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Divertissement

Pour comprendre la trajectoire de Les Simpsons dans le paysage du divertissement, il faut d’abord rappeler son impact initial. La série, lancée en 1989, a rapidement incarné la pop culture des années 90 et du début des années 2000. Tout y était tourné en dérision : l’actualité, les célébrités, et les tics sociaux, grâce à un humour mordant, un commentaire social acéré et des clins d’œil constants disséminés en arrière-plan.
Avec le temps, pourtant, la famille Simpson et l’immense galerie de personnages de Springfield ont vieilli — parfois plus vite que le public lui-même. Après tant de saisons, la série a perdu un peu de son éclat : des fans ont observé une baisse de qualité et certains critiques ont cessé de la prendre aussi au sérieux. La possibilité de revoir l’intégralité des épisodes sur les plateformes de diffusion a d’ailleurs rendu plus visible cette ascension puis ce relatif déclin.
- Une longévité exceptionnelle (début en 1989) qui pèse sur la nouveauté des intrigues.
- Un humour et des gags de fond qui se stabilisent, parfois au point de se répéter.
- Des personnages figés dans leurs traits, désormais plus âgés que beaucoup de téléspectateurs actuels.
- Une perception publique marquée par une impression de baisse de qualité et une critique moins enthousiaste.
Sans être « mauvaise » à proprement parler, la série tend donc vers la répétition — un constat qui appelle à examiner, section par section, les causes créatives et culturelles derrière ce phénomène.
Les personnages des Simpsons ne grandissent ni ne changent

Pour comprendre pourquoi Les Simpsons ont fini par paraître répétitifs, il faut d’abord considérer leur rapport au temps. Alors que trois décennies transforment profondément le monde réel, dans l’univers animé de la série, les personnages restent figés à un âge constant.
Le producteur de longue date Al Jean l’a rappelé début 2020 en soulignant qu’Homer avait toujours 39 ans en saison 31, ce qui place son année de naissance en 1980 — la même année de naissance attribuée à Bart dès la première saison. Cette décision narrative maintient un statu quo permanent qui empêche toute évolution générationnelle au sein de Springfield.
En parallèle, le casting humain a naturellement vieilli : beaucoup d’acteurs avaient une vingtaine ou une trentaine d’années au lancement de la série et approchent aujourd’hui de la soixantaine, tandis que certains contributeurs historiques sont nettement plus âgés. Il est saisissant de constater combien de temps s’est écoulé dans la réalité, alors que, dans la série, le temps semble s’être arrêté.
- Même en comptant chaque épisode comme une journée unique — une hypothèse qui ne colle pas vraiment aux intrigues —, à peine deux années se seraient écoulées dans la chronologie de la série.
- Bart et Lisa demeurent respectivement en quatrième et en deuxième année, renforçant cette impression d’immobilisme scolaire et générationnel.
- Ce choix artistique contribue largement au sentiment des fans que la série a parfois du mal à se renouveler et tourne en rond.
Autrement dit, ce gel temporel volontaire, bien qu’il préserve la formule comique et reconnaissable des Simpsons, joue un rôle central dans la perception de répétitivité ressentie par une partie du public.
La série a commencé à recycler d’anciens thèmes

En poursuivant l’analyse de la longévité de la série, on remarque que les personnages ne changent jamais vraiment, et les scénarios suivent la même logique. Parce que les protagonistes restent figés, ils revivent invariablement les mêmes problèmes : Homer est fréquemment mauvais dans son travail et se fait licencier à plusieurs reprises, tout en ayant à réapprendre sans cesse comment être un mari ou un père acceptable.
De son côté, Bart se retrouve maintes fois à découvrir qu’il n’est pas totalement mauvais, comme s’il était condamné à répéter ses erreurs en boucle. Lisa, quant à elle, apparaît régulièrement dans des épisodes où elle doute de son intelligence ou de son jeu de saxophone, malgré ses confrontations fréquentes avec des esprits brillants et ses collaborations avec des musiciens primés.
Cette répétition se retrouve jusque dans les titres. La série a proposé à plusieurs reprises des jeux de mots autour de la « Mona Lisa » — notamment les épisodes intitulés « Moaning Lisa », « Moe’N’a Lisa », « Mona Leaves-a » et « Loan-a Lisa ». Et, parmi ces variations, seule une poignée s’écarte réellement du thème de la déception de Lisa envers quelqu’un.
- Homer : crises professionnelles récurrentes et leçons familiales sans mémoire durable.
- Bart : remise en question morale répétée, comme si le personnage ne progressait jamais définitivement.
- Lisa : doutes artistiques ou intellectuels qui reviennent malgré des preuves contraires de son talent.
- Titres et gags : réemploi d’idées et de structures narratives au fil des saisons.
Dans la réalité, les individus apprennent de leurs erreurs et s’appuient sur leurs expériences passées pour affronter des situations similaires. À Springfield, cette capacité d’évolution semble absente : les mêmes dilemmes réapparaissent sans que les personnages ne tirent des leçons durables, ce qui accentue la sensation de répétitivité dans Les Simpsons.
La série a été négligente avec la continuité

