Un véritable climat de peur s’installe au sein de la profession. Dans un récent rapport, les organisations Cartooning for Peace et Cartoonists Rights tirent la sonnette d’alarme concernant les multiples poursuites judiciaires et la censure qui frappent les dessinateurs de presse à travers le monde.
Entre juin 2023 et juin 2025, pas moins de 87 cas de menaces ont été documentés par Cartooning for Peace, un réseau international rassemblant 374 dessinateurs répartis dans 79 pays. Le document souligne que les actions en justice et la censure sont particulièrement prégnantes dans des pays comme la Turquie, l’Inde, la Malaisie, l’Égypte et l’Arabie saoudite.
Ces procédures légales représentent des mécanismes répressifs insidieux. Selon les auteurs du rapport, elles engendrent un climat de terreur propice à l’autocensure, tout en évitant de susciter l’indignation internationale qu’entraînerait une répression physique. De nombreux cas de menaces de mort et d’arrestations viennent compléter ce sombre tableau.
Une liberté d’expression gravement menacée
L’environnement mondial dans lequel évolue le dessin de presse devient de plus en plus périlleux. Les deux ONG rappellent que la liberté d’expression, pilier fondamental de la démocratie au même titre que la liberté de la presse, est aujourd’hui fragilisée et régulièrement instrumentalisée.
Aux régimes historiquement reconnus pour leur opacité et leur répression, tels que la Russie, la Chine, l’Ouganda ou le Nicaragua, s’ajoutent désormais des États qualifiés de régimes hybrides. Des pays comme la Hongrie, les États-Unis et Israël adoptent ainsi des pratiques jugées de plus en plus autoritaires vis-à-vis des caricaturistes.
Pression éditoriale et démissions
Face à ces restrictions croissantes, certains professionnels font le choix de se retirer. Au début de l’année 2025, la dessinatrice américaine Ann Telnaes a notamment démissionné de ses fonctions au sein du Washington Post. Cette décision faisait suite au refus de sa direction de publier une caricature critiquant Jeff Bezos, le propriétaire du quotidien, à qui elle reprochait de chercher à s’attirer les faveurs de Donald Trump.
Cette situation alarme particulièrement les observateurs du secteur. Le président de Cartooning for Peace, le dessinateur français Kak, décrit un déclin vertigineux de la profession aux États-Unis, nation qu’il qualifie pourtant de gigantesque démocratie et d’empire historique du dessin de presse, ayant longtemps compté le plus grand nombre de caricaturistes au monde.
