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Les musiciens des années 1980 n’ont pas été les premiers à explorer le sens de la vie à travers la musique pop. Reflétant le dynamisme de leur époque, des artistes des années 1960 et 1970 comme Bob Dylan, les Beatles, Aretha Franklin et Stevie Wonder avaient déjà transformé la chanson populaire en un art questionnant l’existence et la société. Souvent associée à l’ère des excès, aux mandats de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher, ainsi qu’à la périurbanisation, la décennie des années 1980 n’évoque pas d’emblée les bouleversements sociaux ou l’introspection de celles qui l’ont précédée. Pourtant, ces années ont vu naître de nombreux titres abordant les mêmes grandes interrogations existentielles.
Les artistes de cette période ont trouvé leurs propres moyens d’aborder ces thèmes universels. Des hymnes rock motivants comme « Livin’ on a Prayer » de Bon Jovi ou des ballades émancipatrices comme « The Greatest Love of All » de Whitney Houston ont dominé les classements. Avec plus de vingt ans de carrière derrière eux, les Grateful Dead ont affronté la mortalité sur « Touch of Grey », tandis que les pionniers du hip-hop Grandmaster Flash & The Furious Five ont dépeint l’expérience des Noirs américains pauvres avec « The Message ». Enfin, le titre controversé « Dear God » du groupe XTC a fait le choix de faire le procès du Tout-Puissant pour le déclarer coupable.
Bon Jovi – Livin’ on a Prayer
Les années 1980 ont regorgé d’hymnes rock nous incitant à poursuivre nos rêves sans jamais abandonner. À l’image d’autres classiques de l’époque, « Livin’ on a Prayer » de Bon Jovi raconte l’importance de s’accrocher à l’espoir, même lorsque le sort s’acharne. Tout en dépeignant les difficultés économiques du New Jersey natal du chanteur Jon Bon Jovi, le morceau porte un message de motivation : aussi dures que soient les épreuves, il est possible de s’entraider pour traverser la vie et d’oser rêver.
Les paroles soulignent toutefois que la vie n’a rien d’un conte de fées. Les temps sont durs pour le jeune couple de la classe ouvrière au cœur de la chanson. Le syndicat de dockers de Tommy est en grève et il a dû mettre sa guitare au mont-de-piété ; sa femme Gina enchaîne les doubles services au restaurant pour joindre les deux bouts. Pourtant, ce classique des soirées karaoké nous invite à apprécier ce que nous possédons et à nous soutenir mutuellement.
Coécrit avec le producteur Desmond Child et le guitariste Richie Sambora, le titre a bien failli ne jamais voir le jour. Jon Bon Jovi ne pensait pas que la chanson correspondait à la direction que prenait le groupe. Desmond Child et Richie Sambora ont littéralement dû le supplier à genoux pour qu’il accepte de l’enregistrer. Leurs efforts ont payé : en 1987, cet hymne à la résilience a explosé, passant quatre semaines au sommet du classement Billboard Hot 100.
Whitney Houston – The Greatest Love of All
Pour se remonter le moral dans les moments difficiles, rares sont les morceaux des années 1980 aussi efficaces que « The Greatest Love of All » de Whitney Houston. Porté par la voix puissante et lumineuse de la chanteuse, accompagnée de somptueux arrangements orchestraux, ce titre est un véritable manifeste d’affirmation de soi. La chanson culmine sur un refrain exalté affirmant avoir trouvé en soi le plus grand des amours. Elle nous exhorte à croire en nous-mêmes et à nous accepter tels que nous sommes, rappelant que chacun possède la beauté et la force nécessaires pour accomplir ses rêves.
Écrite par le producteur Michael Masser et la parolière Linda Creed, l’œuvre a d’abord été enregistrée par George Benson pour la bande originale du film biographique sur Muhammad Ali sorti en 1977. Si cette première version avait atteint la 24e place du classement américain Billboard Hot 100, l’interprétation de Whitney Houston a tout balayé sur son passage. En 1986, elle est devenue le troisième single de son premier album éponyme à se hisser à la première place de ce même classement : une première historique pour un premier disque et pour une artiste féminine solo. Son message doux et optimiste, chanté avec une émotion poignante, résonne à travers les générations, au point de faire son retour dans les classements après le décès tragique de la chanteuse en février 2012.
