Divertissement

Pour les amateurs de culture et d’histoire du cinéma, Blanche-Neige révèle un contraste saisissant entre l’adaptation lumineuse de Disney et les racines bien plus sombres du conte. Les frères Grimm, en collectant les traditions orales, ont fixé une version de Blanche‑Neige qui diffère sur de nombreux points clés de la version animée.
Voici les éléments principaux qui montrent à quel point l’histoire originelle est plus âpre, tels qu’ils apparaissent dans le conte publié par les frères Grimm (texte source) :
- L’origine du nom : dans le conte, le nom de Blanche‑Neige provient d’un vœu formulé par sa mère enceinte, qui se pique et laisse tomber du sang sur la neige. La description « lèvres rouges comme le sang, peau blanche comme la neige » est littérale dans la version ancienne, alors que le film adoucit cette image en parlant d’une « rose ».
- Des parents réels : contrairement au film qui omet la mère biologique, le récit des Grimm présente Blanche‑Neige comme une princesse née d’une reine qui meurt en couches. Le roi se remarie et la nouvelle épouse devient la rivale jalouse.
- La reine est une sorcière : le conte la décrit explicitement comme pratiquant la sorcellerie et usant de magie noire pour atteindre ses fins, bien plus qu’un simple « antagoniste vaniteux » tel qu’il apparaît à l’écran.
- La nature du chasseur : dans le film, le chasseur épargne Blanche‑Neige par conscience. Dans le conte, il la menace physiquement ; il la laisse partir seulement parce que sa beauté le touche, et il pense qu’elle sera bientôt dévorée par les animaux sauvages.
- La preuve macabre : le film montre la ruse du chasseur avec un cœur de porc dans une boîte. Le conte original est encore plus explicite : la reine exige les poumons et le foie de Blanche‑Neige, que le chasseur apporte à la reine — lobes provenant d’un sanglier — et que celle‑ci fait cuire en croyant cannibaliser sa belle‑fille.
- Des tentatives de meurtre répétées : Disney retient deux attaques (l’ordre au chasseur et la pomme empoisonnée). Le conte en ajoute au moins deux autres : un corset lacé si étroit qu’il étouffe Blanche‑Neige, puis un peigne empoisonné. À chaque fois, les nains interviennent pour la sauver.
- La rencontre avec le prince et le baiser : dans le film, Blanche‑Neige et le prince ont déjà croisé leurs chemins avant le sommeil magique. Dans le conte, le prince ne l’a jamais vue : il découvre plus tard son cercueil et, touché par sa beauté, l’emporte. C’est le hasard (un serviteur qui trébuche ou, dans une première version, la curiosité d’un porteur qui soulève le couvercle) qui fait expulser le morceau de pomme et provoque l’éveil — le « baiser de l’amour véritable » est une invention cinématographique.
- La fin plus brutale : Disney conclut par une déchéance spectaculaire de la reine. Le conte, lui, réserve une punition nettement plus cruelle : à la noce de Blanche‑Neige, la reine est contrainte de danser avec des chaussures de fer chauffées jusqu’au rouge jusqu’à en mourir.
- L’âge de Blanche‑Neige : une différence majeure change notre lecture : la version ancienne situe Blanche‑Neige à sept ans, ce qui rend certains aspects du conte — la jalousie, les complots, l’attitude du prince — beaucoup plus troublants que dans l’adaptation où elle paraît adolescente.
- Une évolution du personnage de la reine : dans la première édition des Grimm, la rivale est parfois la mère biologique ; les éditions ultérieures ont modifié ce détail pour atténuer l’horreur du récit et sacraliser la figure maternelle.
Ces différences expliquent pourquoi Blanche‑Neige reste un sujet fascinant pour le divertissement : l’adaptation Disney transforme un récit folklorique rude en un conte plus accessible, mais les origines conservent une tension et une noirceur qui révèlent beaucoup sur les peurs et les croyances de l’époque où le conte est né.
