Les 10 mensonges de Ford v Ferrari dévoilés

par Olivier
0 commentaires
A+A-
Reset
Les 10 mensonges de Ford v Ferrari dévoilés
France

Divertissement

10 fois où Ford v Ferrari vous a raconté un mensonge

Par Brian Boone — 18 nov. 2019, 13:11

Matt Damon et Christian Bale dans Ford v Ferrari

En 1966, une équipe de pilotes soutenue par Ford a accompli un exploit inédit : prouver au monde que les voitures américaines pouvaient rivaliser avec les meilleures machines de course du moment. Aux 24 Heures du Mans, en France, Ford a décroché les trois premières places d’une épreuve jusque-là dominée par les voitures italiennes au style racé d’Enzo Ferrari. Battre Ferrari était l’objectif central de Ford, et cette victoire a couronné des années de lutte acharnée. Au cœur de cette histoire se trouvent deux figures décisives : Carroll Shelby, ancien pilote devenu concepteur, et son ami et collaborateur Ken Miles, pilote d’essai au tempérament flamboyant. Leur quête inspire le film Ford v Ferrari, porté par Matt Damon dans le rôle de Shelby et Christian Bale dans celui de Miles.

Comme tout film inspiré d’une histoire vraie, Ford v Ferrari prend quelques libertés pour renforcer le spectaculaire et le rythme dramatique. Les cinéastes, dont James Mangold ainsi que Jez et John-Henry Butterworth, ont parfois remodelé les faits pour mieux servir le cinéma. Voici plusieurs éléments du film qui ne sont pas tout à fait exacts.

Henry Ford II n’a pas hurlé sur une chaîne d’assemblage

Tracy Letts dans Ford v Ferrari

Dès le début de Ford v Ferrari, le film présente Henry Ford II (Tracy Letts), président de Ford, comme un dirigeant dur, emporté et obsédé par la victoire. Il veut tout gagner, à la fois pour redresser son entreprise et pour honorer l’héritage écrasant de sa famille. Le film l’ouvre alors que Lee Iacocca explique que la société traverse une crise commerciale sans précédent. Ford II, furieux, interrompt la production sur une chaîne automobile pour sermonner les ouvriers et leur demander des idées afin de sauver l’entreprise — sous-entendant qu’ils risquent tous de perdre leur emploi.

Selon Forbes, il est extrêmement improbable qu’un tel discours ait réellement eu lieu. Il s’agit surtout d’une invention dramatique destinée à cerner rapidement la personnalité de Ford II et à lancer l’intrigue, notamment l’idée de partir à la conquête du Mans. Dans la réalité, un homme au sommet de l’organigramme comme lui aurait difficilement pris le temps de s’adresser directement aux ouvriers ; cette tâche aurait plutôt été confiée à des intermédiaires.

Ferrari n’a pas insulté Ford

Jon Bernthal dans Ford v Ferrari

L’un des grands antagonistes de la première partie du film est la Scuderia Ferrari, incarnée par son fondateur, Enzo Ferrari. Lee Iacocca (Jon Bernthal) propose d’ailleurs à Ford de racheter la marque italienne pour prendre une longueur d’avance, puis se rend en Italie afin de conclure l’affaire. Dans le film, Ferrari se rétracte et vend finalement à Fiat, tandis que des propos méprisants sur Ford et ses voitures achèvent de mettre Henry Ford II hors de lui. Cet affront pousse Ford à investir massivement pour battre Ferrari sur son propre terrain : celui des voitures de performance d’élite.

Pourtant, la réalité est plus nuancée. D’après Refinery29, Ford avait déjà plusieurs raisons très concrètes d’aller défier Ferrari dans l’univers des courses automobiles. Comme le montre le film, les ventes de Ford stagnent depuis des années, et la marque a besoin de retrouver une image séduisante. Des voitures plus rapides, plus intéressantes et validées sur la scène internationale par la compétition pouvaient relancer les ventes. Et si Ferrari a bien tenu des propos désobligeants, Henry Ford II ne les a probablement pas appris par Iacocca, lequel ne s’est pas rendu en Italie avec les négociateurs Ford.

Ken Miles ne parlait probablement pas comme ça

Christian Bale dans Ford v Ferrari

Dans Ford v Ferrari, Christian Bale incarne Ken Miles, pilote d’essai devenu ingénieur puis pilote de course, qui domine les 24 Heures du Mans 1966 pour Ford. Bale est connu pour sa capacité à disparaître dans ses personnages, jusqu’à modifier son corps, sa voix et ses tics pour leur donner vie. Il ne joue donc pas simplement Ken Miles : il le reconstruit à l’écran avec une précision presque instinctive.

