Divertissement
Poursuivant le fil culturel des années 60, une chanson peu remarquable du disque 20/20 des Beach Boys recèle une histoire aussi sombre qu’inattendue. «Never Learn Not to Love», publiée en 1969, est restée dans les mémoires non pour ses paroles, mais parce que son auteur originel fut Charles Manson — chef de secte et futur criminel notoire. Cette connexion improbable mêle sexe, LSD et une ambiance de bohème qui bascula ensuite dans l’horreur.

En 1968, Dennis Wilson, batteur des Beach Boys, croisa sur la côte de Malibu deux auto-stoppeuses, Patricia Krenwinkel et Ella Jo Bailey. Fraîchement divorcé et plongé dans une quête spirituelle — la méditation transcendantale — Wilson les prit à bord sans se douter de l’ampleur du bouleversement à venir. Les jeunes femmes appartenaient au cercle d’un gourou récemment libéré de prison : Charles Manson.
Wilson ramena les filles chez lui puis partit travailler; à son retour, il trouva la maison envahie : une douzaine de personnes, dont Manson, y avaient pris leurs quartiers. Ce séjour initial donnera lieu à une relation chaotique, faite d’admiration, d’excès et de comportements de plus en plus inquiétants. Pour une synthèse de ces événements, voir le récit disponible sur Biography (biography.com).

Les témoignages décrivent :
- des fêtes orgiaques et une consommation massive de drogues ;
- un Dennis Wilson d’abord fasciné par Manson, qu’il surnommait parfois «le Magicien» (voir le rappel de Mike Love sur abcnews.go.com) ;
- des récits troublants d’actes violents évoqués par des contemporains, dont certaines allégations demeurent non vérifiées.
C’est dans ce climat que Wilson enregistra une version retravaillée d’un titre composé par Manson, initialement intitulé «Cease to Exist». Rebaptisée «Never Learn Not to Love», la chanson parut sous le nom des Beach Boys, Wilson en prenant le crédit. Selon les récits d’époque, Manson aurait reçu, non pas des droits d’auteur formels, mais un soutien matériel : nourriture, soins et aides diverses évaluées à l’époque à environ 100 000 dollars, outre les frais de réparation liés aux excentricités du groupe qui vivait chez Wilson.

La relation tourna rapidement au conflit. Manson, estimant ne pas avoir été correctement dédommagé, aurait menacé Wilson de manière explicite en lui offrant une balle comme rappel de la chance qu’il avait que ses enfants soient encore en vie. Les versions divergent quant aux suites exactes : certains indiquent que Wilson projeta violemment Manson au sol, épisode dont on a fait l’écho dans des analyses culturelles et cinématographiques (voir notamment une contextualisation liée à Once Upon a Time… in Hollywood).
Finalement, Dennis Wilson rompit les contacts et quitta sa résidence louée, laissant au propriétaire le soin d’expulser la «famille» une fois le bail terminé. Peu après, Charles Manson fut arrêté pour des crimes gravissimes. Wilson, quant à lui, porta longtemps le poids moral d’avoir, par son hospitalité, facilité l’implantation de ce groupe. Il mourut en 1983, noyé alors qu’il nageait en état d’ébriété au large de Marina del Rey.
Pour enchaîner avec la section suivante, on retrouvera comment cette parenthèse tragique a marqué à la fois la musique populaire et l’imaginaire collectif de la fin des années 60.