Poursuivant l’examen de la longévité des Simpson, on constate que la sitcom sacrifie souvent la continuité au profit de gags rapides. Dans une comédie animée de vingt‑minutes, cela peut se comprendre, mais pour les fans attentifs, ces incohérences renforcent le sentiment de répétitivité.
L’exemple le plus célèbre est l’épisode de la neuvième saison « The Principal and the Pauper », où l’on apprend que le principal Skinner n’est en réalité que Armin Tamzarian, qui a usurpé l’identité du véritable Seymour Skinner — censé disparu, mais en réalité vivant. La fin de l’épisode invite à ne pas prendre l’histoire au sérieux : les habitants acceptent de continuer à appeler Tamzarian « Skinner » et décident de ne plus en parler.
Cependant, même si l’épisode n’est pas réutilisé explicitement, ce retournement remet en question des éléments établis antérieurement. Deux exemples frappants :
- L’épisode de la septième saison « Raging Abe Simpson and His Grumbling Grandson in ‘The Curse of the Flying Hellfish’ » montre le grand‑père Simpson combattant pendant la Seconde Guerre mondiale aux côtés du grand‑père de Skinner, qui ressemble et sonne exactement comme l’adulte que l’on connaît depuis des saisons.
- Dans ce même épisode, on représente le grand‑père Simpson comme étant plus âgé que M. Burns, alors que Burns est régulièrement présenté comme dépassant la centaine d’années — une discordance d’âge qui fragilise la cohérence interne.
Ces faux pas de continuité, même mineurs pris isolément, ont contribué à la déception d’une partie du public et à l’impression que Les Simpsons se répètent sans tenir compte de leur propre histoire.
Les premières saisons étaient trop bonnes

Pour comprendre pourquoi Les Simpsons paraissent répétitifs aujourd’hui, il faut d’abord reconnaître l’éclat des débuts. Les saisons initiales ont posé des standards exceptionnels : des épisodes brillants, mémorables et devenus des références culturelles. Comparées à la moyenne des séries télé, les saisons récentes peuvent encore sembler honorables, mais mises côte à côte avec ces classiques, elles paraissent inévitablement moins éclatantes.
Plusieurs éléments expliquent ce contraste :
- Les épisodes fondateurs ont créé des modèles de comédie et des scènes cultes qui continuent d’alimenter mèmes et références.
- Des titres comme « Marge vs. the Monorail » ou « Homer’s Barbershop Quartet » ne définissent pas seulement la série, ils ont marqué l’humour télévisuel des années 90.
- La répétition d’un niveau d’inspiration aussi élevé est durablement impossible pour presque toute production artistique.
Les Simpsons ont réussi l’exploit rare d’attraper ce « coup de génie » à plusieurs reprises pendant des années. Ce pic initial est si élevé que même des épisodes objectivement bons paraissent fades en comparaison, donnant l’impression d’une chute de qualité quand, en réalité, la référence est devenue presque inatteignable. Cette observation éclaire la perception de la série et prépare la réflexion sur ses évolutions ultérieures.
Les personnages des Simpsons sont devenus des parodies d’eux‑mêmes

Poursuivant l’examen des raisons de la répétitivité, on remarque que plusieurs protagonistes ont perdu leur complexité au profit d’exagérations reconnaissables. Ce glissement vers la caricature rend les intrigues plus prévisibles et appauvrit la palette émotionnelle de la série.
On parle souvent de « flanderization » pour désigner ce phénomène, terme inspiré du voisin ultra‑religieux Ned Flanders. Au départ, Flanders était un voisin aimable et croyant dont la foi était un élément parmi d’autres de sa personnalité. Avec le temps, sa religiosité est devenue l’obsession centrale du personnage, effaçant ses autres facettes.
Homer illustre encore mieux cette transformation. Dans les premières saisons, il était brouillon, impulsif et parfois stupide, mais demeurait avant tout un père attaché à sa famille. Progressivement, la série a mis l’accent sur son idiotie : Homer enchaîne les combines absurdes et adopte parfois des comportements franchement égoïstes, au détriment de son rôle affectif.
- Krusty : de montreur pour enfants au cœur fragile, il bascule vers une figure cupide et parfois franchement antagoniste envers les gamins.
- Mr. Burns : d’employeur sans scrupules à super‑vilain caricatural, sa noirceur se transforme en grandiloquence hostile.
- Principal Skinner : d’enseignant sérieux et terne à personnage dépendant et étrange, perdant ainsi une dimension réaliste.
Ce passage d’une écriture nuancée à des traits amplifiés réduit la richesse narrative et explique en grande partie pourquoi de nombreux épisodes paraissent redondants. En réduisant des personnages à une ou deux manies, la série sacrifie la variété des conflits et des émotions qui faisaient autrefois sa force.
31 saisons, c’est beaucoup

