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Oublier l’équilibre entre improvisation et accessibilité dans le répertoire des Grateful Dead pour dégager cinq morceaux phares des années 70 est un exercice délicat. Le groupe, emblème du rock psychédélique et du jam, a produit une discographie prolifique mêlant studios et concerts. Treize albums en studio et pas moins de 233 lives constituent un record mondial qui témoigne de leur évolution durant la décennie. Choisir ces morceaux, c’est tenter de refléter à la fois la qualité de la composition et l’énergie live, en couvrant l’ensemble des années 70, en studio et sur scène.

Truckin’
Plus facilement identifiable que d’autres titres, Truckin’ est immédiatement reconnaissable à l’entrée des paroles évoquant le voyage et les grandes villes que traverse le groupe. Le morceau oppose une énergie frénétique à un groove décontracté, comme le roulis d’un véhicule sur la route. Il s’agit d’un effort collectif de Jerry Garcia, Phil Lesh et Bob Weir, avec des mots de Robert Hunter, et il décrit l’expérience de la tournée et les aléas qui vont avec. Aujourd’hui, Truckin’ demeure l’un des titres des Dead les plus écoutés, avec environ 70 millions d’écoutes sur Spotify. Cette chanson symbolise aussi la période d’ébullition du groupe à l’aube des années 70, marquée par des albums marquants comme Workingman’s Dead et American Beauty.
Terrapin Station Medley
Terrapin Station Medley est une suite d’environ 16 minutes composée de sept mouvements qui bordent plusieurs moods en une pièce unique. Le premier mouvement est intitulé Lady with a Fan et le cinquième s’intitule At a Siding. Structure résolument symphonique, elle évolue vers un univers digne d’une bande originale de film vers la quatorzième minute, avec un arrangement orchestral, des accents caraïbes et des touches moyen-orientales, pour converger sur le thème principal accompagné d’un chœur. Bien que sa construction soit extrêmement soignée et ambitieuse, la pièce se démarque des versions live et demeure une référence des années 70 du Dead.
Ripple
Ripple est une ballade acoustique douce chantée principalement par Jerry Garcia. C’est une réflexion sur la nature et le rôle de la musique, présentée par une formation jeune qui n’en était alors qu’à ses débuts il y a cinq ans environ. La composition s’enrichit d’un accompagnement mandoline et d’un chœur, qui élèvent la pièce vers des textures riches et lyriques. Le morceau peut être interprété comme une méditation spirituelle, ou simplement comme une belle chanson, ce qui en fait l’une des œuvres les plus sincères des années 70 pour le Dead.
Estimated Prophet
Dans la foulée de la dimension religieuse qui traverse leur répertoire, Estimated Prophet mêle funk et groove dans une version en studio d’environ cinq minutes et demie, avec des interjections vocales et des cuivres. Mais c’est la version live extra-longue tirée de Dick’s Picks Volume Three: Pembroke Pines, Floride 22/05/1977 qui met pleinement en valeur le morceau, prolongeant le live au-delà du studio et offrant un solo improvisé et hypnotisant qui donne l’impression d’une voix humaine. Les paroles évoquent l’autorité d’un leader charismatique et une menace sous-jacente, ce qui rend le morceau à la fois captivant et inquiétant, et illustre le génie des Dead à revitaliser leurs thèmes sur scène.
Shakedown Street
Ouverture live qui peut évoquer les textures de Pink Floyd, mais Shakedown Street est né en 1978 sur un album éponyme et s’appuie sur une ligne de basse entraînante et une guitare jaillissante. À la base, il s’agit d’un morceau danse ancré dans le disco tardif, tout en conservant une couleur psychédélique propre au Dead. Comme pour Truckin’, on privilégie une version live, ici celle de Dick’s Picks Volume Five: Oakland Auditorium Arena 26/12/1979, publiée en 1996. La version scénique présente un tempo légèrement plus lent, un groove jazz shuffle et des lignes instrumentales alternatives qui repoussent les limites du studio et donnent l’impression d’une véritable jam. Cette période du groupe, parfois moquée comme le ‘disco Dead’, a surtout étendu les horizons du Dead et préparé la suite de leur parcours.
