L’astrophysicien de Harvard Avi Loeb dirige désormais le UAP Science Council, un panel de 14 experts sollicité conjointement par la Maison Blanche, le Pentagone (via l’AARO), l’ODNI, le FBI et l’ensemble de la communauté du renseignement américain. Annoncée fin juin et détaillée par son principal intéressé le 2 juillet, cette structure est le volet scientifique du dispositif de transparence UAP lancé sous l’administration Trump.
Un conseil saisi par cinq agences américaines
Loeb n’a pas été nommé seul. Dans un texte publié mi-juin sur Medium, il précise que le UAP Science Council a été constitué « à la demande conjointe de la Maison Blanche, de l’All-domain Anomaly Resolution Office (AARO) du Pentagone, de l’Office of the Director of National Intelligence (ODNI), du FBI et de l’Intelligence Community », c’est-à-dire l’ensemble de la communauté du renseignement américaine.
L’AARO est l’office du Pentagone spécifiquement chargé de recenser et d’analyser les phénomènes anormaux non identifiés, dans l’air, dans l’espace, sous la mer ou ailleurs. L’ODNI coordonne les analyses de la CIA et des autres agences de renseignement. La présence du FBI et de l’ensemble de l’Intelligence Community indique que les cas examinés ne sont pas seulement militaires : ils couvrent les aspects juridiques, contre-espionnage et sécurité nationale.
Composition : 14 experts, 14 expertises distinctes
Le council n’est pas un collège d’ufologues. La liste publiée par Loeb sur Medium regroupe 14 chercheurs et praticiens dont les spécialités couvrent toute la chaîne d’investigation d’un signal inexpliqué : statistiques, détection d’anomalies, intelligence artificielle, océanographie, astrophysique, biologie moléculaire, anthropologie et psychologie cognitive.
| Membre | Domaine d’expertise |
|---|---|
| Liberty Vittert Capito (Prof.) | Analyse de données et statistiques |
| Carol Cleland (Prof.) | Identification d’anomalies |
| Richard Cloete (Dr) | Analyse de données et algorithmes d’IA |
| Omer Eldadi (Dr) | Gestion de données, IA, psychologie humaine |
| Tim Gallaudet (Dr) | Océanographie |
| Robin Hanson (Prof.) | Statistiques et économie |
| Ross Howard | Communication |
| Kevin Knuth (Dr) | Physique et instrumentation |
| Ben Lamm | Océanographie et biologie |
| Devesh Nandal (Dr) | Analyse numérique et astrophysique |
| Garry Nolan (Prof.) | Biologie moléculaire et science des matériaux |
| Michael Shermer (Dr) | Étude des anomalies |
| Peter Skafish (Prof.) | Anthropologie |
| Matthew Szydagis (Prof.) | Instrumentation et collecte de données |
| Jennice Vilhauer (Dr) | Psychologie quantitative |
Plusieurs profils recoupent les thématiques que le Pentagone traque depuis 2023 : les objets transmedia (air-mer), qui demandent l’océanographie ; les signatures lumineuses (physique et instrumentation) ; les aspects psychologiques et sociétaux, confiés à Shermer, Vilhauer, Eldadi et Skafish. La présence de Garry Nolan, biologiste moléculaire, signale également que le council regarde au-delà du capteur radar : anomalies biologiques, matériaux inhabituels, signatures physiques suspectes.
Mandat : vidéos, images et documents demandés au Pentagone
Dans l’interview accordée à WION le 2 juillet, Loeb précise que lui et son équipe ont demandé au Pentagone « des vidéos, des images et des documents relatifs à des rencontres et incidents inexpliqués ». L’exercice n’est pas une communication politique : il s’agit d’obtenir de la donnée primaire pour produire des analyses scientifiques publiables.
Le calendrier institutionnel a déjà livré une partie de cette matière. Depuis le 8 mai 2026, le programme présidentiel PURSUE (Presidential Unsealing and Reporting System for UAP Encounters) a libéré plusieurs vagues de documents UAP. Le council hérite donc d’une base publique déjà constituée, tout en cherchant à étendre l’accès aux archives non encore déclassifiées.
Ce que dit la science, pas ce qu’espère le public
L’arrivée d’un astrophysicien aux commandes tranche avec le sensationnalisme qui entoure souvent le sujet. À la question de WION sur les déclassifications récentes (dossiers Apollo, archives de la Navy, cas historiques comme Roswell), Loeb donne une réponse mesurée : « Aucun des enregistrements publiés jusqu’à présent n’indique au-delà du doute raisonnable une origine non humaine pour les objets associés. Il est clair, en revanche, que le Pentagone et les agences de renseignement sont perplexes devant les propriétés d’objets qui restent non identifiés. »
Autrement dit : absence de preuve d’origine extraterrestre n’est pas preuve d’absence d’activité inconnue. Loeb sépare deux plans distincts — ce qui est démontré (rien) et ce qui reste ouvert (les caractéristiques de vol non encore expliquées par les modèles balistiques ou atmosphériques classiques). C’est exactement la posture scientifique que l’on attend d’un tel panel.
UFO devient UAP : ce que change le vocabulaire
WION relève que Loeb a explicitement commenté le passage terminologique officiel de « Unidentified Flying Objects » à « Unidentified Anomalous Phenomena ». L’élargissement du sigle n’est pas cosmétique : il couvre aussi les objets sous-marins ou transmedia, les anomalies électromagnétiques, voire les phénomènes observés sans forme matérielle clairement définie. Le council est donc mandaté pour traiter des cas que le mot « objet volant » ne décrit pas, et où les capteurs militaires (radar, sonar, capteurs infrarouges) ne cadrent pas toujours.
Une nomination qui hérisse la communauté scientifique
PBS News a qualifié Loeb d’« astrophysicien aux théories polarisantes sur les extraterrestres » au moment de la nomination, fin juin. Son hypothèse la plus médiatisée — selon laquelle certains objets interstellaires, dont ‘Oumuamua, pourraient être des sondes artificielles — continue de diviser la communauté scientifique. Sa nomination à un poste officiel donne à ces hypothèses un canal institutionnel, sans pour autant transformer ses spéculations en conclusions validées. Le mandat du council reste formellement celui d’un examen méthodique.
Ce qu’il reste à observer
Quelques étapes permettront de jauger la crédibilité scientifique du dispositif. D’abord, la quantité et la qualité des éléments transmis par le Pentagone : le council a-t-il obtenu les vidéos brutes, ou seulement des extraits déjà diffusés ? Ensuite, la publication, ou non, d’avis techniques signés par les 14 experts, plutôt que de simples communiqués. Enfin, l’attitude du council face aux cas non américains (observations en Europe, signalements dans l’espace civil), que le sigle UAP et la portée inter-agences américaines n’interdisent pas d’évoquer.
Sources
- Anamica Singh, « Interview: On World UFO Day, Avi Loeb, Chair of UAP Science Council, talks about UFO Files and more », WION, 2 juillet 2026 — wionews.com
- Avi Loeb, « More Details on the UAP Science Advisory Council », Medium, 16 juin 2026 — avi-loeb.medium.com
- PBS News, « White House picks Harvard professor with polarizing alien theories to lead new UFO council », 30 juin 2026 — pbs.org






0 réactions de la communauté