Mais contrairement à d’autres rôles de Bale, il existe très peu d’archives sur Ken Miles. Peu d’images, peu d’enregistrements, peu de matière directe pour observer sa manière de parler ou ses habitudes. Résultat : l’accent et certaines manières d’être attribués au personnage relèvent en grande partie de l’invention. Peut-être parlait-il avec cette légère intonation de Birmingham, peut-être pas ; il est difficile de l’affirmer.

Une clé à molette dans les travaux

Matt Damon et Christian Bale dans Ford v Ferrari

Dans le film, Carroll Shelby (Matt Damon) et Ken Miles se rencontrent pour la première fois lors d’une journée agitée sur le circuit de Willow Springs, en Californie. Shelby recrute alors Miles pour participer à son projet de victoire au Mans financé par Ford. Leur relation commence pourtant sous tension : Miles, exaspéré, lance une clé à molette sur Shelby, qui esquive le projectile, lequel finit dans le pare-brise de sa propre voiture. Les deux hommes en viennent même aux mains, dans une scène de bagarre brutale censée installer leur rivalité et leur indépendance virile avant qu’ils ne deviennent, plus tard, inséparables.

En réalité, rien de tout cela ne s’est produit. Shelby et Miles ne se sont pas rencontrés à Willow Springs, et ils ne se sont certainement pas affrontés dans une bagarre mémorable sur le parking d’un circuit. Cette séquence a été ajoutée pour donner immédiatement de l’épaisseur aux deux personnages et créer une tension dramatique utile au récit.

Désolé, pas de virée improvisée pour Ford

Matt Damon et Tracy Letts dans Ford v Ferrari

Le conflit entre les cadres de Ford, obsédés par le contrôle, et les ingénieurs et pilotes déterminés à entrer dans l’histoire atteint un sommet dans l’une des rares scènes franchement comiques du film. Alors que l’équipe de Carroll Shelby travaille sur une voiture encore en développement pour Le Mans, Henry Ford II et l’exécutif Leo Beebe annoncent une visite pour vérifier l’avancement du projet et rappeler que Ken Miles ne sera pas autorisé à prendre le départ de la grande course. Shelby manœuvre alors pour reprendre l’avantage : il enferme Beebe, puis emmène Ford II dans un tour à très haute vitesse à bord de la voiture de course. La scène, à la fois absurde et spectaculaire, montre Ford II terrifié et fasciné, avant qu’il ne cède une part de son contrôle à Shelby.

Tout cela relève cependant du pur cinéma. Forbes estime qu’il est impensable que Shelby ait pu, ou même eu le droit de, faire faire un tel essai au dirigeant de Ford sans précaution de sécurité. La scène fonctionne parfaitement à l’écran, mais elle a surtout été conçue comme un moment de théâtre mécanique au service du suspense.

Désolé, pas de Ferrari

Remo Girone dans Ford v Ferrari

Le titre Ford v Ferrari suggère une rivalité directe entre Henry Ford — ou plutôt Henry Ford II — et Enzo Ferrari. En réalité, le film raconte avant tout la volonté de Ford de battre l’équipe Ferrari lors d’une course automobile décisive. Pourtant, la figure du fondateur italien plane sur tout le récit et apparaît même dans la grande séquence culminante des 24 Heures du Mans 1966.

Dans le long métrage, Henry Ford II et Leo Beebe observent la course depuis leur loge VIP pendant que Carroll Shelby s’active dans les stands. En parallèle, Enzo Ferrari assiste à la scène depuis sa propre loge, vêtu d’un costume impeccable et de lunettes sombres, incarnation du calme et du prestige italien. Quand la réussite de Ford devient évidente, Ferrari s’éloigne avec dignité, après un dernier regard et un hochement de tête presque symbolique adressé à Shelby. C’est un moment fort au cinéma, mais historiquement erroné : Enzo Ferrari n’a pas félicité Shelby au Mans en 1966, car il n’y était pas présent.

L’avenir de la course automobile n’a pas été diffusé à la télévision

Caitriona Balfe dans Ford v Ferrari

Les films de sport se terminent souvent par une victoire décisive, pendant que les proches du héros regardent la scène avec angoisse et fierté, soit depuis les tribunes, soit à la télévision. Ford v Ferrari reprend ce schéma classique. Tandis que Ken Miles file vers la victoire aux 24 Heures du Mans 1966, sa femme Mollie (Caitriona Balfe) et son fils Peter (Noah Jupe) suivent la course sur un petit téléviseur noir et blanc, typique du milieu du XXe siècle. Un texte à l’écran précise que la retransmission parvient aux téléspectateurs américains « via satellite ».

