5 chansons culte des années 70 qui ont fait un flop à leur sortie

par Sophie
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5 chansons culte des années 70 qui ont fait un flop à leur sortie
Divertissement

Si une chanson finit par être considérée comme un classique, peut-elle vraiment être qualifiée d’échec commercial ? La réponse est complexe, mais il est indéniable que certains des meilleurs morceaux jamais enregistrés ont connu des lancements difficiles. Dans les années 1970, malgré des classements musicaux très éclectiques et une industrie en pleine expansion, le succès n’était pas toujours garanti. L’essor de la télévision, de la presse et de la radio aurait dû permettre aux artistes de tous horizons de percer. Pourtant, même des musiciens acclamés ont vu les meilleures œuvres de leur carrière passer inaperçues à leur sortie. Avec un demi-siècle de recul, voici cinq morceaux de cette décennie qui n’ont pas rencontré le succès grand public qu’ils méritaient à l’époque, avant d’être finalement réévalués comme de véritables chefs-d’œuvre.

Curtis Mayfield sur scène avec une guitare et un chapeau
Curtis Mayfield sur scène

Gil Scott-Heron – The Bottle

Aujourd’hui reconnu comme l’un des précurseurs essentiels du rap dans les années 1970, Gil Scott-Heron a inspiré des générations d’artistes hip-hop, de Public Enemy à Kendrick Lamar en passant par Q-Tip, grâce à ses textes politiquement engagés comme The Revolution Will Not Be Televised. Pourtant, son œuvre n’a pas toujours rencontré le succès commercial à la hauteur de son influence. C’est particulièrement vrai pour The Bottle, un titre soul entraînant sorti en 1974 et coécrit avec le musicien Brian Jackson.

Fidèle à ses thèmes de prédilection, le morceau aborde les problèmes de société touchant la communauté noire américaine, en se concentrant ici sur les ravages de l’alcoolisme. Les paroles puissantes suggèrent de manière métaphorique que les personnes touchées sont elles-mêmes prisonnières d’une bouteille. L’artiste assumant publiquement ses propres problèmes d’addiction, la chanson prend une dimension d’autant plus poignante lorsque le narrateur finit par avouer sa propre dépendance.

Malgré la lourdeur de son sujet, The Bottle s’est imposée au fil des années comme un incontournable des pistes de danse. À l’époque de sa sortie, le single n’a cependant jamais réussi à intégrer les classements. Il a même été éclipsé par une reprise du groupe Brother to Brother, sortie la même année, qui a atteint la 46e place du Billboard Hot 100. Une version aujourd’hui largement oubliée, prouvant avec le temps que l’original chargé d’émotion de Gil Scott-Heron méritait une bien meilleure reconnaissance.

Curtis Mayfield – Move On Up

Véritable hymne exaltant à la fierté noire, Move On Up figure aujourd’hui parmi les 500 plus grandes chansons de tous les temps selon le magazine Rolling Stone. La perfection de ce morceau aux multiples mouvements témoigne du génie des arrangements de Curtis Mayfield. Des congas entraînants à la ligne de guitare funk, en passant par une performance vocale irréprochable sur le refrain, chaque élément est un régal auditif. Pourtant, à sa sortie, les classements musicaux n’ont pas reflété cet éclat.

La version originale, présente sur le premier album de l’artiste intitulé Curtis, s’étire sur près de neuf minutes et traverse de longues séquences instrumentales. De manière surprenante, c’est ce format fleuve qui a été choisi pour la sortie en single aux États-Unis. En raison de sa longueur, la plupart des stations de radio refusaient de le diffuser, entraînant un échec total dans les classements américains. À l’inverse, le Royaume-Uni a eu droit à une version raccourcie qui s’est hissée à la 12e place des ventes de singles.

Avec le recul, la gestion de ce lancement américain semble désastreuse. À la même époque, le sombre et funk (Don’t Worry) If There’s Hell Below We’re All Going to Go, titre d’ouverture de l’album, avait pourtant atteint la 29e place du Billboard Hot 100, prouvant l’appétit du grand public pour la soul de Curtis Mayfield. Au fil des décennies, ce succès initial a été totalement éclipsé par Move On Up, devenu un classique intemporel dont la performance vocale n’est probablement surpassée que par Super Fly dans l’immense discographie du chanteur.

