Les inexactitudes historiques de la série Vikings

par Olivier
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Les inexactitudes historiques de la série Vikings
États-Unis, Scandinavie

Dans Vikings, la splendeur visuelle et le souffle dramatique donnent souvent l’illusion d’un passé crédible, mais la série du History Channel prend de nombreuses libertés avec l’Histoire des Vikings. Cela dit, elle évite au moins certains clichés les plus éculés, comme les casques à cornes, absents à l’écran — et pour cause, ces ornements relèvent plutôt des imaginaires fabriqués bien après l’époque viking. À l’inverse, certaines pratiques ont un fond de vérité, comme l’usage du khôl autour des yeux ou l’existence présumée des pierres de soleil, ces objets qui auraient aidé à s’orienter en mer. Pourtant, à côté de ces détails justes, la série accumule des erreurs historiques parfois mineures, parfois beaucoup plus difficiles à défendre.

Voici quelques-unes des inexactitudes historiques les plus marquantes dans Vikings :

  • Rollo et Ragnar n’étaient probablement ni frères ni même contemporains.
  • La mort de saint Cuthbert n’a rien à voir avec un raid viking.
  • Ragnar Lothbrok n’a pas « découvert » les îles Britanniques.
  • Les Vikings ne portaient pas de casques à cornes, mais la série va jusqu’à les montrer sans casque du tout.
  • Les costumes de la série sont spectaculaires, mais peu fidèles aux vêtements vikings réels.
  • Les coiffures et barbes affichées à l’écran relèvent davantage du style moderne que de l’archéologie.
  • Le personnage d’Athelstan concentre presque à lui seul plusieurs libertés scénaristiques.
  • Les femmes guerrières vikings, comme les shieldmaidens, restent historiquement discutées.
  • Le fameux « aigle de sang » est très probablement une invention ou une déformation tardive.
  • Le mot « Viking » n’était pas utilisé à l’époque comme nom de peuple.
  • La géographie de la série mêle lieux réels et paysages largement romancés.
  • Les chronologies sont compressées au point de brouiller plusieurs siècles d’histoire.

Sur le plan historique, l’un des écarts les plus frappants concerne Rollo et Ragnar. La série les présente comme des frères, alors que les sources disponibles ne permettent pas de confirmer un tel lien. Ragnar Lothbrok, figure à la frontière entre mythe et réalité, appartient surtout à la légende, tandis que Rollo est un personnage mieux ancré dans les chroniques médiévales. L’écart chronologique entre eux rend d’ailleurs leur rencontre elle-même peu probable, ce qui montre bien que la série privilégie ici la cohérence dramatique à la fidélité historique.

Un autre épisode emblématique illustre la même tendance : l’attaque du monastère de Lindisfarne. Historiquement, ce raid de 793 fut bien l’un des premiers grands chocs provoqués par les Vikings en Grande-Bretagne, avec des pillages, des morts et des captifs réduits en esclavage. En revanche, la série introduit saint Cuthbert comme victime directe de l’attaque, alors qu’il est mort de causes naturelles plus d’un siècle auparavant. L’écart est de taille, même si la violence du raid, elle, correspond à la brutalité réelle de cette période de l’histoire viking.

De la même manière, Vikings transforme Ragnar en explorateur quasi-colombien, comme s’il avait « découvert » les îles Britanniques. C’est un contresens historique majeur. Les Scandinaves connaissaient déjà une partie de l’Europe du Nord grâce aux échanges commerciaux, et les incursions vikings en Grande-Bretagne ne commencent pas avec un Ragnar découvrant l’Angleterre comme une terre inconnue. En réalité, l’Angleterre faisait partie d’un monde déjà connecté, où le commerce, les contacts et les conflits existaient bien avant les exploits de la série.

Le traitement des armements et de l’apparence visuelle poursuit la même logique. Les Vikings n’arboraient pas de casques à cornes, mais ils ne partaient pas forcément non plus au combat la tête totalement nue. Les rares casques retrouvés par l’archéologie suggèrent au moins un souci de protection, avec des formes adaptées au combat. Les tenues, elles aussi, sont très éloignées de ce que l’on sait aujourd’hui : au lieu des cuirasses moulantes et sombres de la série, les Viking portaient sans doute des vêtements de laine ou de lin, souvent colorés, parfois ornés de motifs, et bien plus fonctionnels qu’idéalisés.

Les coiffures suivent la même tendance esthétique. Les tresses complexes, les côtés rasés et les looks très sculptés appartiennent davantage à l’imaginaire contemporain qu’à la culture matérielle viking telle qu’on peut la reconstituer. Certaines sources évoquent bien des nuques rasées et des cheveux plus longs sur le dessus, mais les preuves d’une mode aussi élaborée restent limitées. Quant aux femmes, elles portaient souvent les cheveux longs, parfois couverts d’un voile ou d’un foulard, ce qui renforce encore l’écart entre l’image populaire et les indices historiques.

Le personnage d’Athelstan est, lui aussi, largement réinventé. Moine anglo-saxon devenu confident de Ragnar, il sert brillamment le récit, mais aucune saga historique ne confirme l’existence d’un tel compagnon ni d’un moine converti au monde viking dans la lignée de Ragnar. Sa représentation de la crucifixion par des chrétiens est tout aussi problématique : cette forme d’exécution n’était pas une pratique chrétienne au temps des Vikings, et les historiens n’en connaissent pas d’exemple crédible dans ce contexte. Là encore, le recours au spectaculaire l’emporte sur la vraisemblance.

La série accorde aussi une grande place aux femmes guerrières, en particulier aux shieldmaidens comme Lagertha. Si les textes de l’Ancien Nord évoquent bien des figures féminines combatives, beaucoup relèvent du mythe, notamment les Valkyries, êtres surnaturels liés à Odin. Quelques récits mentionnent des femmes guerrières, et certaines tombes ont livré des armes, mais rien ne permet d’affirmer sans réserve que ces objets prouvent une participation régulière aux combats. En ce sens, la série s’appuie sur des possibilités historiques plus que sur des certitudes.

Autre scène emblématique : l’aigle de sang. Cette exécution, montrée dans toute sa violence, est l’un des moments les plus choquants de Vikings. Les sources médiévales sont cependant très tardives et souvent très embellies, au point que les historiens doutent sérieusement de la réalité de ce supplice tel qu’il est décrit. Plus les récits avancent dans le temps, plus ils deviennent détaillés et macabres, ce qui laisse penser à une construction littéraire autant qu’à un fait historique.

Enfin, la série brouille aussi le vocabulaire, la géographie et les chronologies. Le terme « Viking » ne désignait pas un peuple au sens moderne, mais plutôt une activité ou une expédition d’outre-mer. Quant aux lieux, la carte de la série mélange espaces réels et décors romancés, comme un Kattegat largement fictif ou un temple d’Uppsala déplacé vers un paysage montagnard qui n’a rien de conforme à l’enceinte historique. Même les dates se télescopent : en compressant plusieurs siècles d’histoire viking, la série crée un récit fluide, mais profondément réarrangé, où la vraisemblance cède souvent la place à l’efficacité dramatique.

Entre fidélité partielle et invention assumée, Vikings reste donc une fresque puissante, mais rarement une source fiable pour comprendre l’histoire des Vikings. Et c’est peut-être là tout son paradoxe : plus elle s’éloigne des faits, plus elle parvient à donner au passé une intensité presque légendaire.

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