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C’est un phénomène aussi rare que tragique dans l’industrie musicale : un artiste disparaît au sommet de sa gloire, et son dernier single se hisse à la première place des classements peu de temps après. Atteindre le sommet du Hot 100 représente l’aboutissement d’une carrière pour de nombreux musiciens, mais une poignée de légendes n’ont jamais pu savourer ce triomphe de leur vivant.
Ces disparitions furent si soudaines que ces artistes travaillaient encore sur de nouveaux morceaux quelques jours seulement avant de s’éteindre, victimes d’accidents, d’excès ou d’actes criminels. Ce concours de circonstances crée souvent une vague d’émotion collective qui propulse leurs œuvres vers les sommets. Voici quatre artistes légendaires des années 60 et 70 dont les chansons sont devenues numéro 1 juste après leur mort.

Otis Redding — (Sittin’ On) The Dock of the Bay
Durant les années 1960, Otis Redding était une figure incontournable des classements R&B. Compositeur de la version originale de « Respect », popularisée plus tard par Aretha Franklin, il s’imposait comme une future superstar mondiale. Le 9 décembre 1967, il interprétait son succès « Try a Little Tenderness » lors d’une émission télévisée à Cleveland.
Le lendemain, l’avion transportant Redding et son groupe, les Bar-Kays, s’écrasait dans le lac Monona, dans le Wisconsin. Le chanteur n’avait que 26 ans. Quelques jours avant le drame, il avait enregistré une ballade intitulée « (Sittin’ On) The Dock of the Bay ». Le sifflement emblématique à la fin du morceau n’était qu’un essai temporaire que Redding devait remplacer par des paroles. Il n’en eut jamais l’occasion. Sorti en urgence par son label, le titre devint numéro 1 en mars 1968.
Janis Joplin — Me and Bobby McGee
L’ascension de Janis Joplin fut fulgurante, mais elle ne profita que brièvement de sa célébrité. Après une performance électrisante au festival de Monterey en 1967, elle entama une carrière solo marquée par l’enregistrement de l’album « Pearl ». Ce disque, nommé d’après son surnom, sortit en février 1971, soit quatre mois après son décès par overdose.
La maison de disques Columbia a rassemblé les enregistrements laissés par l’artiste pour finaliser l’album. Parmi eux figurait une reprise passionnée de « Me and Bobby McGee », écrite par son ami Kris Kristofferson. Ce titre devint le plus grand succès de sa carrière, occupant la première place du Hot 100 pendant deux semaines en mars 1971.
Jim Croce — Time in a Bottle
Jim Croce a connu une période de succès intense mais très courte. Après avoir dominé les classements avec des titres comme « Bad, Bad Leroy Brown » à l’été 1973, sa vie bascula le 20 septembre de la même année. Après un concert en Louisiane, son petit avion heurta un arbre lors du décollage, tuant les six personnes à bord, dont le chanteur de 30 ans.
Après sa disparition, son label publia deux singles qui grimpèrent rapidement dans les charts. Si « I Got a Name » atteignit le Top 10, c’est la ballade mélancolique « Time in a Bottle » qui marqua les esprits. Cette chanson, qui évoque la fugacité de la vie et la rapidité avec laquelle le temps s’échappe, devint numéro 1 en décembre 1973, résonnant douloureusement avec le destin de l’artiste.
John Lennon — (Just Like) Starting Over
Au cours de la dernière année de sa vie, John Lennon avait décidé de mettre fin à une pause de cinq ans pour reprendre la musique. Inspiré par les sonorités innovantes du groupe B-52’s, il composa l’album collaboratif « Double Fantasy » avec son épouse Yoko Ono. Le premier single, « (Just Like) Starting Over », affichait une sonorité nostalgique rappelant le rock ‘n’ roll des années 1950.
Le 8 décembre 1980, Lennon fut tragiquement assassiné devant son domicile à New York. Dans un élan de deuil national et international, les fans se ruèrent sur son dernier album. Le 27 décembre 1980, « (Just Like) Starting Over » devint le deuxième titre de sa carrière solo à atteindre la première place des classements, transformant ce chant de renouveau en un adieu posthume.
