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En Allemagne, le döner-kebab est bien plus qu’une simple tradition culinaire. Véritable pilier du quotidien, il accompagne les étudiants, les salariés pressés et les sorties entre amis. Pourtant, ce symbole de la gastronomie de rue est aujourd’hui au cœur d’une polémique nationale. En raison d’une hausse spectaculaire des prix, les Allemands ont inventé un terme pour désigner ce phénomène : la « Dönerflation ».
Une envolée des prix spectaculaire
Le constat est amer pour les consommateurs allemands. Selon une étude YouGov, le prix moyen d’un kebab est passé de 4,85 € en 2021 à 7,11 € en 2025, soit une augmentation de 47 % en seulement quatre ans. Cette hausse dépasse largement l’inflation globale des prix à la consommation dans le pays, qui s’est établie à environ 17,5 % sur la même période. À Berlin, capitale historique du döner, les tarifs franchissent désormais régulièrement la barre des 9 €.
Cette situation suscite la frustration des habitués. Certains se souviennent avec nostalgie de l’époque où un kebab ne coûtait que 3 €. Aujourd’hui, l’achat de ce plat autrefois bon marché est devenu un acte pesé, modifiant les habitudes de consommation d’une population pourtant fidèle à son sandwich fétiche.
Les raisons d’une crise sectorielle
Pour les restaurateurs, cette augmentation n’est pas un choix mais une nécessité de survie. Ils pointent du doigt l’explosion des coûts de l’énergie, notamment le gaz et l’électricité, ainsi que l’augmentation constante des loyers commerciaux dans les grandes métropoles comme Berlin. Si les commandes ont globalement résisté avec une hausse de 15 % entre 2021 et 2025, les professionnels sentent une tension croissante.
Au-delà des coûts fixes, une forme de gentrification du kebab semble s’opérer. Le traditionnel mélange veau-salade-tomate-oignon laisse parfois place à des versions plus sophistiquées intégrant de la grenade, de l’ail des ours ou même de la truffe. Cette montée en gamme, perçue par certains comme une trahison des origines populaires du plat, contribue à justifier des prix toujours plus élevés. Même des célébrités comme l’ancien footballeur Lukas Podolski en ont fait les frais : son établissement berlinois a dû fermer après seulement quelques mois d’activité face aux critiques sur ses tarifs jugés prohibitifs.
Un enjeu social et politique
Le kebab a longtemps été considéré comme le grand égalisateur social en Allemagne, un lieu où se croisent ouvriers, cadres et étudiants. Cette mixité est aujourd’hui menacée. De nombreux témoignages font état d’une désertion des classes les plus précaires, pour qui le prix du döner est devenu un obstacle infranchissable. Le sentiment de convivialité s’étiole au profit d’une clientèle plus aisée, transformant un plat de rue en un produit presque luxueux.
Face à l’ampleur du mécontentement, la sphère politique tente de s’emparer du sujet. Le parti de gauche Die Linke a proposé à plusieurs reprises la mise en place d’un plafonnement du prix du kebab à 4,90 €, l’État prenant en charge la différence sous forme de subventions. Bien que cette proposition ait été largement moquée et jugée irréaliste par les partis libéraux, elle souligne à quel point la « Dönerflation » est devenue le baromètre sensible du pouvoir d’achat outre-Rhin.
