Sébastián Marroquín et l’héritage d’Escobar
Quand on imagine le fils d’un milliardaire, on pense souvent à des demeures somptueuses, des voitures de sport et des caprices ostentatoires. Pourtant, la jeunesse de Sebastián Marroquín — né Juan Pablo Escobar — mêlait extravagance et précarité.
Marroquín se souvient d’un foyer « pourvu de toutes les richesses imaginables » : des hamburgers livrés en hélicoptère, un zoo qu’il comparait à un « Jurassic Park » privé. Et pourtant, il y eut des moments où, malgré des planques contenant jusqu’à trois millions de dollars en liquide, la famille manquait de nourriture.
Fils du redouté chef du cartel de Medellín, Pablo Escobar, Sebastián avait 16 ans lorsque son père trouva la mort dans une rafale de balles. Après un bref serment de vengeance, la famille reçut un ultimatum des ennemis du baron de la drogue : quitter la Colombie ou périr. Sebastián, sa sœur Manuela et leur mère María Henao choisirent alors l’exil en Argentine.
Dans la honte du père
Dans les décennies qui ont suivi la mort de Pablo Escobar, Sebastián Marroquín a tenté de se dissocier du lourd héritage paternel tout en affrontant la notoriété qui l’accompagne. Il a affirmé ne rien avoir hérité de la fortune ensanglantée de son père, ne conservant selon lui qu’« une montre et un nom indésirable ».
Pour faire face au passé, Marroquín a notamment réalisé le film Sins of My Father afin de reconnaître et tenter d’amender les crimes politiques commis sous l’ère d’Escobar. Il a également publié ses mémoires, dont la dédicace résume sa position : « À mon père, qui m’a montré le chemin à ne pas suivre. »
Toutefois, son parcours reste entaché d’interrogations judiciaires. On rapporte que lui et sa mère ont été interpellés en Argentine à plusieurs reprises, notamment en 1999 et à nouveau en 2018, dans des affaires liées au blanchiment d’argent.
En résumé, la vie de Sebastián Marroquín illustre plusieurs paradoxes :
- Un accès précoce au luxe le plus extravagant, parfois en contraste avec des privations concrètes.
- Une volonté affichée de rompre avec l’héritage criminel et de se réinventer publiquement.
- Des efforts artistiques et littéraires pour affronter et raconter l’histoire familiale.
- Des démêlés judiciaires qui entretiennent le doute quant à la pleine rupture avec le passé.
Ces éléments offrent un regard nuancé sur Sebastián Marroquín : à la fois témoin d’un empire criminel et acteur d’une tentative de réparation, sa trajectoire continue d’alimenter débats et curiosité autour de l’héritage d’Escobar.


