La Fin de L’Irishman Dévoilée : Analyse du Film

par Olivier
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La Fin de L'Irishman Dévoilée : Analyse du Film
USA, Irlande

La fin de The Irishman expliquée

Lorsque Robert De Niro, Al Pacino et Joe Pesci ont été annoncés au générique d’un film de Martin Scorsese, l’attente autour de The Irishman a immédiatement pris des allures d’événement. Puis le film est arrivé sur Netflix, et une partie du public s’est retrouvée déstabilisée par sa durée de trois heures et demie. Inspiré de l’histoire dite « vraie » de Frank Sheeran, ce long métrage propose un regard fascinant sur la mémoire, le crime, la culpabilité et le temps qui passe.

Les réactions ont été très contrastées : certains ont salué un chef-d’œuvre du cinéma, d’autres ont trouvé l’ensemble interminable, surtout dans sa dernière partie, après l’évocation de Jimmy Hoffa. C’est précisément là que The Irishman devient le plus intéressant. Loin des fusillades, des tractations politiques et des échanges feutrés entre mafieux, le film s’attarde sur ce qu’il reste après la violence : le silence, le remords et l’effacement progressif d’une vie entière.

the irishman

Dans ces derniers instants, Frank Sheeran continue d’avancer comme si de rien n’était, mais quelque chose a changé. L’homme qui raconte l’histoire garde son ton de dur à cuire, tandis que le personnage, lui, semble de plus en plus fragile. Après la disparition de Hoffa, le récit quitte le terrain du thriller mafieux pour entrer dans un registre beaucoup plus intime : celui d’un homme qui cherche, tant bien que mal, une forme d’apaisement avant la fin.

La subtilité de ces scènes finales tient dans leur retenue. Scorsese ne montre pas seulement les conséquences d’un meurtre ; il filme la lente remontée d’une conscience qui ne dit pas son nom. C’est ce qui donne à la fin de The Irishman sa force particulière : elle transforme une histoire de gangster en méditation sur la vieillesse, la mémoire et la rédemption impossible.

Les signes discrets du remords et la recherche du pardon

Une grande partie du film construit la proximité entre Frank Sheeran et Jimmy Hoffa, au point que leurs familles se croisent elles aussi. La fille de Sheeran, Peggy, entretient notamment un lien singulier avec le chef syndical, et son silence devient, à sa manière, une accusation permanente. Sans jamais tout dire, le film laisse entendre qu’elle comprend plus de choses qu’elle n’en exprime.

Une fois la disparition de Hoffa passée sous silence par le monde extérieur, la vie de Sheeran continue, mais elle n’a plus la même densité. Il rencontre ses filles, tente de parler à Peggy, s’excuse sans vraiment formuler ce qu’il a fait. Dans ces scènes, The Irishman montre un homme qui semble chercher le pardon sans savoir comment le demander.

Un moment résume bien cette tension : en prison, Sheeran partage une miche de pain avec Bufalino après l’avoir trempée dans du jus de raisin. Le geste peut paraître anodin, mais il possède une forte charge symbolique. Il renvoie à une intimité presque sacramentelle, comme si le lien entre les deux hommes passait encore par des codes de fraternité, de loyauté et de faute partagée.

Que s’est-il vraiment joué entre Peggy Sheeran et son père Frank ?

Parmi les aspects les plus commentés de The Irishman, il y a le très faible nombre de répliques confiées à Peggy Sheeran. Le personnage interprété par Anna Paquin prononce à peine quelques mots, ce qui a suscité de nombreuses critiques. Pourtant, son silence n’est pas vide : il devient une présence lourde, presque morale, qui traverse tout le film.

Robert De Niro a expliqué que cette retenue participait précisément de la puissance du personnage. De son côté, Martin Scorsese a indiqué qu’il avait demandé à l’écriture de faire de Peggy une figure intégrée au récit, tout en décidant finalement qu’elle n’avait pas besoin de parler davantage. Son mutisme souligne l’inexprimable : elle sait, ou pressent, ce que les autres refusent de voir.

Dans cette lecture, Peggy incarne la conscience du film. Elle est là, mais elle ne peut ni absoudre ni condamner de manière explicite. Après le meurtre de Hoffa, la rupture devient définitive : Frank Sheeran ne parvient plus à rejoindre sa fille, ni à retrouver une forme de paix intérieure.

Pourquoi Frank Sheeran choisit-il un cercueil et un caveau ?

Frank Sheeran affirme que Jimmy Hoffa a été incinéré, mais lorsqu’il s’agit de préparer sa propre sépulture, le choix d’un cercueil vert et d’un caveau prend une autre dimension. Ce détail renvoie à son rapport à la religion, à son identité irlandaise et à une conception très catholique de la mort.

Le film laisse entendre qu’il est catholique : il fait baptiser ses filles et échange avec un prêtre qui le connaît bien. Son attachement à l’héritage irlandais est également évident, et dans la tradition catholique irlandaise, l’inhumation a longtemps dominé sur la crémation. Ce contexte éclaire son refus de la crémation, qu’il perçoit comme quelque chose de trop définitif.

Cette idée s’enracine aussi dans une vision religieuse plus large : si le corps est conservé, la résurrection reste concevable ; réduit en cendres, il semble définitivement effacé. Dans The Irishman, ce choix matériel devient alors le prolongement d’un questionnement moral plus profond, presque une tentative tardive de préserver ce qui peut encore l’être.

Le meurtre de Jimmy Hoffa, seul vrai regret de l’Irishman

Frank Sheeran parle des hommes qu’il a tués comme s’il s’agissait d’un simple fait parmi d’autres. Cette froideur apparente explique en partie la méfiance de sa fille Peggy. Pourtant, au détour de quelques lignes, le film laisse entendre qu’un meurtre continue de le hanter plus que les autres : celui de Jimmy Hoffa.

