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Les services de l’État ont présenté ce mardi, à Marseille, le bilan annuel de la délinquance pour l’année 2025 dans les Bouches-du-Rhône. Sous la direction du préfet Jacques Witkowski, la priorité absolue demeure la lutte contre le narcotrafic, fléau qui impacte lourdement la région.
Nicolas Bessone, procureur de la République de Marseille, confirme l’ampleur du phénomène : les infractions liées aux stupéfiants représentent désormais 24 % de l’activité du tribunal. Ce taux est deux fois supérieur à celui des autres grandes métropoles françaises et le triple de celui des juridictions ordinaires.
La stratégie du pilonnage et ses effets collatéraux
La méthode dite du « pilonnage », consistant à harceler les points de deal, affiche des résultats statistiques notables. Entre 2021 et 2025, le nombre de lieux de vente a chuté de 48 % dans le département, passant de 222 à 114. À Marseille, ces points sont passés de 121 à 89.
Cette pression accrue a conduit à une augmentation de 14 % des interpellations pour trafic, avec plus de 3 174 arrestations dans la cité phocéenne en 2025. Cependant, l’assèchement des « fours » dans les quartiers nord a provoqué un déplacement de la délinquance vers le centre-ville, devenu un nouveau foyer de tension nécessitant des renforts policiers.
En parallèle, les trafiquants s’adaptent en développant la livraison à domicile, surnommée « Ubershit ». Les réseaux se structurent comme des entreprises privées, employant parfois des web designers, et livrent majoritairement depuis Marseille ou Avignon.
Impact législatif et saisies en hausse
L’application de la nouvelle loi contre le narcotrafic porte ses fruits sur le terrain. Les autorités ont prononcé 150 interdictions de paraître et initié plusieurs dizaines de procédures d’expulsion locative. Des établissements commerciaux et des garages automobiles ont également été fermés pour leur implication dans le blanchiment d’argent ou le recel.
La répression cible aussi les consommateurs, avec des opérations de contrôle d’envergure. Sur le plan des saisies, l’année 2025 marque une rupture : 1 161 kg de cocaïne ont été interceptés, soit une explosion de 254 % par rapport à l’année précédente.
Baisse des homicides mais persistance de la violence
Le nombre de « narchomicides » est en recul, avec 20 victimes recensées en 2025 contre 49 lors de l’année noire de 2023. Le taux d’élucidation de ces crimes par la police judiciaire s’est nettement amélioré, atteignant près de 67 %. Toutefois, Marseille concentre encore 75 % des tentatives d’homicides liées au trafic dans le département.
La violence reste un outil de gestion pour les réseaux, comme en témoigne l’assassinat de Mehdi Kessaci en novembre, qualifié de crime d’avertissement par le parquet. Une guerre de territoire persiste, notamment dans le 3e arrondissement, opposant une organisation locale à un groupe hégémonique sur la ville.
