Insolite

Pour aborder le cas de Marina Chapman, il convient d’adopter un regard à la fois curieux et prudent. Son récit oscille entre le merveilleux et l’invraisemblable, mêlant aventures en milieu sauvage et épisodes dramatiques parmi les humains. Sans trancher ici la véracité absolue, présentons les éléments saillants de cette histoire insolite.
Selon Marina Chapman, l’aventure commence vers l’âge de cinq ans : alors qu’elle jouait dehors, deux hommes l’auraient assommée à l’aide d’un chiffon imbibé. Elle se souviendrait d’avoir entendu d’autres enfants pleurer pendant l’enlèvement, puis d’avoir été abandonnée dans la forêt tropicale de Colombie plutôt que d’être prise en charge par un réseau humain.
Livrée à elle-même, elle aurait erré dans la jungle jusqu’à ce que ses vêtements se décomposent, puis observé et fini par s’attacher à un groupe de singes capucins. D’après son récit, une intoxication au tamarin l’aurait affaiblie jusqu’à ce qu’un singe, qu’elle appelle « Grandfather », la conduise à un ruisseau — elle vomit, se remit, et gagna la sympathie des animaux.
Par l’observation et l’imitation, Chapman affirme avoir appris des capucins des comportements utiles : grimper, se nourrir et se toiletter à la manière des primates. Elle considère leur acceptation comme réelle quand, dit-elle, certains singes se mirent à lui faire pipi sur la jambe — un geste qu’elle interpréta comme un signe d’appartenance au groupe.
La suite de son histoire place Marina de nouveau parmi les humains, mais non sans péripéties. Voici les étapes principales qu’elle relate :
- Elle se rapproche d’un groupe de chasseurs qui la prennent en charge.
- Ces chasseurs la vendraient ensuite à une maison close ; elle s’en échapperait de justesse.
- Elle se rend à Cucata où, brièvement, elle serait asservie par une famille du crime organisée et forcée à des corvées.
- Adoptée par la suite, elle s’installe à Bogota, adopte le prénom Marina, rencontre John à l’église, se marie et émigre ensuite vers Bradford où elle a des enfants.
Le récit a suscité fascination et scepticisme scientifique. Certains chercheurs et psychologues évoquent le syndrome des faux souvenirs pour expliquer des discordances dans la narration. L’ouvrage de Marina, A Girl With No Name, a fait l’objet de doutes éditoriaux et médiatiques, et la presse a couvert ces controverses (voir notamment un article du Guardian à ce sujet : https://www.theguardian.com/science/2013/apr/13/marina-chapman-monkeys).
Plusieurs critiques pointent des incohérences factuelles entre certains détails du livre et l’éthologie connue des capucins. Un article de NPR souligne ces désaccords et interroge la chronologie et la précision de certains souvenirs : https://www.npr.org/sections/13.7/2014/06/08/319104905/the-girl-who-was-raised-by-monkeys. Par ailleurs, des spécialistes du phénomène de mémoirisation évoquent des ressources comme http://www.fmsfonline.org/ pour comprendre comment des souvenirs peuvent se reconstruire.
Enfin, même la famille de Marina reconnaît des zones d’ombre : sa fille Vanessa, qui a aidé à la rédaction de l’ouvrage, admet que la chronologie et certains détails ont dû être ordonnés après coup pour faire sens. Ce mélange d’émerveillement et de doute laisse le lecteur face à une énigme captivante, invitant à poursuivre l’exploration de ce fait divers extraordinaire.
