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Le « speed-watching », cette pratique consistant à visionner des vidéos ou écouter des contenus audio en accéléré, est devenu une habitude solidement ancrée chez les utilisateurs de plateformes comme YouTube, TikTok ou Netflix. Cependant, une initiative récente au Québec a porté ce débat jusque dans les salles de cinéma, suscitant une vive polémique sur la consommation de l’art à l’ère numérique.
Une expérience qui bouscule les codes au Québec
Le 25 avril dernier, lors du Rendez-vous Québec Cinéma, la Cinémathèque québécoise a pris le parti de projeter le film « Amour Apocalypse » de la réalisatrice Anne Émond à une vitesse de 1,5x. L’objectif de cette séance expérimentale était d’interroger le phénomène du visionnage accéléré, particulièrement prisé par la génération Z.
Bien que la réalisatrice ait consenti à cette diffusion, soulignant que le sujet provoque un intérêt certain, la démarche a été accueillie avec scepticisme par une partie de la profession. Pour garantir le respect de l’œuvre, le film était également proposé en vitesse normale à un autre moment du festival.
Un fossé générationnel dans la consommation de contenus
Selon Laura Rohard, directrice du festival, cette initiative visait à mieux comprendre comment les nouvelles générations interagissent avec les films. Cette tendance est confirmée par des chercheurs de l’université de Californie, dont l’étude révèle que 85 % des étudiants interrogés consomment régulièrement des contenus audio ou vidéo en accéléré.
Cette évolution des usages ne manque pas de faire réagir. Le journaliste Marc Cassivi, du média canadien La Presse, a qualifié cette pratique d’« atteinte à l’intégrité de l’œuvre », estimant contradictoire d’inciter les jeunes à découvrir le cinéma tout en dénaturant la vision originale des créateurs. Sur les réseaux sociaux, certains internautes dénoncent une dérive liée à un rythme de vie effréné où l’on ne prend plus le temps d’apprécier le temps long.
Le cinéma en salle restera-t-il un sanctuaire ?
Malgré cette expérimentation, la généralisation du speed-watching dans les salles obscures semble peu probable. La journaliste Mélanie Toubeau, spécialiste du cinéma sur les réseaux sociaux, estime que le rythme est l’un des piliers fondamentaux de la création cinématographique. Selon elle, si l’expérience québécoise a le mérite de poser le débat, la salle de cinéma demeure un lieu « sacralisé » où les exploitants veillent au respect des œuvres.
Si les plateformes de streaming pourraient continuer à proposer ces options pour répondre à des cahiers des charges de plus en plus axés sur l’efficacité, le passage à l’accéléré sur grand écran se heurte à une résistance artistique et technique majeure. Le cinéma, en tant qu’expérience collective, semble pour l’instant préservé de cette accélération généralisée.
