains anciens collègues. Lors d’une intervention à l’antenne en 2009 sur Ghost Divas, elle a déclaré que son contrat l’avait presque conduite à la faillite, que les rivalités internes étaient permanentes et qu’une équipe de mise en scène existait pour les épisodes.
Elle a aussi décrit Grant Wilson et Jason Hawes comme des « rois » qui auraient traité l’enquêteur et responsable technique Brian Harnois comme un souffre-douleur. En 2012, Harnois a inquiété ses proches et ses fans après avoir disparu à la suite de la publication sur Facebook d’un message ressemblant à une note de suicide, message qui a ensuite été supprimé.
Ces révélations ont assombri l’image d’une émission pourtant associée au mystère, à la science du paranormal et à l’aventure télévisuelle.

Le départ de Grant Wilson a annoncé les difficultés de Ghost Hunters
En 2012, Grant Wilson a annoncé au cours d’un épisode qu’il quitterait Ghost Hunters à la fin de sa huitième année pour se consacrer à d’autres aspects de sa vie personnelle. Plus tard, dans un entretien accordé à Den of Geek, il a expliqué qu’à l’époque, il avait l’impression que l’émission reposait de plus en plus sur des artifices, au point de « battre un cheval mort », ce qui a fini par le pousser à partir.
Pourtant, en 2019, A&E a relancé Ghost Hunters avec Wilson à la tête d’une nouvelle équipe, ce qui a ravi les fans tout en semant la confusion. Pourquoi avoir changé d’avis ? Dans une interview à TV Insider, Wilson a répondu qu’il n’avait jamais cessé d’enquêter sur le paranormal et que son plus jeune enfant allait bientôt terminer le lycée, ce qui lui laissait plus de liberté pour reprendre l’aventure.
En revanche, son ancien partenaire Jason Hawes n’a pas rejoint le projet, ce qui a relancé les spéculations sur l’état réel de leur collaboration.

Une tension dans les rangs de Ghost Hunters
En observant l’évolution de Ghost Hunters, une question revient sans cesse : pourquoi Grant Wilson a-t-il été le premier à annoncer son départ, avant de revenir pour le reboot d’A&E en 2019, alors que Jason Hawes est resté jusqu’à la fin de l’exploitation sur Syfy, sans revenir ensuite ?
On aurait pu penser que le retour de Wilson entraînerait celui de Hawes. Il n’en a rien été. Hawes a plutôt pris la tête d’une autre émission au nom très proche, Ghost Nation, diffusée sur Travel Channel à partir d’octobre 2019.
Wilson et Hawes ont toujours soutenu que leur relation professionnelle était restée harmonieuse, mais certains éléments sèment le doute. Peu après l’annonce du départ de Wilson en 2012, celui-ci et Dawes ont mis en vente le Spalding Inn, une propriété du New Hampshire qu’ils possédaient ensemble. Hawes a aussi expliqué, dans Beyond Reality Radio, que le départ d’un membre du casting modifie toujours la dynamique d’une équipe, parfois en bien, parfois en mal. S’il y a eu une fracture, les deux hommes ont manifestement choisi de la garder sous contrôle.
Cette zone grise nourrit encore aujourd’hui la fascination autour de Ghost Hunters, entre loyauté affichée, séparation médiatique et mystère persistant.

