Enter the Dragon : deux deuils contrastés

Bruce Lee est mort le 20 juillet 1973, à l’âge incroyablement jeune de 32 ans. Déjà immense star en Chine, sa disparition créa un vide immense sur le plan culturel, tandis qu’aux États-Unis sa carrière prit immédiatement une dimension posthume : le mois suivant sa mort, Enter the Dragon sortit dans les salles américaines et transforma Lee en icône du grand écran.
La réaction au décès de Bruce Lee illustre à elle seule la différence d’impact entre deux continents : alors que l’Asie pleurait un héros national, l’Amérique découvrait et célébrait une nouvelle légende. Cette dichotomie se manifesta notamment par la tenue de deux funérailles très distinctes.

D’après la biographie Bruce Lee: A Life de Matthew Polly, les cérémonies paraissaient appartenir à des mondes séparés. À Hong Kong, plus de 15 000 personnes se rendirent aux funérailles pour rendre hommage à l’acteur. Le cortège suscita des émotions intenses : « des hommes âgés pleuraient, de jeunes filles s’évanouissaient, et plusieurs personnes furent hospitalisées pour choc ou blessures légères », rapporte Polly.
Aux États-Unis, la portée était beaucoup plus intime. La veillée fut qualifiée de « petite cérémonie » et des stars comme Steve McQueen et James Coburn furent porteurs du cercueil. La famille de Lee choisit d’enterrer Bruce au Lake View Cemetery de Seattle, décision défendue par son épouse Linda qui expliqua la vision universelle de son mari :
- Présence massive à Hong Kong : plus de 15 000 personnes.
- Cérémonie sobre aux États-Unis, avec quelques proches et personnalités comme porteurs.
- Sépulture à Seattle, au Lake View Cemetery, conformément à la volonté de la famille et à la philosophie de Lee.
Ce choix de sépulture revêtait une symbolique particulière : Bruce Lee, né à San Francisco et élevé à Hong Kong, était retourné à Seattle après des difficultés scolaires à Hong Kong. D’un adolescent bagarreur et « privilégié » devenu maître d’arts martiaux, il avait transformé sa vie en discipline et enseignement. Rejeté parfois lors de castings, il connut des périodes de dépression sans imaginer qu’à sa mort sa place parmi les mégastars américains était déjà assurée.
Transition : la manière dont Bruce Lee fut pleuré en deux temps offre un éclairage saisissant sur la façon dont une même vie publique peut être perçue et célébrée différemment selon les cultures.