En continuant l’analyse, rappelons que 31 saisons et près de 700 épisodes constituent une longévité sans précédent pour une sitcom. Une telle ampleur entraîne inévitablement une raréfaction d’intrigues réellement inédites. Cette réalité structurelle pèse lourdement sur la créativité des scénaristes.
La narration humaine fonctionne souvent en recomposant des éléments déjà vus, en les présentant sous de nouvelles formes. Ainsi, même si les thèmes sous-jacents se répètent, leur agencement et leur ton peuvent offrir des variantes intéressantes. Les séries peuvent donc réutiliser des architectures narratives familières pour créer des épisodes qui paraissent frais.
Pour Les Simpsons, cette souplesse est limitée par la forme : épisode de trente minutes, sans continuité réelle entre les épisodes, et exigence d’une résolution rapide. Chaque épisode doit être autonome, installer le contexte puis conclure l’intrigue en environ 22 minutes hors publicités. Ces contraintes temporelles et formatives favorisent les impressions de déjà-vu.
- Format court : peu de temps pour développer des arcs complexes.
- Absence de continuité : impossibilité d’approfondir des changements durables.
- Volume d’épisodes : répétition inévitable des thèmes.
Un exemple éclairant illustre ce mécanisme : dans « The Great Wife Hope » (https://simpsons.fandom.com/wiki/The_Great_Wife_Hope), Marge s’oppose à la violence du MMA, situation qui évoque l’épisode plus ancien « Itchy & Scratchy & Marge » (https://simpsons.fandom.com/wiki/Itchy_%26_Scratchy_%26_Marge), où elle lutte contre la violence du dessin animé Itchy & Scratchy. Les motifs diffèrent dans les détails, mais le thème central reste le même. Cette récurrence thématique contribue à la perception de répétitivité des Simpsons.
Les Simpsons misent trop sur les invités célèbres

En poursuivant l’examen des raisons derrière la perte d’originalité de la série, on remarque que l’un des atouts historiques de Les Simpsons—et paradoxalement une de ses faiblesses—est l’afflux constant d’invités célèbres. Au fil des saisons, la série a accueilli une ribambelle d’icônes de la culture populaire.
- Acteurs et savants (par exemple Leonard Nimoy, Stephen Hawking)
- Musiciens et groupes célèbres (comme Paul McCartney, Aerosmith)
- Superstars contemporaines (Michael Jackson sous pseudonyme, Lady Gaga, Elon Musk)
Plusieurs de ces apparitions ont donné lieu à des épisodes mémorables, où la présence d’une voix connue est intégrée avec finesse à la narration. Un exemple notable reste l’épisode de la troisième saison, «Stark Raving Dad», dans lequel Michael Jackson prête sa voix à un personnage utilisant un pseudonyme, et où l’intrigue reste forte malgré la célébrité invitée.
Cependant, il arrive souvent que la production réserve d’abord une vedette, puis cherche ensuite à lui trouver une place narrative cohérente. Le résultat peut donner des épisodes dont l’intrigue paraît construite autour de l’invité plutôt que d’émaner naturellement des personnages et de l’univers de la série.
Des épisodes comme «Lisa Goes Gaga», où Lady Gaga débarque à Springfield et entreprend de remonter le moral de Lisa sans raisons réellement convaincantes, illustrent ce phénomène. De la même manière, un épisode entièrement centré sur un inventeur contemporain — où celui-ci trouve l’univers de la famille Simpson étrangement inspirant — a été perçu par certains comme un hommage maladroit, avec la famille Simpson reléguée au second plan.
Cette dépendance aux guest stars, lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’une intrigue solide, renforce l’impression de répétitivité. Elle fragilise l’équilibre entre humour, satire culturelle et profondeur des personnages, éléments qui ont fait la force originelle de Les Simpsons.
La réaction des fans a rendu la série réticente à prendre des risques