Lors d’une scène avec son prêtre, Sheeran semble d’abord incapable d’exprimer un quelconque remords. Il répond qu’il ne connaissait pas les familles touchées, et qu’il ne voit donc pas pourquoi il devrait éprouver de la peine pour elles. Puis il s’interrompt, corrige sa pensée et admet qu’il en connaissait au moins une. Cette nuance, discrète mais essentielle, désigne Hoffa comme la seule victime dont la disparition a réellement laissé une trace humaine en lui.

Autrement dit, si The Irishman suggère un regret authentique, c’est bien là qu’il se manifeste. Frank Sheeran ne semble pas être bouleversé par toutes ses violences, mais celle-ci, parce qu’elle touche un ami et non une simple cible, ouvre une brèche dans son récit intérieur.

Tout s’efface

Vers la fin du film, Frank Sheeran s’entretient avec une jeune infirmière et lui demande si elle sait qui était Jimmy Hoffa. Elle répond que non. La scène est brève, presque anodine, mais sa portée est immense : elle rappelle avec brutalité que même les noms autrefois redoutables peuvent disparaître de la mémoire collective.

Tout au long du film, Sheeran et Hoffa ont déplacé des rapports de force, influencé des hommes de pouvoir et participé à des actions qui ont pesé sur l’histoire. Pourtant, quelques années plus tard, leurs noms ne signifient plus grand-chose pour une nouvelle génération. The Irishman en tire une conclusion amère : tout finit par s’effacer.

Cette idée donne au film une tonalité profondément mélancolique. Hoffa promettait à Sheeran qu’ils allaient changer le monde, et d’une certaine manière ils l’ont fait. Mais le temps a tout nivelé. La gloire, la peur et la réputation s’estompent, ne laissant qu’une question obsédante : qu’est-ce qui reste, au juste, d’une vie passée à dominer les autres ?

Les conversations de Frank Sheeran avec le prêtre

Le rapport entre Frank Sheeran et le prêtre accompagne ce basculement moral. Au début, lorsqu’il parle à son confesseur, Sheeran semble sincèrement perplexe face à l’idée même du regret. Il ne voit pas quoi dire, ni pourquoi il devrait se sentir coupable de manière plus précise.

À la toute fin, le ton a changé. La caméra glisse dans le couloir jusqu’à sa chambre, et l’échange devient presque imperceptible, comme une confidence murmurée. Pourtant, l’essentiel est là : le prêtre lui accorde l’absolution, ce qui suppose que Sheeran a confessé ses fautes avec une sincérité suffisante pour être entendu.

Le film ne révèle pas exactement ce qu’il avoue. A-t-il parlé de tous ses crimes ? De quelques-uns seulement ? A-t-il nommé Hoffa ? Le doute demeure, mais le secret de la confession reste protégé par le sceau sacramentel. Dans The Irishman, ce silence final vaut presque autant que toute révélation explicite.

La signification de la porte entrebâillée

Dans la dernière scène, Frank Sheeran demande au prêtre de laisser la porte entrouverte en partant. Le détail peut sembler mineur, mais il a suscité de nombreuses interprétations. Dans un film aussi attentif aux gestes et aux habitudes, une porte ouverte n’est jamais seulement une porte ouverte.

On peut y voir un rappel d’une scène antérieure, lorsque Hoffa et Sheeran partageaient une chambre d’hôtel et que la porte restait légèrement ouverte. Peut-être s’agissait-il d’un moyen d’éviter le sentiment d’enfermement ; peut-être d’un réflexe de protection. Quoi qu’il en soit, Sheeran reproduit ce geste au terme de sa vie, comme s’il se rattachait encore à son ami disparu.

Cette porte entrouverte peut aussi être l’image d’une dernière attente : quelqu’un pourrait entrer, lui parler, le voir encore comme un homme vivant, avec ses aveux et ses souvenirs. Mais le sous-texte est plus sombre. Sheeran est déjà pris au piège de son passé, de ses fautes et de ses remords, et la vraie présence qui s’annonce derrière cette porte est celle de la mort.

Pourquoi la fin de The Irishman semble-t-elle si longue ?

Beaucoup de spectateurs qui reprochent sa longueur à The Irishman visent en réalité sa dernière partie. Les deux premiers tiers s’inscrivent dans les codes familiers du film de gangsters de Scorsese : violence, trahisons, pression politique, rapports de force et tension permanente. Puis vient une fin plus lente, presque suspendue, où l’action cède la place à l’usure.

Cette lenteur n’est pas un défaut gratuit. Elle oblige le spectateur à regarder en face ce que le cinéma évite souvent : le vieillissement, la fragilité, l’isolement et la perspective de la mort. Voir Frank Sheeran vaciller dans sa propre maison, tomber dans un couloir ou attendre les jours qui lui restent transforme le film en réflexion sur notre propre finitude.

Comme l’a souligné un critique, cet aspect « ennuyeux » est en réalité ce qui arrive à presque tous les personnages, sauf qu’on ne le montre pas d’ordinaire à l’écran. La fin de The Irishman choisit justement de le montrer. Et c’est ce choix, inconfortable mais profondément cohérent, qui donne au film sa puissance durable.

À travers cette dernière partie, Scorsese rappelle qu’aucune légende ne résiste totalement au temps. Les hommes qui semblaient tout contrôler finissent eux aussi par disparaître, et il ne reste parfois qu’un lit, une porte entrouverte, un prêtre au seuil de la chambre et le bruit du monde qui continue sans eux.

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