Le 8 mai 2026, le Pentagone lançait PURSUE, le plus grand programme de déclassification de dossiers d’objets aériens non identifiés (UAP) de l’histoire des États-Unis. Deux mois plus tard, le portail war.gov/ufo est toujours en activité, une troisième tranche est en préparation et un nouveau conseil scientifique piloté par l’astrophysicien Avi Loeb vient d’être officiellement installé. Que retenir vraiment ?
PURSUE en bref : le plus grand déstockage de dossiers UAP de l’histoire américaine
PURSUE – Presidential Unsealing and Reporting System for UAP Encounters – est un programme multi-agences annoncé par décret présidentiel le 19 février 2026. Il mobilise la Maison-Blanche, le Département de la Guerre (ex-Département de la Défense), l’ODNI, le Département de l’Énergie, l’AARO (le bureau UAP dédié du Pentagone), la NASA et le FBI. Les documents déclassifiés sont rendus publics sur war.gov/ufo, sans habilitation requise.
Le 8 mai, la première tranche comportait 162 fichiers couvrant plus de 400 incidents UAP documentés depuis 1947, dont une vidéo infrarouge déclassifiée, des dossiers du FBI sur Roswell, des câbles diplomatiques du Département d’État, des transcriptions d’équipages Apollo et des comptes-rendus militaires venus d’Irak, de Syrie, de Grèce, d’Afrique et du territoire américain. Le portail a reçu plus d’un milliard de visites en quelques jours. Une deuxième tranche – 64 fichiers supplémentaires et 51 vidéos infrarouges – a suivi le 22 mai, puis une troisième salve publiée début juin.
Apollo déclassifié : ce que rapportaient vraiment les astronautes
Plusieurs témoignages d’astronautes, jusqu’ici peu diffusés, sont ressortis avec la publication :
- Apollo 11 (1969) – Buzz Aldrin a décrit, lors du débriefing post-mission, un objet « sizeable » observé près de la Lune, ainsi que des « little flashes inside the cabin », lumières inexpliquées dans le module.
- Apollo 12 (1969) – Alan Bean a fait état de flashes lumineux inexpliqués observés au-dessus du sol lunaire.
- Apollo 17 (1972) – Harrison Schmitt résume ainsi l’ambiance : « It’s like the Fourth of July out there ». Une photo de la même mission montre trois points alignés en triangle, qu’une note analytique du Pentagone juge susceptible de « représenter un objet physique ».
Le Pentagone lui-même rappelle, en filigrane de tous ces témoignages, qu’à l’époque plusieurs astronautes avaient envisagé des explications triviales : éclats de glace, débris réfléchissants, interactions de rayons cosmiques avec la rétine. Les dossiers documentent les rapports ; ils ne livrent pas d’interprétation définitive.
Quatre cas concrets qui ont retenu l’attention des chercheurs
Plusieurs incidents précis, déjà partiellement connus, ressortent aujourd’hui avec leur contexte documentaire :
- Iran, août 2022 – quatre objets filmés volant en formation serrée et synchronisée, sans propulsion visible (ni échappement, ni rotor, ni signature thermique).
- Syrie, 2021 – un objet filmé exécute ce que les analystes militaires qualifient d’« accélération instantanée » : passage d’un déplacement lent à une vitesse extrême, sans bang sonique visible.
- Lac Huron, février 2023 – un F-16 abat un objet octogonal ; certains débris auraient été récupérés, mais les conclusions forensiques détaillées restent classifiées.
- Grèce (date non précisée dans les fichiers) – vidéo déclassifiée montrant un objet effectuant plusieurs virages à 90° à environ 80 mph, manœuvre jugée incompatible avec l’aérodynamique conventionnelle.
L’avertissement officiel, à lire avant toute interprétation
Le Pentagone accompagne chaque déclassification d’une mise en garde explicite : les « interprétations subjectives » figurant dans les rapports militaires « ne doivent pas être prises comme une indication concluante » de ce qui s’est réellement passé. Les fichiers documentent ce que des militaires ont observé et rapporté, pas ce que les autorités pensent avoir vu.
L’AARO, le bureau UAP dédié du Pentagone, ajoute que la majorité des cas UAP trouvent, au terme d’une enquête complète, une explication conventionnelle : drones, ballons météo, phénomènes atmosphériques, artefacts de capteurs, ou technologies classifiées américaines ou étrangères. « Les cas qui résistent à cette enquête – formation synchronisée, accélération instantanée, objets sans propulsion apparente – restent précisément le cœur des investigations en cours », résume l’agence.
