Signification des chansons les plus sombres de Paul McCartney

par Angela
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Signification des chansons les plus sombres de Paul McCartney
Royaume-Uni, États-Unis

Paul McCartney souriant lors d'une photo de promotion en 2000L’histoire de Paul McCartney est surtout celle d’un auteur-compositeur. Depuis les années 1950, il écrit musique et paroles, d’abord avec les Beatles, puis comme leader de Wings, et il demeure l’un des artistes solo les plus couronnés de succès. Multi‑instrumentiste, sa voix est l’une des plus expressives et reconnaissables du rock. McCartney fait partie des architectes du pop moderne. Sa carrière l’a rendu immensément riche, mais elle est aussi jalonnée d’épisodes professionnels et personnels marquants. Les chansons de McCartney oscillent généralement entre optimisme et mélancolie, et certaines explorent des territoires plus sombres et inquiétants. Parmi des centaines de titres, une douzaine se distinguent par leur audace et leur noirceur. Voici les récits véritables derrière les morceaux les plus sombres du catalogue McCartney.

Norwegian Wood (This Bird Has Flown)

Sortie en 1965 sur l’album Rubber Soul, la chanson « Norwegian Wood (This Bird Has Flown) » est techniquement classée dans le rock, mais elle évoque surtout une ballade folk ancienne ou une ballade de marin, enrichie par le sitar. C’est l’une des premières apparitions de cet instrument asiatique dans une chanson rock occidentale, joué par George Harrison. Le reste du morceau a été écrit principalement par John Lennon, mais Paul McCartney a apporté l’idée et de larges portions de la musique. Lennon avait écrit la première ligne, pleine d’innuendos, « I once had a girl, or should I say, she once had me ». McCartney a pris la suite en envisageant que la chanson parle d’une liaison dans les années 60, lorsque les meubles en bois bon marché étaient à la mode. Il décrit ensuite la nature parodique et violente du morceau, évoquant l’idée de faire dormir la femme dans la baignoire puis, dans le dernier couplet, d’allumer le bois pour se venger, en le faisant avec ironie.

Maxwell’s Silver Hammer

Sur l’album conceptuel de 1967 Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, McCartney a contribué une ritournelle qui semble d’abord s’inscrire dans un vaudeville, comme sur une scène de music-hall britannique plutôt que sur un album progressif. Cependant, une écoute attentive révèle une provocation tout aussi forte que les autres morceaux de l’époque, notamment « Maxwell’s Silver Hammer », qui raconte les meurtres successifs commis par Maxwell Edison, un étudiant en médecine, à travers des morts violentes et sanglantes. Si la chanson peut paraître sombre par son ton, sa vérité émotionnelle est encore plus plombante: McCartney a expliqué que certaines de ses chansons s’appuient sur des expériences personnelles tout en les voilant. Il a précisé que la chanson illustre les chutes de la vie: « Juste quand tout va bien, Bang! Bang! – Maxwell’s silver hammer ruine tout. »

Eleanor Rigby

Le vers d’ouverture « look at all the lonely people » annonce une ballade poignante. Le premier morceau de l’album Revolver (1966) met en scène Eleanor Rigby, qui mène des activités d’une solitude extrême, et le prêtre Father McKenzie, qui écrit des sermons non livrés et répare ses chaussettes tard le soir. Finalement, les deux personnages se croisent lors des obsèques d’Eleanor Rigby. John Lennon et Paul McCartney ont chacun écrit une part importante de la chanson; McCartney s’est inspiré d’une vieille femme qu’il avait rencontrée dans son enfance et qui l’a amené à imaginer une figure de femme solitaire, puis il a ajouté le prêtre. Le prénom « Eleanor » vient d’un personnage du film Help!, et « Rigby » lui a été inspiré par une enseigne commerciale à Bristol. Plus tard, McCartney apprit qu’au même endroit où il et Lennon avaient habité, un cimetière local portait un nom correspondant à cette figure fictive.

She’s Leaving Home

« She’s Leaving Home », autre morceau marquant de l’album Sgt. Pepper’s, ouvre sur un récit en perspective extérieure avant de devenir intime et mélancolique. Cette fois, c’est une jeune femme qui fuit le foyer, semant la confusion et le chagrin dans son entourage. À 17 ans, Melanie Coe, figure de la scène londonienne, quitte le domicile familial après avoir découvert sa grossesse et se réfugie chez un ami jusqu’à ce que ses parents la retrouvent, puis elle repart. L’histoire fit couler beaucoup d’encre dans les actualités. McCartney a expliqué que cette inspiration venait d’un fait divers devenu un genre de trame: la fuite d’une adolescente au petit matin, et la douleur qui s’en suit. Le morceau commence sur ce départ et s’attarde sur l’émotion d’un adieu et d’un doute familial.

