Une vie souterraine dans une mine réaménagée

En 2019, la police de Boulder City (Nevada) a identifié une tendance inquiétante : des personnes s’étaient installées dans des puits de mine rénovés, y prenant parfois racine pendant des mois, voire des années. Le chef Tim Shea a expliqué que des officiers retrouvaient des occupants faisant de ces galeries leur «base» de vie. Faute d’alternatives — la ville ne disposant alors ni d’abri ni de programme adapté — ces lieux souterrains servaient d’abri de dernier recours pour des personnes sans domicile fixe.
Un rapport universitaire relayé par la presse locale signale qu’entre 2010 et 2014, près de 3 100 contraventions ont été émises en application de plusieurs ordonnances visant les personnes sans-abri. Parmi ces mesures figure une interdiction de camper qui a eu pour effet de pousser encore davantage de gens vers des sites isolés, comme les puits de mine. Coincés entre des interdictions municipales et l’absence de solutions, nombreux sont ceux qui se réfugient sous la surface rocheuse.

Parmi ces habitants souterrains, Richard Roman a vécu sept ans dans un puits de mine réaménagé, avant d’être sommé de partir en décembre 2019. Son refuge, creusé dans une crête rocheuse au-dessus de Boulder City, descendait jusqu’à environ 6 mètres sous la surface. Roman avait aménagé l’espace avec des portes en bois, une moquette au motif de casino psychédélique, et des LED alimentées par un panneau solaire acheté 2 000 $.
Ses installations comprenaient un matelas, une bonbonne de propane pour préparer le café et quelques bricolages ingénieux — notamment une raquette de tennis transformée en attrape-serpents. Roman décrivait son lieu comme le résultat d’une débrouillardise à la Robinson Crusoé, et rappelait que, au départ, l’endroit était si sale que «les rats avaient peur d’entrer».
Son parcours personnel éclaire aussi ce choix de vie. Élevé dans le Nebraska et scolarisé dans un établissement catholique, il a ensuite connu la consommation de cocaïne et le trafic d’armes en Californie. Les problèmes d’addiction lui ont coûté un emploi et un mariage de 23 ans, l’amenant finalement à s’installer dans la région de Las Vegas avant de se retrancher dans la mine. Comme il l’a dit lui‑même, «j’ai toujours aimé le côté néfaste de la vie».
Face aux préoccupations de sécurité soulevées par les autorités, la municipalité a finalement ordonné à Roman de quitter les lieux, lui accordant un délai d’environ 30 jours pour évacuer. Ce cas illustre les tensions entre débrouillardise individuelle et impératifs de sécurité publique, et soulève la question de l’accès à des solutions d’hébergement adaptées pour les personnes vulnérables.
Sources : Las Vegas Review-Journal (L.E. Baskow/Las Vegas Review-Journal), Boulder Weekly (article), Associated Press via U.S. News (compte rendu).