Shuggie Otis – Strawberry Letter 23

L’artiste soul culte Shuggie Otis a connu le plus grand succès de sa carrière en 1974 avec le titre Inspiration Information. Cependant, c’est un morceau issu d’un album de 1971, initialement passé inaperçu, qui porte aujourd’hui son héritage : Strawberry Letter 23. Cette chanson soul hypnotique et décontractée a été écrite pour sa petite amie de l’époque, qui lui envoyait des lettres d’amour sur du papier parfumé. Elle met en lumière l’exceptionnel talent de guitariste d’Otis, qui accompagnait déjà son père, Johnny Otis, avant même de lancer sa propre carrière.

Le morceau possède une dimension fascinante : son refrain mentionne une Strawberry Letter 22, suggérant que la chanson elle-même constitue la 23e lettre, en réponse aux courriers de sa compagne. Bien qu’il n’ait jamais été exploité en tant que single, le titre a attiré l’attention de plusieurs artistes. En 1977, The Brothers Johnson en ont proposé une reprise, produite par Quincy Jones, qui a grimpé jusqu’à la 5e place du Billboard Hot 100.

Il est regrettable que l’interprétation originale de Shuggie Otis, portée par une émotion authentique et une voix d’une grande douceur, n’ait pas atteint de tels sommets. Comme beaucoup de créateurs des années 1970, son immense talent n’a pas reçu l’attention escomptée à son apogée. Heureusement, la critique moderne a réévalué son travail, le désignant comme un acteur essentiel de l’évolution de la soul. Les rééditions de ses albums au 21e siècle ont finalement permis à de nouvelles générations de fans de découvrir son génie.

Link Wray – Fallin’ Rain

Le magnifique morceau Fallin’ Rain figure sur l’album éponyme de Link Wray sorti en 1971, un disque qui a fait un véritable flop à sa parution. Pour ceux qui connaissent surtout les œuvres les plus célèbres de l’artiste, cette piste est une découverte incontournable. Elle dévoile une facette sombre et poétique du musicien, à travers l’une des chansons contestataires les plus poignantes de cette époque.

Écrit au plus fort des manifestations contre la guerre du Vietnam, le texte évoque notamment la fusillade meurtrière d’étudiants protestataires à l’université d’État de Kent. Mêlant des images poétiques simples, comme la pluie tombante du titre, à l’évocation d’événements tragiques réels, la chanson soutient la comparaison avec les meilleurs hymnes de Bob Dylan. Elle a d’ailleurs conquis de nombreux admirateurs contemporains, dont le chanteur indépendant Father John Misty et la star de la country Karl Blau, qui en ont tous deux proposé de tendres reprises.

Link Wray, l’un des guitaristes les plus influents des années 1950, était surtout connu pour son tube de 1958, Rumble. Ce titre instrumental au tempo lent dégageait une telle menace qu’il fut interdit dans certaines régions, accusé de pouvoir inciter à l’émeute. Au début des années 1970, l’artiste s’était retiré dans sa ferme du Maryland, où il avait aménagé un studio rudimentaire à trois pistes dans un ancien poulailler. Ce cadre explique les sonorités beaucoup plus folks et bucoliques de l’album, un changement de style qui a dérouté ses premiers fans et explique pourquoi Fallin’ Rain a été ignorée pendant si longtemps. Aujourd’hui, l’album est pourtant considéré comme une pièce maîtresse de sa discographie.

Funkadelic – Maggot Brain

Porté par George Clinton, le groupe Funkadelic s’est imposé comme l’une des figures de proue du mouvement funk psychédélique à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Ce genre unique fusionnait les influences du rock imprégné de culture psychotrope, la virtuosité des groupes de soul, une imagerie spatiale délirante et une critique sociale acerbe. Pourtant, le succès commercial de la formation est resté étonnamment faible à l’époque, un constat particulièrement flagrant pour Maggot Brain, dont le prestige critique n’a cessé de croître depuis sa parution.

Le morceau s’ouvre sur une introduction parlée, suivie d’un solo de guitare aussi expressif qu’exploratoire signé Eddie Hazel. Pour obtenir ce résultat saisissant, George Clinton lui avait d’ailleurs demandé de jouer comme s’il venait d’apprendre la mort de sa mère. Désormais considéré comme l’un des plus grands solos de guitare de l’histoire, ce titre n’avait évidemment pas le format classique d’un single, mais l’indifférence qui a accompagné sa sortie reste frappante.

S’agissant du troisième album studio du groupe, les critiques musicaux étaient déjà familiers des expérimentations et des mélanges de genres audacieux qui caractérisaient le travail de Funkadelic. Ils semblaient néanmoins complètement pris au dépourvu par Maggot Brain. L’accueil de la presse spécialisée fut très mitigé, certains journalistes de renom allant jusqu’à qualifier la piste de prétentieuse et d’excessive. Funkadelic était, de toute évidence, bien trop en avance sur son temps.

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