The Grateful Dead – Touch of Grey
Dans une liste de chansons des années 1980 sur le sens de la vie, la présence des icônes du rock psychédélique des années 1960, les Grateful Dead, peut surprendre. Pourtant, peu de mélodies capturent le poids du temps qui passe et la nécessité de faire preuve de résilience de manière aussi entraînante et dansante que « Touch of Grey », extrait de l’album « In the Dark » paru en 1987. Les paroles désabusées, signées par le parolier du groupe Robert Hunter et le chanteur-guitariste Jerry Garcia, incitent au dépassement de soi. Face aux défis et aux absurdités de l’existence, avec ses hauts et ses bas, la seule solution est de continuer d’avancer.
Suivant leur propre voie dans l’industrie musicale, les Grateful Dead n’ont jamais été un groupe à singles, préférant de loin les concerts aux sessions studio. En tournant sans relâche au début des années 1980, ils ont rassemblé une immense communauté de fans dévoués, remplissant les salles à travers tous les États-Unis. Publié vingt ans après le mythique « Summer of Love », sur le premier album du groupe en six ans, « Touch of Grey » est devenu leur premier single à intégrer le Top 40 du classement Billboard, culminant à la 9e place. Porté par ces légendes de la contre-culture entamant leur troisième décennie de carrière, le refrain final sonne comme un appel à affirmer sa singularité, peu importe la direction du vent.
Grandmaster Flash & The Furious Five – The Message
Avec ses paroles percutantes, « The Message » de Grandmaster Flash & The Furious Five dresse un portrait cinglant de la vie dans les quartiers défavorisés au début des années 1980. Sorti en 1982, le titre dresse le catalogue de la pauvreté endémique, des violences policières, des infrastructures en ruine, du manque d’opportunités, de la drogue et de la criminalité qui frappent les communautés noires urbaines. La pression constante crée une véritable poudrière, parfaitement résumée par un refrain emblématique exprimant la difficulté de garder la tête hors de l’eau face à un environnement perçu comme une jungle.
Bien qu’interprété par Grandmaster Flash et son équipe, « The Message » a été principalement écrit par les coproducteurs Ed « Duke Bootee » Fletcher et Clifton « Jiggs » Chase, tandis que Melle Mel, membre des Furious Five, a rédigé le dernier couplet. En explorant l’impact de la pauvreté, du racisme et de la société sur l’individu, le morceau tranche radicalement avec les hymnes festifs qui marqueront ce qui deviendra l’âge d’or du rap. Ce faisant, il a posé les fondations du hip-hop socialement engagé, ouvrant la voie à des groupes comme Public Enemy, A Tribe Called Quest et De La Soul.
XTC – Dear God
Si certaines chansons de cette sélection élèvent l’esprit, « Dear God » du groupe XTC nous plonge dans le désespoir existentiel. Sur un arrangement minimaliste dominé par la guitare, les paroles reprochent à Dieu de laisser le mal et l’injustice s’installer dans le monde, avant de nier purement et simplement son existence. Le premier couplet, chanté de manière envoûtante par Jasmine Veillett, la fille de 8 ans d’un ami du groupe, donne le ton de cette remise en question. Andy Partridge, chanteur et parolier d’XTC, a d’ailleurs expliqué qu’il aimait l’idée d’écrire à Dieu pour lui signifier qu’il ne croyait pas en lui.
Bien que « Dear God » ait à peine franchi les portes du classement des singles britanniques en 1987, atteignant la 99e place, le titre a suscité la polémique et acquis un statut culte. Initialement sorti en face B du single « Grass », il a ensuite figuré sur la version américaine de l’album « Skylarking ». Avec sa remise en cause ouverte de la religion et un clip diffusé en boucle sur la chaîne MTV, la chanson a provoqué une vive réaction de la part des auditeurs et des organisations religieuses. Andy Partridge a reçu des lettres d’insultes, et les stations de radio du sud des États-Unis qui diffusaient le titre ont été inondées d’appels furieux. À Panama City, en Floride, une alerte à la bombe a même forcé un DJ à interrompre la diffusion du morceau.
Cette colère a laissé le parolier perplexe. Il a notamment déclaré que les gens ne devraient pas s’offusquer de l’idée qu’il n’y a peut-être pas un acteur anglais vieillissant, drapé dans un drap et posé sur une boule de coton dans le ciel. En brandissant le poing vers les cieux, « Dear God » capture avec justesse le sentiment de perte de foi.
