Si la chanson « Wild World » est sans aucun doute le titre le plus célèbre de Cat Stevens, c’est pourtant Jimmy Cliff qui en a publié une version reggae dès 1970, avant même la sortie de l’originale. Cette collaboration inattendue est née d’une rencontre fortuite entre deux artistes partageant le même label, Island Records.

Une rencontre au cœur de la scène londonienne
Né en Jamaïque en 1944, Jimmy Cliff a grandi au son du ska avant de s’installer à Londres en 1965 pour booster sa carrière. C’est là qu’un éditeur lui a fait écouter une maquette de « Wild World », alors que Cat Stevens travaillait sur son album emblématique « Tea for the Tillerman ». Cliff a immédiatement ressenti une affinité avec Stevens, estimant que l’artiste était bien plus que le simple chanteur rock que l’industrie tentait de promouvoir.
Séduit par la mélodie, Jimmy Cliff a contacté Cat Stevens. Ce dernier s’est montré particulièrement ouvert et a même proposé d’aider Cliff à enregistrer sa propre version. Les deux musiciens se sont mis au travail dès le lendemain de leur rencontre pour donner une couleur reggae au morceau.
Un succès partagé entre deux continents
Étonnamment, Cat Stevens ne considérait pas initialement « Wild World » comme une priorité pour son propre album. Selon le producteur Paul Samwell-Smith, Stevens était tellement concentré sur la production de la version de Jimmy Cliff que sa propre interprétation est restée un temps au second plan. Ce n’est que vers la fin de l’enregistrement de « Tea For The Tillerman » que l’équipe a réalisé le potentiel du titre et a décidé d’y ajouter des arrangements supplémentaires.
Les deux versions ont connu des trajectoires différentes sur les marchés internationaux :
- La version reggae de Jimmy Cliff a atteint la 8e place des classements au Royaume-Uni en août 1970.
- La version folk-rock de Cat Stevens s’est hissée à la 11e place du Billboard Hot 100 aux États-Unis en 1971.
- Le titre original de Stevens n’est apparu dans les charts britanniques qu’en 2007.
Malgré ces succès décalés, les deux interprétations sont devenues des classiques, illustrant la capacité d’une même composition à briser les barrières des genres musicaux, qu’elle soit portée par les accents insulaires de Cliff ou la douceur folk de Stevens.
