Le 6 juillet 2026, un consortium ESA-NASA a annoncé avoir identifié 31 des quasars les plus anciens jamais documentés à ce jour — dont deux records absolus, allumés alors que l’Univers n’avait que 670 millions d’années, soit moins de 5 % de son âge actuel. Le résultat, publié dans Astronomy & Astrophysics, provient des observations du télescope spatial Euclid et vient relancer la question que toute la cosmologie observationnelle tente de résoudre depuis dix ans : comment des trous noirs supermassifs ont-ils pu exister si tôt ?
Un quasar n’est pas une étoile, même si la confusion est facile à faire. C’est le cœur lumineux d’une galaxie lointaine où un trou noir supermassif aspire d’énormes quantités de gaz et de poussière : la friction et les forces gravitationnelles extrêmes chauffent la matière à des millions de degrés avant qu’elle ne franchisse l’horizon. Ce qui brille, ce n’est pas le trou noir — c’est l’environnement surchauffé qui l’entoure. Et plus on remonte dans le temps cosmique, plus ces phares sont faibles, plus leur lumière est rougie, plus il devient difficile de les distinguer d’étoiles ordinaires proches de nous.
Ce qu’Euclid vient de mettre au jour
Sur les 31 quasars détectés, 12 datent des 770 premiers millions d’années de l’Univers, et deux d’entre eux représentent les records absolus : ils se sont allumés à environ 670 millions d’années après le Big Bang, et leur lumière a voyagé plus de 13 milliards d’années avant d’atteindre Euclid. Pour la première fois, ce ne sont plus seulement les sursauts les plus énergétiques et les plus rares qui sont identifiés à ces époques — c’est un véritable échantillon, statistiquement exploitable, qui permet de remonter à la diversité des conditions physiques de l’Univers primordial.
- Big Bang : il y a 13,8 milliards d’années.
- Recombinaison : environ 380 000 ans — l’Univers devient transparent.
- Ère de réionisation : entre 150 millions et 1 milliard d’années après le Big Bang — premières sources de lumière.
- Anciens quasars Euclid : 670 millions d’années (record) à 770 millions d’années (échantillon large).
- Étude publiée dans Astronomy & Astrophysics, juillet 2026.
Le puzzle que cela pose aux modèles
Le scénario classique de croissance des trous noirs supermassifs combine fusions galactiques et accrétion lente de matière. Pour aboutir, en seulement 670 millions d’années, à des objets dépassant probablement le milliard de masses solaires, ce mécanisme a besoin d’un régime de croissance exceptionnellement efficace — ou d’un mode alternatif que la théorie n’a pas encore stabilisé : graines stellaires très massives, effondrement direct de grands nuages de gaz, formation en amont des premières galaxies. Les quasars Euclid ne tranchent pas entre ces pistes, mais ils contraignent fortement la fenêtre temporelle disponible : l’Univers n’a pas traîné.
Ce qui va suivre
Pour transformer ces détections en physique, il faudra des spectres. Le télescope spatial James Webb de la NASA sera mobilisé, et la mission Euclid continuera sa cartographie : au total, plusieurs milliards de galaxies doivent être imagées pour préciser ce que l’on appelle l’énergie noire — la force mystérieuse qui accélère l’expansion de l’Univers. Le futur Nancy Grace Roman Space Telescope de la NASA prendra le relais à la fin de la décennie. D’ici là, ces 31 quasars restent la base d’observation la plus précise dont disposent les équipes qui cherchent à comprendre ce qui s’est passé dans les premières centaines de millions d’années après le Big Bang — sur ces questions, le dossier publié le 1ᵉʳ juillet 2026 sur Obscura, consacré à six galaxies en pleine fusion repérées par JWST il y a 12 milliards d’années, vient compléter ce tableau en livrant le détail d’un événement précis à l’époque où ces objets record se sont allumés.
Sources
- NASA Science (blog mission), 6 juillet 2026 : ESA’s Euclid Space Telescope Finds Universe’s Most Ancient Quasars
- Deutsche Welle (DW), 6 juillet 2026 : European space telescope Euclid spots oldest quasars yet






0 réactions de la communauté