5 pépites rock méconnues cachées sur de mauvais albums des années 70

par Sophie
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5 pépites rock méconnues cachées sur de mauvais albums des années 70
Divertissement
Ozzy Osbourne sur scène lors d'un concert de Black Sabbath
Ozzy Osbourne sur scène lors d’un concert de Black Sabbath.

L’histoire du rock nous enseigne une triste vérité : même les artistes les plus brillants peuvent parfois produire des albums désastreux. Des légendes incontestées telles que Bob Dylan, The Who, The Rolling Stones ou encore David Bowie ont toutes, un jour ou l’autre, sorti des disques largement oubliables. Heureusement, dans l’ensemble, leur discographie reste exceptionnelle.

Les raisons de ces faux pas sont multiples. Il peut s’agir d’une obligation contractuelle imposant une date de sortie, poussant l’artiste à compiler à la hâte des chutes de studio écartées des albums précédents. Dans d’autres cas, c’est un simple épuisement créatif ou les dérives classiques du mode de vie rock ‘n’ roll qui étouffent l’inspiration.

Cependant, il arrive que ces albums médiocres dissimulent un véritable trésor musical au milieu du naufrage. Pour ceux qui ont le courage de s’y plonger, la récompense prend parfois la forme d’une unique chanson brillante. Voici cinq pépites méconnues qui se cachent sur des albums des années 70 autrement décevants.

The Kinks — Everybody’s a Star (Starmaker) de l’album Soap Opera

La longue carrière des Kinks est jalonnée de succès, mais l’album « Soap Opera » sorti en 1975 n’en fait pas partie. Cet ambitieux projet conceptuel, imaginé par le leader Ray Davies, raconte l’histoire d’une rock star nommée Starmaker. Ce dernier échange sa vie avec celle de Norman, un homme ordinaire, pour expérimenter la vraie vie et trouver l’inspiration pour ses chansons. Ces titres avaient d’abord été écrits pour une pièce télévisée méconnue diffusée en 1974 par la chaîne britannique Granada TV.

Sorties de leur contexte théâtral et privées de leurs dialogues, ces chansons peinent à convaincre sur un simple disque. L’exception évidente reste le morceau d’ouverture de l’album, « Everybody’s a Star (Starmaker) », qui introduit le personnage principal. Porté par un riff glam-rock saturé du guitariste Dave Davies et une dose parfaite de cloche à vache, le titre démarre sur les chapeaux de roue dans un style rappelant T-Rex.

Même si la chanson s’éparpille un peu à mi-parcours sous l’avalanche de saxophones et de chœurs féminins, un flamboyant solo de guitare vers la fin vient rattraper ces excès sonores.

John Lennon — New York City de l’album Some Time in New York City

Après la séparation des Beatles, John Lennon a lancé sa carrière solo avec deux chefs-d’œuvre consécutifs : le brut « John Lennon: Plastic Ono Band » et le magistral « Imagine ». Toutefois, son projet suivant, « Some Time in New York City », a mis à rude épreuve la patience de ses fans les plus dévoués. Sur ce double album où John Lennon et Yoko Ono se partagent le chant, le premier disque propose de nouveaux titres en studio, tandis que le second compile des performances live. On y retrouve un casting hétéroclite incluant Keith Moon, George Harrison, Frank Zappa, ou encore le groupe Elephant’s Memory.

Avec Yoko Ono en tant que collaboratrice à part entière, l’axe de cet album est bien plus politique que musical, abordant les conditions de détention à la prison d’Attica ou l’incarcération de l’activiste John Sinclair. Le seul véritable joyau de cet ensemble chaotique est « New York City », un morceau rock dans la veine de Chuck Berry qui se veut la suite logique du classique des Beatles « The Ballad of John and Yoko ». Lennon y livre un compte-rendu journalistique de sa nouvelle vie à Manhattan, prouvant qu’il n’avait rien perdu de son énergie rock.

Black Sabbath — Never Say Die! de l’album Never Say Die!

« Never Say Die! » marque le dernier album de Black Sabbath avec Ozzy Osbourne avant son célèbre départ du groupe de heavy metal qu’il avait cofondé. La production de l’album est noyée sous une réverbération excessive, et la sélection des morceaux témoigne d’un groupe en pleine perte de repères, s’égarant dans des expérimentations jazz fusion, des sections cuivres superflues et des synthétiseurs ringards.

La chanson titre fait figure d’exception. Il s’agit d’un rock direct construit autour d’un riff de guitare simple et crasseux de Tony Iommi, explosant d’énergie. Ozzy Osbourne y livre une performance vocale caractéristique, soutenu par la section rythmique implacable de Geezer Butler à la basse et Bill Ward à la batterie, qui fait avancer le morceau comme un train de marchandises.

L’existence même de ce bon titre relève du miracle compte tenu des conditions d’enregistrement catastrophiques. Ozzy Osbourne étant souvent absent, Tony Iommi avait dû faire appel au chanteur Dave Walker pour l’écriture. Mais lors de ses rares apparitions en studio, Osbourne refusait catégoriquement de chanter les textes de Walker.

Creedence Clearwater Revival — Sweet Hitch-Hiker de l’album Mardi Gras

Le groupe Creedence Clearwater Revival s’est séparé peu de temps après la sortie de l’album « Mardi Gras » en 1972. Ce disque témoigne d’une formation en plein délitement, minée par des conflits d’ego. Le guitariste Tom Fogerty avait déjà quitté le navire, laissant son frère John Fogerty tenir la barre avec le bassiste Stu Cook et le batteur Doug Clifford. John Fogerty, jusqu’alors principal auteur et chanteur des tubes du groupe, n’a apporté que trois chansons à cet album, laissant les autres membres composer le reste.

Le résultat est un album fade qui ne ressemble guère à du CCR. L’unique éclaircie est « Sweet Hitch-Hiker », un rock marécageux typique de la patte de John Fogerty. Plus de 50 ans après la sortie de l’album, ce dernier a expliqué que ses acolytes étaient devenus jaloux de l’attention qu’il recevait. Il les avait alors mis au défi d’écrire leurs propres chansons, persuadé qu’ils en seraient incapables et que cela signerait leur suicide commercial. Une prédiction qui s’est avérée tristement exacte.

Bob Dylan — Quinn the Eskimo (The Mighty Quinn) de l’album Self Portrait

Avant son virage controversé vers le rock électrique, Bob Dylan régnait en maître intouchable sur la musique folk. Mais son parcours sans faute a connu un coup d’arrêt brutal avec la sortie de son double album « Self Portrait » en 1970. Les critiques ont été unanimes dans leur consternation, à l’image du célèbre journaliste Greil Marcus du magazine Rolling Stone, qui a résumé son avis en une phrase assassine sur la qualité médiocre de l’œuvre.

L’album est principalement composé de reprises surprenantes, allant de Paul Simon à Gordon Lightfoot, complétées par quelques compositions originales brouillonnes. L’unique étincelle d’énergie provient de « Quinn the Eskimo (The Mighty Quinn) », un morceau rock débraillé aux paroles absurdes, possiblement inspiré par l’acteur Anthony Quinn jouant le rôle d’un Esquimau au cinéma.

Si la chanson dégage beaucoup plus de vitalité que le reste de l’album, c’est parce qu’il s’agit d’un enregistrement live de Bob Dylan accompagné par The Band lors du festival de l’île de Wight en 1969, sublimé par un solo de guitare de Robbie Robertson. D’ailleurs, à la sortie de « Self Portrait », le titre n’avait plus rien de nouveau : le chanteur britannique Manfred Mann en avait déjà fait un tube deux ans plus tôt.

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