Mais cela n’est pas possible. La première diffusion internationale en direct par satellite, l’émission Our World, n’a eu lieu qu’en 1967, avec notamment les Beatles interprétant All You Need Is Love. Elle est donc postérieure au Mans 1966, ce qui rend la scène du film anachronique, même si elle renforce la portée émotionnelle de la course.

Tout le monde chez Ford n’était pas opposé à Ken Miles

Christian Bale dans Ford v Ferrari

Un film a besoin de tension dramatique. C’est elle qui maintient l’attention du public et donne du poids à la résolution finale. Dans Ford v Ferrari, cette tension repose en partie sur le bras de fer entre le conseil d’administration de Ford — en particulier Henry Ford II et Leo Beebe — et Carroll Shelby au sujet de Ken Miles. Shelby tient à faire courir Miles au Mans 1966, car il a joué un rôle essentiel dans le développement de la voiture. Beebe, lui, voit en lui un électron libre, peu docile et peu soucieux de l’image de l’entreprise. Il craint notamment qu’il parle à la presse de détails techniques qui nuiraient à Ford. Il faut donc une négociation serrée, allant jusqu’à enfermer Beebe dans un bureau et à conclure un accord avec Henry Ford II : si Miles gagne à Daytona, il pourra courir en France.

Dans la réalité, selon History vs Hollywood, Ford n’était pas aussi hostile à Ken Miles qu’on le suggère à l’écran. Pour condenser l’action et densifier le récit vers Le Mans 1966, le film omet plusieurs courses préparatoires. Pourtant, Miles courait bien pour Ford, y compris au Mans en 1965, un an avant l’épreuve historique de 1966.

Leo Beebe n’était pas si terrible

Josh Lucas dans Ford v Ferrari

Un titre plus exact que Ford v Ferrari, et plus fidèle au drame humain qui se joue en coulisses, pourrait être Shelby v Beebe. Dans le film, Leo Beebe occupe le rôle du méchant : celui qui multiplie les obstacles sur la route des héros. Il flatte sans cesse Henry Ford II, tout en durcissant volontairement son ton face à Shelby et Miles. Il va même jusqu’à tenter d’empêcher Miles de piloter dans la course finale, alors que ce dernier a contribué à mener Ford jusqu’à cette opportunité.

Beebe finit aussi par lui enlever une partie de la gloire. Quand Miles est en passe de remporter le Mans 1966, avec les deux voitures suivantes également signées Ford, Beebe souffle à Ford II qu’il faudrait demander à Miles de ralentir pour permettre aux trois pilotes Ford de franchir ensemble la ligne d’arrivée. Le film présente cette idée comme un coup bas destiné à priver Miles de sa victoire. En réalité, Beebe a bien proposé cette arrivée groupée, mais pour une raison de sécurité : il craignait que les pilotes ne se percutent entre eux. Comme il l’a expliqué dans une interview reprise par Hemmings, « il suffisait d’un seul accident pour tout perdre. »

Cette mort a été bien plus déchirante dans la réalité

Christian Bale dans Ford v Ferrari

Pour ceux qui n’ont pas encore vu Ford v Ferrari et ignorent les faits réels, attention : la fin de cette section révèle un élément majeur. Après le dénouement amer du Mans 1966 pour Ken Miles — Ford gagne, mais le pilote termine officiellement second à cause de l’arrivée simultanée des trois voitures de la marque — l’histoire prend une tournure tragique.

Quelques mois plus tard, Miles retourne travailler et prépare déjà le Mans 1967 en testant une J-type sur un circuit de Riverside, en Californie. Dans le film, sous les yeux de son fils Peter, le plus grand admirateur de son père, la voiture prend un virage difficile, disparaît un instant et soulève un nuage de poussière inquiétant. La musique se fait plus sombre, l’image ralentit, Mollie Miles court vers son mari, et le spectateur comprend que Ken Miles vient de mourir. Le film laisse entendre qu’une erreur de conduite a causé le drame.

La réalité est encore plus bouleversante. Ken Miles est bien mort lors d’un essai, après que la voiture s’est retournée plusieurs fois et l’a éjecté hors de l’habitacle. Mais plusieurs récits, rapportés par Esquire, indiquent qu’il ne s’agissait pas d’une faute du pilote : une défaillance mécanique, ou un problème intrinsèque du véhicule, aurait provoqué l’accident.

Suggestions d'Articles

Laisser un Commentaire