Nouvelle gouvernance fédérale depuis le 17 juin
Le 17 juin 2026, l’ODNI, en coordination avec le FBI et le Département de la Défense, a tenu la première réunion du UAP Governance Board (notre décryptage dédié) : un organe inter-agences chargé de coordonner la réponse fédérale et d’accompagner les déclassifications conformément à l’Executive Order 13526. Le Board s’appuie sur l’AARO et sur plusieurs advisory councils indépendants (le sujet a également fait l’objet d’un Disclosure Forum à Washington fin juin).
Le plus visible d’entre eux, le UAP Science Advisory Council, a été annoncé le 13 juin par l’astrophysicien de Harvard Avi Loeb (composition et mandat détaillés ici), par ailleurs directeur du Galileo Project. Selon le média fédéral spécialisé MeriTalk, Loeb a été mandaté par la Maison-Blanche, l’AARO, l’ODNI, le FBI et des membres de la communauté du renseignement pour assembler une équipe de 15 experts couvrant intelligence artificielle, océanographie, astrophysique, psychologie, anthropologie, biologie, instrumentation scientifique et analyse de données. Trois déclassifications successives ont déjà porté à près de 300 le nombre de documents UAP rendus publics.
Ce qu’en disent les scientifiques et les anciens officiers
Aucune lecture « sensationnelle » ne s’impose après deux mois. Trois positions sobres se distinguent :
- Le côté sceptique institutionnel. Christopher Mellon, ancien Secrétaire adjoint à la Défense pour le Renseignement, résume : « Data alone is not disclosure. Releasing raw files without context may confuse more than clarify ». L’ancien pilote de chasse de l’US Navy Ryan Graves abonde : sans métadonnées ni contexte opérationnel, l’imagerie brute est difficilement évaluable.
- Le côté scientifique ouvert. Avi Loeb, qui dirige le conseil scientifique UAP, accepte le sujet comme « legitimate subject of inquiry » tout en posant une borne claire : « Based on what had been released so far, there is no object that seems to be beyond any reasonable doubt extraterrestrial ». Pour lui, l’apport principal est culturel et méthodologique : permettre à la science d’enquêter sans préalable idéologique.
- Le côté opérationnel. L’amiral à la retraite Tim Gallaudet, ex-océanographe de la Navy, relève que les éléments les plus véritablement classifiés n’ont pas encore été publiés. La troisième tranche attendue pourrait changer la donne.
Ce qui reste classifié, ce qui arrive ensuite
Le programme PURSUE est explicitement présenté comme un processus continu, pas un déstockage ponctuel. Selon les chiffres communiqués :
- Des millions de documents à travers plusieurs agences restent à traiter ; une partie n’existe que sous forme papier, ce qui impose une numérisation manuelle.
- 46 vidéos additionnelles ont été demandées au Pentagone par la représentante Anna Paulina Luna, et sont évoquées par Loeb comme « the best is yet to come ».
- Les « analytical products » – c’est-à-dire les conclusions analytiques internes du gouvernement sur ces incidents – n’ont pas encore été publiés. C’est précisément ce que réclame la frange institutionnelle sceptique.
- La NSA a restitué plus de 300 pages au niveau « Top Secret/Umbra » à la suite d’un appel FOIA de la Disclosure Foundation, mais la plupart restent caviardées.
Bilan mesurable, après deux mois
PURSUE a, pour la première fois, mis en accès libre des vidéos militaires déclassifiées, des témoignages d’astronautes du programme Apollo, des rapports militaires et des câbles diplomatiques. Il a aussi installé un Governance Board inter-agences et un conseil scientifique dirigé par un astrophysicien de premier plan. Il n’a, à ce jour, livré aucune preuve d’origine extraterrestre.
Le prochain rendez-vous est connu : la troisième tranche, dont la composition exacte reste à publier dans les semaines qui viennent. À suivre, sans précipitation, sans récit miracle, et en gardant en tête le disclaimer officiel du Pentagone lui-même : « Decide for yourself ».
Sources
- Modern Diplomacy (1er juillet 2026) — « Two Months After the UFO Files Release: What We’ve Learned — and What’s Still Hidden »
- MeriTalk (22 juin 2026) — « ODNI Launches Interagency UAP Governance Board »
- DefenseScoop (cité en interne par Modern Diplomacy) — « New science advisory council forms to help US government ‘resolve the UAP mystery’ »
- Avi Loeb, essai Medium (cité en interne par Modern Diplomacy et MeriTalk) — « About UAP and Interstellar Objects »






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