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Il est impossible d’évoquer l’ère du grunge sans parler de Pearl Jam. Faisant partie des quatre piliers originaux de la scène de Seattle aux côtés de Nirvana, Soundgarden et Alice in Chains, le groupe a marqué l’histoire avec son premier album sorti en 1991, « Ten ». Ce véritable chef-d’œuvre a offert au public trois immenses succès consécutifs : « Alive », « Even Flow » et « Jeremy ».
Si le titre « Jeremy » se distingue par son clip vidéo profondément troublant, c’est « Alive » qui surprend le plus par son inspiration directe. La chanson puise en effet ses racines dans un lourd secret de famille concernant le chanteur Eddie Vedder.
Un père biologique longtemps caché

Eddie Vedder n’a que très rarement détaillé l’histoire qui a inspiré « Alive ». Lors d’un entretien accordé à la journaliste Jessica Letkemann en 1999, il expliquait que le morceau découlait d’un étrange rebondissement dans sa vie, lié à un père dont il ignorait l’identité jusqu’à son adolescence. Pour des raisons obscures, sa mère lui a longtemps caché l’identité de son véritable géniteur.
Le chanteur racontait surprendre parfois des regards d’étonnement chez sa mère lorsqu’elle reconnaissait en lui des traits de son père biologique, les deux hommes étant de véritables copies conformes. C’est d’ailleurs de cet homme, décrit par sa mère comme un chanteur de cabaret, qu’Eddie Vedder aurait hérité son talent musical.
C’est exactement cette trame que l’on retrouve dans les premières paroles de « Alive », où une mère révèle à son fils de treize ans que l’homme qu’il croyait être son père ne l’est pas, et que son véritable géniteur est en train de mourir.
Des révélations poignantes à l’aube de la gloire
Le leader de Pearl Jam s’était confié plus longuement sur son histoire familiale en 1993, lors d’une interview pour Rolling Stone, peu de temps avant la sortie de leur deuxième album, « Vs. ». Il y décrivait une relation très conflictuelle avec son beau-père, un terme qu’il refusait d’ailleurs d’employer. Face aux disputes incessantes, le jeune homme avait rapidement quitté le domicile familial, abandonnant même le lycée.
À cette époque, alors qu’il tentait de lancer sa carrière musicale sous le nom de son beau-père, Mueller, sa mère a fait le voyage de Chicago à San Diego pour lui parler en personne. Lorsqu’il lui a fait part de son animosité envers cet homme qu’il savait ne pas être son vrai père, elle lui a finalement avoué la vérité. Peu de temps après, en 1990, Eddie Vedder rejoignait le guitariste Stone Gossard et le bassiste Jeff Ament pour former Pearl Jam, suite au décès d’Andrew Wood, le chanteur de Mother Love Bone.
Mais la visite de sa mère à San Diego cachait une vérité encore plus tragique. Comme l’indiquent les paroles de « Alive », elle venait également lui annoncer que son père biologique était décédé des suites d’une sclérose en plaques. Eddie Vedder s’est alors souvenu l’avoir croisé à quelques reprises lors de visites à l’hôpital pendant son enfance, sans jamais savoir de qui il s’agissait.
Quand la fiction dépasse la réalité : la trilogie « Momma-Son »

Si l’histoire vraie est déjà bouleversante, Eddie Vedder a choisi de l’assombrir encore davantage pour les besoins de la chanson. Le deuxième couplet de « Alive » introduit des éléments purement fictifs et particulièrement troublants. Les paroles évoquent une mère s’approchant de son fils en lui disant qu’elle est prête pour lui, sous-entendant une relation incestueuse.
Dans son interview de 1993, le chanteur expliquait cette tournure narrative : la mère, incapable de faire le deuil de son mari décédé, reporte son désir sur son fils qui lui ressemble trait pour trait. Le jeune homme, complètement dépassé par les événements, réalise simplement qu’il est toujours en vie, donnant ainsi son titre au morceau.
Cette histoire dramatique ne s’arrête pas là. « Alive » constitue en réalité le premier chapitre d’une trilogie musicale connue sous le nom de « Momma-Son » (ou « Mamasan »). L’intrigue se poursuit dans le titre « Once », également présent sur l’album « Ten », où le fils sombre dans la folie pour devenir un tueur en série. La conclusion se trouve dans « Footsteps », la face B du single « Jeremy », qui raconte l’incarcération du personnage. Face à la noirceur de ce récit, Eddie Vedder confiait d’ailleurs avec soulagement être simplement heureux d’être devenu auteur-compositeur.
