5 reprises qui surpassent largement leur version originale des années 70

par Sophie
0 commentaires
A+A-
Reset
5 reprises qui surpassent largement leur version originale des années 70
Divertissement

Reprendre la chanson d’un autre artiste est un pari risqué. Rester trop fidèle à l’œuvre originale enlève tout intérêt à la démarche, mais modifier les paroles ou la mélodie peut rapidement tourner à la catastrophe. Dans le meilleur des cas, on obtient un chef-d’œuvre comme la version de « I Will Always Love You » par Whitney Houston, qui finit par éclipser la création originale (écrite et interprétée par nulle autre que Dolly Parton). À l’inverse, l’échec peut être cuisant, à l’image de la reprise de « 911 Is a Joke » par Duran Duran, souvent considérée comme l’une des pires de l’histoire.

Whitney Houston sur scène dans une tenue à sequins
Whitney Houston lors d’une performance sur scène.

Il faut donc saluer l’audace des artistes qui s’emparent d’un titre chéri par les fans pour se l’approprier. Qu’il s’agisse d’ajouter de nouveaux instruments, de modifier le tempo ou de basculer vers un tout autre genre musical, les choix artistiques sont déterminants. Après avoir épluché de nombreuses listes et discussions sur le sujet, voici cinq reprises qui ont réussi l’exploit de surpasser leur version originale issue des années 1970.

Destiny’s Child — Emotion

L’album « Survivor » des Destiny’s Child, sorti en 2001, abrite une reprise d’« Emotion ». Ce titre fut initialement interprété par la chanteuse australienne Samantha Sang en 1978 et produit par Barry et Robin Gibb des Bee Gees (qui enregistreront d’ailleurs leur propre version en 1994). Là où la piste originale baigne dans une pop pure, les Destiny’s Child ralentissent le rythme et y insufflent des nuances R&B qui subliment le morceau. L’interprétation saccadée de Samantha Sang laisse place aux harmonies envoûtantes de Beyoncé, Kelly Rowland et Michelle Williams.

Sorti en single en septembre 2001 et accompagné d’un clip dramatique, le titre s’est hissé à la dixième place du Billboard Hot 100, devenant le huitième succès du groupe à atteindre le top 10. La critique a été séduite : Entertainment Weekly a qualifié la reprise de morceau lent et solide, tandis que le NME a salué un moment fort et remarquable de l’album. Bien que ce ne soit pas la chanson la plus célèbre des Destiny’s Child, elle reste très appréciée des fans, dont beaucoup ignorent encore qu’il s’agit d’une reprise.

Neko Case — Christmas Card from a Hooker in Minneapolis

La complainte blues « Christmas Card from a Hooker in Minneapolis » de Tom Waits, issue de son album « Blue Valentine » de 1978, est décrite par AllMusic comme l’une de ses chansons les plus appréciées au sein d’un de ses disques les plus obscurs. Ce titre narratif prend la forme d’une lettre écrite par une travailleuse du sexe anonyme à un certain Charlie. Elle y raconte comment elle a repris sa vie en main, arrêté de boire, trouvé un nouveau compagnon et déménagé à Minneapolis. Mais le dernier couplet vient briser cette illusion : la narratrice mentait depuis le début. Elle est en réalité en prison et demande de l’argent à Charlie.

En 2000, la chanteuse indépendante Neko Case a enregistré une reprise pour l’album hommage à Tom Waits, « New Coat of Paint ». Le simple fait qu’une femme interprète le texte rend instantanément la chanson plus intime et poignante. La voix claire et mélodique de Neko Case tranche avec le timbre rocailleux de Tom Waits, offrant une interprétation d’une grande sincérité. Les critiques ont partagé cet avis, AllMusic saluant notamment une performance à la fois fragile et pleine de résilience.

Elvis Costello and the Attractions — (What’s So Funny ‘Bout) Peace, Love, and Understanding

Cette reprise prouve que la façon de chanter des paroles peut en métamorphoser totalement le sens. La version originale de « (What’s So Funny ‘Bout) Peace, Love, and Understanding » a été écrite par Nick Lowe et publiée avec son groupe Brinsley Schwarz en 1974. Bien qu’agréable, le titre ressemble à de nombreux autres morceaux folk-rock de l’époque, et la partie parlée avec de l’écho frôle le ridicule.

Lorsque Elvis Costello and the Attractions dévoilent leur reprise en 1979, le groupe accélère le tempo, lui donne une énergie rock et y ajoute un sentiment d’urgence. La question du titre passe alors de la simple rhétorique à une véritable exigence. À l’époque, le magazine Rolling Stone a souligné une sincérité confinant au désespoir. Quand Costello chante ses paroles, il semble véritablement en colère. Placée en clôture de l’album « Armed Forces » (1979), qui contient d’autres chansons engagées comme « Oliver’s Army », cette reprise résonne avec encore plus d’empathie.

George Harrison — If Not for You

George Harrison était sans doute l’un des plus grands admirateurs de Bob Dylan. Fasciné par l’album « The Freewheelin’ Bob Dylan » en 1964, il a tissé un lien immédiat avec le compositeur lorsque les Beatles l’ont rencontré plus tard la même année. Leur amitié a perduré pendant des décennies, les conduisant même à former le supergroupe des années 80, les Traveling Wilburys.

En octobre 1970, Bob Dylan sort « If Not for You », une chanson d’amour aux accents country dédiée à son épouse de l’époque, Sara, sur l’album « New Morning ». Un mois plus tard seulement, George Harrison en publie une version ralentie sur son premier album solo, « All Things Must Pass ». Dylan lui avait d’ailleurs appris la chanson plus tôt dans l’année, et les deux amis en avaient même enregistré une version inédite ensemble. Si le titre de Dylan est une ritournelle douce et simple, Harrison en magnifie le romantisme avec un tempo plus lent, une orchestration plus riche et une justesse vocale impeccable. Sous son interprétation, les paroles gagnent indéniablement en profondeur et en sincérité.

Whitney Houston — I Will Always Love You

La version de « I Will Always Love You » par Whitney Houston trône au sommet de presque tous les classements des meilleures reprises, et celui-ci ne fait pas exception. Ce n’est pas une surprise : celle que l’on surnommait « The Voice » déploie toute l’étendue de son talent dans cette ballade puissante de 1992, enregistrée pour la bande originale du film « Bodyguard ». De l’introduction a cappella à l’explosion vocale du refrain, sans oublier le saxophone envoûtant et les percussions dramatiques, tout concourt à en faire un classique intemporel empreint d’une émotion brute.

Pourtant, l’original a été écrit et enregistré par Dolly Parton en 1973. Bien qu’elle s’apparente à une chanson d’amour, sa véritable signification est professionnelle : Parton l’a écrite pour marquer son départ du « Porter Wagoner Show » afin de lancer sa carrière solo. Sa version est un morceau country, bien plus épuré que la ballade R&B de Houston, sans l’orchestration somptueuse, et s’achève sur un dernier couplet parlé. C’est une belle chanson en soi, mais elle ne soutient pas la comparaison avec la puissance de la reprise. Dolly Parton en a elle-même conscience. Lors d’une émission en 2020, elle a confié son émerveillement face à cette interprétation : « Je n’arrivais pas à croire comment elle avait fait ça. C’était tellement magnifique que ma petite chanson se soit transformée en cela. »

Suggestions d'Articles

Laisser un Commentaire