Blackbird

« Blackbird » est officiellement une chanson des Beatles et co‑créditée à Lennon, mais elle représente surtout une collaboration majeure de McCartney en solo sur l’album blanc de 1968. Sobre et presque austère, ce morceau ne comprend qu’une guitare acoustique et la voix du chanteur, dessinant l’image d’un merle noir qui ne peut voler mais qui aspire à le faire. L’inspiration et l’intention réelles de McCartney restent énigmatiques au premier coup d’oreille, mais il a évoqué en entretien les tensions des droits civiques qui traversaient les années 60 dans le Sud des États‑Unis, notamment en Alabama et dans Little Rock. Il a exprimé son souhait d’écrire quelque chose qui puisse, même indirectement, donner de l’espoir à ceux qui traversaient ces épreuves, d’où la simplicité et la gravité de cette chanson.

Another Day

Premier single signé McCartney après la séparation des Beatles, « Another Day » contraste avec les pièces plus lumineux des années passées. Il s’agit également d’un portrait d’une femme négligée qui va et vient au fil d’une journée ordinaire, raconté par un narrateur omniscient qui porte un regard empreint de pitié. McCartney a reconnu dans des entretiens son goût pour les aspects plus sombres de ses chansons, avouant être en partie un voyeur, observant plutôt que vivant pleinement les scènes — « regarder une femme plutôt que d’être avec elle ». Cette sensibilité se retrouve dans ce titre qui mêle quotidien et perception франce de la vie.

Too Many People

Après la rupture des Beatles, les tensions entre Lennon et McCartney s’exacerbèrent. Sur l’album Ram (1971), la chanson « Too Many People » s’en prend avec ironie à ceux qui se présentent comme bienfaiteurs sans vraiment agir, certains y voyant une critique voilée de Lennon lui‑même. McCartney a ultérieurement confié que le morceau visait Lennon, notamment dans l’extrait « Too many people preaching practices », et que le jouer de méchanceté était intentionnellement mesuré et dissimulé. Cette revanche musicale souligne l’esprit compétitif qui régnait alors entre les deux anciens partenaires.

Band on the Run

Épopée en mini‑vedettes en plusieurs volets, « Band on the Run » ouvre l’album du même nom (Wings, 1973) sur le thème d’une évasion – une fuite d’emprisonnement qui croise la vie d’un groupe constamment en tournée. Le morceau porte aussi une réflexion sur l’autorité et l’ordre, tout en affirmant une certaine rébellion. McCartney a évoqué le temps où les musiciens sortaient des banlieues pour être pris en justice ou mal jugés; l’idée du morceau est née d’un sentiment d’être mis à l’écart par rapport à la loi, tout en sculptant une trame narrative autour d’un équipage qui cherche à se libérer. Le tout est rehaussé par une construction méta‑scénique autour d’un scénario d’évasion.

Tug of War

En 1982, McCartney publie son deuxième album solo après Wings, Tug of War, premier enregistrement sans contribution d’écriture de sa femme, Linda McCartney. L’ouvrage oscille entre douceur et mélancolie, particulièrement dans « Here Today », souvenir de son ancien compagnon de groupe John Lennon, assassiné en 1980, mais aussi dans le titre éponyme qui explore le labeur incessant et épuisant de l’âge adulte et la relation avec Lennon. McCartney a expliqué que la chanson avait été écrite avant la mort de Lennon, mais que la sortie de l’album a conduit les auditeurs à la lire comme une réponse à leur rivalité musicale. Cette interprétation peut coexister avec une lecture plus personnelle et plus nuancée.

That Day Is Done

À la fin des années 80, McCartney collabore avec Elvis Costello sur quelques titres, dont « That Day Is Done » qui figure sur l’album Spike. Le morceau évoque la mort, les adieux et les regrets liés à ce qu’on aurait dû dire ou faire avant le décès d’un être cher. Costello a raconté que l’idée a émergé d’un épisode réel lié au deuil, et McCartney a participé à l’élan émotionnel en adoucissant certains éléments tout en conservant sa portée. Le titre est empreint d’un souffle gospel et de sensibilité funèbre.

The End of the End

Paul McCartney atteint la soixantaine et réfléchit à la fin de vie avec l’album Memory Almost Full (2007). Dans « The End of the End », il aborde la mort et l’idée d’un adieu à travers une tradition irlandaise de veillée joyeuse, préférant une célébration de la vie à des obsèques strictes. Selon l’artiste, cette approche s’inspire d’un envoi joyeux et d’un souhait de voir des moments d’esprit et d’anecdotes partagés après le décès. La chanson contient une vision personnelle et émouvante de l’au revoir.

(I Want to) Come Home

Dans le drame Everyone’s Fine (2009), McCartney signe une pièce écrite pour accompagner le récit de Robert De Niro, explorant le retour à la maison et la réconciliation après une perte. Touché par l’histoire de ce père qui cherche à réunir ses enfants autour de la table, McCartney accepte d’écrire et d’enregistrer une chanson — située du point de vue du personnage interprété par De Niro — qui mêle mélancolie et espoir de reunion familiale.

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