Insolite : taxidermie et permanence de l’objet
Poursuivant le fil des récits insolites, cette histoire met en lumière un rapport singulier au corps et à la mémoire. Le concept de « permanence de l’objet » — l’idée qu’une chose continue d’exister même lorsqu’on ne la voit plus — s’applique aussi aux membres amputés et éclaire le geste de certains patients qui refusent de se séparer de tout ce qui les a identifiés.

Legends Taxidermy & Skull Cleaning/Facebook
Des recherches en neurosciences montrent que le cerveau continue souvent de représenter un membre disparu. La neuroscientifique Tamar Makin, de l’université d’Oxford, a estimé qu’environ 80 % des amputés ressentent des douleurs dites « fantômes », résultant vraisemblablement d’une cartographie cérébrale qui persiste après l’amputation (source).
Le gardien macabre
Au Canada, Mark Holmgren, victime d’un grave accident de moto à 17 ans, a perdu l’usage de son bras droit suite à des lésions nerveuses. Après l’amputation, l’idée de jeter le membre l’a profondément heurté : « Si j’allais m’en débarrasser, je voulais en faire quelque chose de cool », a-t-il expliqué. Inspiré par des décorations d’Halloween, il a décidé de faire préserver l’armature osseuse par un taxidermiste.
Après cinq refus, une taxidermiste d’Alberta, Danielle Swift, de l’entreprise Legends Taxidermy & Skull Cleaning, a accepté la demande. Le processus a suivi plusieurs étapes pratiques et methodiques :
- Des coléoptères nécrophages ont débarrassé la chair des os, selon la méthode traditionnelle utilisée pour nettoyer les crânes et squelettes.
- Les os ont ensuite été blanchis pour stabiliser leur couleur et prévenir la dégradation.
- Enfin, ils ont été reconstitués et assemblés de façon à préserver l’apparence du membre.
Ce choix, à la fois intime et étonnant, illustre comment la taxidermie peut dépasser la simple curiosité pour devenir un moyen de conserver un lien avec son propre corps. Il interroge aussi nos représentations culturelles de la mort, du deuil et de l’identité corporelle.

