Violences en internat : le lourd fardeau de la mémoire traumatique

par Olivier
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Violences en internat : le lourd fardeau de la mémoire traumatique
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Dans le sillage des récentes révélations de violences au sein d’établissements privés nantais, la parole se libère. À 42 ans, Samuel est le premier ancien pensionnaire de l’internat des Angreviers, situé à Gorges en Loire-Atlantique, à briser l’omerta. Face aux souvenirs de coups, d’humiliations et de punitions, l’homme tente aujourd’hui de se délester d’un traumatisme qui le hante depuis ses onze ans.

Une mémoire d’une précision redoutable

Contrairement à d’anciens camarades qui affirment avoir tourné la page et ne gardent que des souvenirs vagues, Samuel reste prisonnier des détails. Plus de trente ans après les faits, sa mémoire n’occulte rien : il énumère les noms, les dates, le nombre exact d’élèves par table au réfectoire, ou encore la largeur du lavabo. Il se rappelle même avec effroi des images pornographiques que certains surveillants lui imposaient pour le mettre mal à l’aise.

Cette acuité troublante donne l’impression que les agressions viennent tout juste de se produire. Si son entourage évoque parfois une forme d’hypermnésie, Samuel, lui, parle d’une véritable torture mentale. Le fait d’emmagasiner autant d’éléments, exacerbé par des années passées sans être cru, complique lourdement sa reconstruction personnelle.

Le diagnostic de la reviviscence traumatique

Pour le neuropsychologue Francis Eustache, spécialiste des troubles de la mémoire, le terme d’hypermnésie n’est pas cliniquement adapté, ce phénomène demeurant extrêmement rare. L’expert privilégie plutôt la piste d’un syndrome de reviviscence, une manifestation classique de l’état de stress post-traumatique.

Dans ce type de syndrome, des fragments de souvenirs décontextualisés, appelés intrusions, font soudainement irruption dans la conscience. Ils procurent à la victime la sensation vertigineuse de revivre l’événement dans le temps présent. À l’inverse, les autres anciens élèves semblent avoir intégré leur passé de manière autobiographique, ce qui leur a permis d’avancer plus sereinement.

Un traumatisme figé dans l’adolescence

Le spécialiste souligne que l’amnésie traumatique est souvent documentée chez les victimes de violences physiques ou sexuelles, mais que la mémorisation extrême est une réaction tout aussi physiologique. L’adolescence étant une étape fondatrice de la construction identitaire, subir de tels sévices durant cette période cruciale peut littéralement figer la victime dans le temps.

Malgré ce lourd fardeau psychologique, Samuel refuse de rester inactif. Fort du mouvement initié par d’autres victimes de la région, le quadragénaire a créé un groupe d’entraide sur les réseaux sociaux. Son objectif est de rassembler d’anciens élèves de son internat pour retrouver d’autres survivants, mais aussi pour identifier les agresseurs. Déterminé à obtenir justice, il a d’ores et déjà déposé plainte contre les onze personnes qu’il met en cause.

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