Le réseau catholique des Lasalliens serait impliqué dans une vaste affaire de violences sur mineurs. Un collectif d’anciens élèves a en effet recensé plus de 200 victimes présumées au sein de plusieurs établissements gérés par cette congrégation, fondée au XVIIe siècle par Jean-Baptiste de La Salle.
Philippe Chemineau, le fondateur de ce collectif, précise que les victimes rapportent majoritairement des violences physiques, dont certaines seraient assimilables à de la torture. Des violences sexuelles sont également dénoncées, souvent commises par des auteurs différents. Depuis que cette affaire a émergé sur la place publique en janvier, pas moins de 45 établissements à travers la France sont pointés du doigt. Le collectif décrit certaines de ces écoles comme des clusters effroyables, citant notamment Passy-Buzenval à Rueil-Malmaison, Saint-Genès à Bordeaux et Talence, Le Likès à Quimper, le PIC à Béziers, ou encore Saint-Jean-Baptiste de La Salle à Rouen.
Des témoignages accablants à Rouen et Bordeaux
À Rouen, les récits concordants de 27 anciens élèves ont déjà permis d’identifier au moins cinq individus soupçonnés de pédocriminalité, ainsi qu’une dizaine de tortionnaires potentiels. Un ancien élève a notamment relaté le calvaire subi à l’âge de sept ans, racontant avoir été pendu par les pieds, torturé et menacé de mutilation avec des armes blanches. Ces actes de cruauté se seraient répétés bimensuellement pendant deux ans.
La situation à Bordeaux se révèle tout aussi préoccupante. Un instituteur, Gilles Delignac, est renvoyé devant la cour criminelle de la Gironde. Il est accusé de viols sur 18 élèves et d’agressions sexuelles sur six autres, perpétrés entre 2008 et 2023. L’homme aurait notamment profité de prétendus jeux du goût, durant lesquels les fillettes avaient les yeux bandés, pour commettre ces crimes. Il a finalement été démasqué lors d’une sortie scolaire, surpris en train de filmer des élèves sous la douche. Outre les victimes formellement identifiées par la justice, le collectif affirme avoir recueilli quinze témoignages supplémentaires.
La responsabilité des institutions en question
Maître Sophie Benayoun, avocate de deux victimes dans l’affaire bordelaise, pointe du doigt l’inertie de l’équipe encadrante. Elle souligne que les pratiques douteuses de l’enseignant, qui s’enfermait avec des élèves pour les faire se changer, étaient connues. Un signalement avait même été adressé à la direction par une mère de famille dès 2011.
Face à ces accusations, l’établissement bordelais a présenté ses excuses, admettant que sa défaillance passée a permis la poursuite de ces actes inacceptables et reconnaissant sa responsabilité morale. Une déclaration qui laisse toutefois un goût d’amertume aux familles, comme le souligne Maître Mathias Darmon, avocat d’une quinzaine de victimes, pour qui le mal est fait et la colère des parents demeure intacte.
De son côté, la congrégation des Frères des écoles chrétiennes, à la tête de 150 établissements en France, adopte une position beaucoup plus distante. Par la voix de son avocat, elle a déploré une campagne médiatique, remettant en cause les objectifs du collectif au motif qu’aucun nom de victime n’a été transmis à sa propre cellule d’écoute. Des propos jugés inacceptables par les représentants des victimes. Le collectif réclame que l’institution catholique reconnaisse sa pleine responsabilité dans ce système de violences et exige la création d’un fonds de réparation doté de 100 millions d’euros.