Pour saisir pourquoi Les Simpsons sont devenus plus prudents, il suffit de revenir à un épisode précis qui a provoqué un tollé. « The Principal and the Pauper », où l’on découvre que le directeur Skinner est en réalité un imposteur, est considéré comme un des épisodes les plus controversés de la série et a marqué un tournant dans sa réputation.
Confronté à un rejet instantané des fans et à des critiques sévères, le show a fini par intégrer une forme d’autocensure créative. Là où les premières saisons osaient expérimenter avec les personnages et leurs trajectoires, la peur du retour de bâton a poussé les scénaristes à s’en tenir davantage aux schémas établis.
- Les saisons initiales proposaient des épisodes audacieux et inattendus, capables d’explorer de nouvelles facettes des protagonistes.
- Après l’épisode en question, les tentatives de réinventer un personnage se sont raréfiées, au profit de développements plus sûrs et prévisibles.
- Cette prudence a freiné l’innovation narrative et renforcé la répétitivité ressentie par une partie du public.
Même si l’épisode a sans doute dépassé les limites en bouleversant un attachement établi depuis près d’une décennie, la réaction collective a eu pour effet collatéral d’empêcher toute remise en question audacieuse des personnages par la suite. Au lieu d’explorer des directions nouvelles, la série a souvent choisi de revenir à un statu quo immuable.
Ce basculement vers la sécurité scénaristique éclaire une part importante de la perte de fraîcheur des Simpsons, en expliquant pourquoi certaines intrigues semblent désormais davantage soucieuses de ne rien changer que de surprendre.
Des personnages figés dans le temps

Dans l’évolution de la série, certains personnages ont subi une forme de « flandérisation » — leurs traits les plus caricaturaux ont été amplifiés — tandis que d’autres sont restés étonnamment immobiles. C’est particulièrement vrai pour les membres du foyer Simpson, dont les trajectoires semblent s’être figées très tôt dans la série. Cette absence d’évolution empêche souvent d’explorer la complexité humaine qu’on attend d’un récit longuement suivi.
Considérons Lisa : elle est devenue très tôt une écologiste végétarienne et bouddhiste, puis ces aspects ont presque cessé d’évoluer. Ce sont des caractéristiques positives, mais combien de personnes restent exactement identiques pendant trente ans ? Ses convictions auraient pu se nuancer avec le temps, ou elle aurait pu questionner certaines de ses décisions en grandissant.
Marge illustre un autre cas. À part quelques épisodes abordant brièvement une dépendance au jeu, son personnage a peu changé : elle demeure l’image de la mère américaine des années 1980, alors que les représentations parentales ont largement évolué. Face à un Homer qui devient de plus en plus grossier et indifférent, la série doit sans cesse pousser les situations pour justifier pourquoi Marge tolère ses excès.
- Lisa : positionnée très tôt, puis peu développée par la suite.
- Marge : stabilité narrative malgré l’évolution sociale des modèles parentaux.
- Homer : tendance à s’empirer, accentuant le contraste au sein du foyer.
- Personnages secondaires : ceux qui ne sont pas flandérisés restent essentiellement figés dans le temps.
En somme, tant que certains personnages ne sont ni approfondis ni amenés à évoluer, Les Simpsons risque de paraître répétitif, car la série s’appuie alors sur des ressorts narratifs de plus en plus forcés pour maintenir l’intérêt.
Le problème des Simpsons avec la technologie et la pop culture