Ghost Hunters est allé trop loin
« Le cœur lourd, nous voulons informer tout le monde que nous choisissons à ce moment de mettre fin à notre relation avec la chaîne SyFy. » C’est ce qu’a publié Jason Hawes sur Facebook le 7 juin 2016. Mais plusieurs indices laissent penser qu’il ne s’agissait pas tant d’un choix que d’une annulation déguisée.
En 2015, lors d’une intervention publique dans le Vermont, Kris Williams, ancienne responsable d’affaires et enquêtrice de Ghost Hunters puis de Ghost Hunters International, a expliqué que la baisse des audiences avait poussé l’émission dérivée à multiplier les effets coup de poing pour tenter de remonter la courbe, avant d’être finalement supprimée. Elle a cité un épisode de Ghost Hunters International intitulé « Sacrificed Mayan Spirits: Belize », dans lequel Susan Slaughter se blessait au cours d’un rituel de saignée. Williams a estimé que ce passage allait trop loin et a quitté la production lorsque ses réserves ont été ignorées.
Dans ce contexte, il devenait logique que Ghost Hunters, lui aussi en recul d’audience, soit à son tour menacé. En 2015, la série ne rassemblait plus en moyenne que 1,7 million de téléspectateurs, loin des trois millions atteints à ses débuts. Pendant ce temps, Syfy s’orientait vers une programmation davantage scénarisée, et en quelques années, un seul programme paranormal, Paranormal Witness, restait encore à l’antenne.
La trajectoire de l’émission montre ainsi comment un concept né comme une enquête sur l’étrange a fini par se heurter aux logiques bien réelles de la télévision.

La chasse aux fantômes, une affaire aussi féminine
Les femmes de Ghost Hunters ont montré qu’elles étaient parfaitement capables de tenir leur place dans le monde du paranormal. Amy Bruni, enquêtrice de l’émission de 2008 à 2014, a même continué à traquer des entités alors qu’elle était enceinte. « Si nous sommes sur place, j’enquête jusqu’au début du travail — tant que je suis proche de l’hôpital, tout va bien », a-t-elle déclaré en 2013.
Contrairement aux idées reçues, l’attrait pour le paranormal attire depuis longtemps un public féminin important. Lors de l’annonce en 2014 d’un nouveau film Ghostbusters entièrement porté par un casting féminin, la réaction misogyne a été immédiate. Amy Bruni a d’abord pensé que cette approche n’était qu’un coup marketing, avant de conclure qu’elle enrichissait en réalité la franchise sans chercher à remplacer la distribution originale.
Elle a aussi rappelé que le milieu du paranormal est largement féminin : lors des conventions consacrées à l’insolite, les femmes représenteraient souvent 75 % des participants, contre 25 % d’hommes. En revanche, à la télévision, les figures masculines restent largement dominantes, ce qui ne reflète pas la réalité du terrain.
Dans l’histoire de Ghost Hunters, cette présence féminine constitue donc un point essentiel, à la croisée de la culture populaire, de l’enquête et de la représentation des femmes dans le paranormal.

Jason Hawes pense qu’Amityville était une supercherie
Au fil des années, Jason Hawes a évoqué la célèbre hantise d’Amityville d’une manière qui laisse peu de place au doute : il ne semble pas y croire. Dans un entretien accordé en 2015 au site Geek Mom, lorsqu’on lui a demandé quel lieu il enquêterait s’il disposait d’un accès illimité, il a répondu qu’il lui faudrait une machine à remonter le temps pour comprendre ce qui s’était réellement passé dans la maison d’Amityville.
Il a expliqué avoir étudié l’affaire pendant des années, avoir parlé à George Lutz avant sa mort et avoir constaté que les différentes versions de l’histoire ne concordaient jamais vraiment. Pour lui, il y avait trop de battage médiatique et pas assez de vérité.
En 2018, Hawes a encore renforcé cette impression en partageant sur sa page Facebook une vidéo de George Lutz parlant de son expérience à Amityville, accompagnée de la question : « Real or hype ? ». Il semble que, pour Hawes, la réponse était déjà trouvée depuis longtemps.
Et c’est précisément ce mélange de croyance, de doute et de récit télévisuel qui continue de faire de Ghost Hunters un objet fascinant pour les passionnés de paranormal et de culture populaire.

Dans l’univers des émissions consacrées au paranormal, Ghost Hunters reste ainsi un cas à part, entre enquête, controverse et héritage durable dans l’insolite.
