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Le diamant le plus cher du monde
Par A. C. Grimes — 2 décembre 2019, 10 h 42
Lionel Bonaventure/Getty Images
En 2016, Lucara Diamond Corp. a tenté de marquer l’histoire. Comme le détaille ABC, cette société minière canadienne a voulu mettre aux enchères le plus grand diamant brut du monde. Avec ses 1 109 carats, ce monstre de la taille d’une balle de tennis était estimé à environ trois milliards d’années, et Lucara pensait qu’il valait au minimum 70 millions de dollars. Malheureusement pour l’entreprise, le plus difficile dans cette vente n’était pas la pierre brute elle-même, mais bien la manière de la valoriser. Les enchères ont plafonné à 61 millions de dollars, et la transaction n’a pas abouti. Lucara avait-elle surestimé la valeur réelle de ce géant minéral ?
Business Insider rappelle que « les diamants ne valent pas vraiment grand-chose ». Si vous tentiez d’en revendre un acheté au prix fort, vous n’en récupéreriez souvent que 20 à 40 % du montant initial. Pourtant, certaines de ces gemmes, en apparence peu précieuses, peuvent se vendre pour des dizaines de millions de dollars. Avant d’aborder la vente la plus chère jamais enregistrée, une question s’impose : qu’est-ce qui peut bien rendre un amas ancien de carbone plus coûteux que tout ce qu’une vie entière permettrait de gagner ?
La stratégie de De Beers et la rareté fabriquée
Shutterstock
Selon Business Insider, au XIXe siècle, des prospecteurs de diamants à Kimberley, en Afrique du Sud, ont découvert dans un immense cratère un véritable trésor de diamants, réduisant à néant l’idée longtemps entretenue selon laquelle ces pierres étaient rares et donc extrêmement chères. La société De Beers, qui a bâti sa fortune en persuadant les couples qu’« un diamant est éternel », a compris que ses profits ne survivraient pas à l’arrivée massive de nouvelles pierres sur le marché. Elle s’est alors alliée à d’autres géants du secteur pour limiter artificiellement l’offre de diamants.
En prenant comme référence le nombre d’Américains censés se marier chaque année, ces entreprises ont ajusté la production afin que les futurs mariés paient des prix gonflés pour une bague dite « éternelle » — destinée, ironiquement, à un futur ex-conjoint. Pendant ce temps, les mineurs africains en payaient le prix de leur vie. Comme l’explique Time, les diamants ont aussi financé les guerres civiles particulièrement brutales en Angola et en Sierra Leone. Le Processus de Kimberley, instauré en 2003 pour garantir la vente de diamants dits « sans conflit », laissait toutefois passer une faille majeure : les violences commises par un gouvernement contre ses propres travailleurs pouvaient encore être considérées comme « conformes ». En 2008, l’armée zimbabwéenne a ainsi massacré 200 mineurs. Des milliers de Zimbabwéens ont été violés, réduits en esclavage et tués, tout cela restant, techniquement, dans les clous du protocole.
Le diamant le plus cher jamais vendu
Mark Ralston/Getty Images
Selon CNN, en 2015, le milliardaire hongkongais Joseph Lau a offert la lune à sa fille de 7 ans, Josephine — ou, plus exactement, un diamant bleu de 12,03 carats baptisé « Blue Moon », acquis pour 48,5 millions de dollars. Au moment de la publication, il s’agissait du diamant le plus cher au monde en termes de prix par carat. Avant cet achat, Lau avait déjà offert à une autre de ses filles, Zoe, un diamant bleu de 32,6 millions de dollars. Mais au regard de la face sombre de l’industrie diamantifère, une question demeure : ces pierres valent-elles vraiment un tel prix ?