En poursuivant l’exploration des thèmes contemporains, Les Simpsons ont intégré la technologie à la vie quotidienne de Springfield : ordinateurs, internet, puis smartphones apparaissent progressivement chez les personnages, souvent sans grandes explications. Cette évolution reflète la réalité, où la tech s’insinue lentement mais durablement dans nos routines.
Cependant, la série peine à tirer parti de ces changements pour créer des récits réellement nouveaux. De nombreux épisodes centrés sur la technologie recyclent des intrigues anciennes en y ajoutant simplement un gadget moderne. Par exemple, un épisode met en scène Lisa devenue influenceuse sur les réseaux sociaux : elle gagne en popularité à l’école mais ne supporte pas la pression et retrouve finalement son statut de « nerd ». Le ressort narratif reste alors très proche d’anciens épisodes, sans apporter de perspective originale liée aux réseaux sociaux.
On peut résumer les limites récurrentes ainsi :
- Intrigues recyclées : des thèmes classiques réapparaissent avec une surface technologique sans renouveau significatif.
- Adoption superficielle de la technologie : les appareils changent, mais pas toujours la dynamique dramatique ou comique.
- Parodies réductrices : les pastiches de la pop culture contemporaine se contentent parfois de transposer des personnages sans commentaire approfondi.
- Perte d’angle critique : l’introduction d’un phénomène moderne n’entraîne pas systématiquement d’analyse nouvelle ou d’ironie aiguisée.
Cette tendance est visible aussi dans les parodies : jadis fructueuses quand elles décortiquaient des œuvres plus anciennes et offraient un regard inédit, elles se retrouvent plus tard à juste transposer des succès récents. Un exemple notable est un segment parodique d’un épisode spécial qui reprend presque plan par plan le film Avatar (2009), sans y ajouter de véritable commentaire critique.
En somme, ces difficultés à exploiter la technologie et à renouveler la satire culturelle participent largement à la sensation de répétitivité que ressentent aujourd’hui certains fans des Simpsons.
Springfield ne change jamais

Dans la continuité de la série, non seulement les personnages des Simpsons demeurent inchangés, mais la ville où ils vivent reste elle aussi figée dans le temps. Alors qu’une ville américaine moyenne voit son visage évoluer sur plusieurs décennies — nouveaux dirigeants, nouvelles populations, commerces qui vont et viennent — Springfield conserve son image idéalisée des années 1990.
Ce statu quo durable renforce l’impression de répétition : même les constructions récentes sont rapidement oubliées, et les commerces apparus brièvement ne sont presque jamais évoqués par la suite. Une exception notable survient au bout de 25 ans lorsque le Monorail de Springfield réapparaît dans la saison 29, « The Old Blue Mayor She Ain’t What She Used to Be » (simpsons.fandom.com), et que la ville utilise ses ruines pour aménager un parc surélevé — parc qui, naturellement, ne sera plus revu.
Cette permanence a des conséquences narratives : les habitants répètent sans cesse les mêmes erreurs face aux urgences locales. La série se moque parfois ouvertement de cette myopie collective, mais la répétition des mêmes réactions et des mêmes situations finit par peser, car elle empêche toute progression durable des personnages et du décor.
- Personnages figés dans leurs traits et comportements.
- Ville immuable qui reflète une vision rétrograde des petites villes.
- Infrastructures et commerces apparaissant puis disparaissant sans suite.
- Crises répétitives où l’expérience passée n’est pas exploitée.
En somme, cette immobilité urbaine alimente la sensation générale de répétitivité dans Les Simpsons, un point qui se répercute autant sur l’humour que sur la dynamique de la série, avant de laisser place aux thèmes explorés dans la section suivante.
La série est souvent revenue sur les rares évolutions qu’elle avait introduites

Pour maintenir un statu quo familier, Les Simpsons ont tendance à annuler les modifications significatives de leur univers. Ces retours en arrière freinent toute progression durable des personnages et contribuent à la sensation de répétition qui s’est installée au fil des saisons.
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Par exemple, le divorce des parents de Milhouse a offert des scènes touchantes et révélatrices sur l’impact familial et l’adaptation du personnage. Pourtant, quelques saisons plus tard, sans évolution notable des deux adultes, ils se remarient, annulant ainsi la dynamique explorée précédemment.
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Apu a été marié dans le cadre d’un mariage arrangé, ce qui a introduit son épouse Manjula et, plus tard, leurs huit enfants — une ouverture vers plus de profondeur du personnage. Progressivement, la série est revenue à une représentation plus réductrice, évoquant rarement sa famille, puis l’a finalement retiré du paysage narratif après 2017.
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Même les changements de comportement sont temporaires : Barney a connu une période de sobriété et a même obtenu une licence de pilote d’hélicoptère, avant que la série ne le ramène rapidement à son rôle d’alcoolique sans but.
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Plus surprenant encore, certaines morts de personnages n’ont pas tenu. Dr. Nick, tué dans le long métrage, réapparaît ensuite dans la série sans qu’on ne fasse réellement état de son décès. De même, la mort du parrain italien Fat Tony a été inversée : il est remplacé par son cousin Fit Tony, qui reprend ensuite le nom et le statut de Fat Tony dans un montage, annulant la disparition initiale.
Ces réversions systématiques — qu’il s’agisse de relations, d’arcs personnels ou même de décès — illustrent pourquoi Les Simpsons ont souvent du mal à conserver des évolutions durables et pourquoi la série paraît, saison après saison, revenir sur ses pas.
