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« Livin’ on a Prayer » est un classique incontournable du rock des années 1980, dont la valeur est aujourd’hui astronomique. Cependant, sa popularité inébranlable depuis sa sortie en 1986 a fini par le rendre omniprésent, voire trop diffusé. Mené par Jon Bon Jovi depuis plus de quarante ans, le groupe possède un vaste catalogue riche de plus d’une douzaine d’albums et a placé pas moins de 17 singles dans le Top 40 américain.
Bien que de nombreux tubes passés continuent de tourner en boucle à la radio et sur les plateformes de streaming des décennies plus tard, aucun n’a saturé nos oreilles au point de dire « ça suffit » comme l’a fait « Livin’ on a Prayer ». Il ne s’agit pas de dire que c’est une mauvaise chanson. Elle a de nombreuses qualités : des riffs percutants, des claviers étincelants, cet effet de guitare parlante, et la voix de Jon Bon Jovi narrant l’histoire d’un couple dévoué mais en difficulté financière. Toutefois, ces éléments se retrouvent dans bien d’autres morceaux de leur répertoire. Voici quelques excellents titres méconnus de la plus grande formation originaire du New Jersey, qui rivalisent aisément avec leur tube le plus célèbre.
She Don’t Know Me
Si Bon Jovi a souvent été catalogué comme un groupe de hair metal, la formation a en réalité devancé cette ère du rock de plusieurs années. Avant de trouver ce son caractéristique à la fin des années 1980, le groupe s’inscrivait davantage dans une mouvance new wave, s’appuyant fortement sur des batteries électroniques et des claviers, avec seulement un fil conducteur de guitare hard rock. Cette atmosphère est palpable sur « Runaway », leur premier succès au Top 40 début 1984, ainsi que sur l’échec commercial qui a suivi, « She Don’t Know Me ».
Quelques années avant de libérer l’explosif « Livin’ on a Prayer », Bon Jovi laissait déjà entrevoir son goût pour le drame. Ce morceau possède une mélodie légèrement mélancolique et décalée, mais toujours très accrocheuse, typique du pop-rock du début des années 1980. Ce soupçon de chagrin d’amour, associé à un riff entraînant — qui rappelle la montée en puissance rapide du « Don’t Stop Believin’ » de Journey, issu de la même époque —, sert à merveille des paroles romantiques et désespérées. Le tout donne l’impression d’entendre la bande-son d’un montage pour une série télévisée légère de l’époque, comme Magnum ou Simon et Simon, ou un titre craché par un radiocassette sur la plage.
The Hardest Part is the Night
Ce titre de 1985 devrait intéresser les amateurs de rock des années 1980 curieux d’entendre comment le son d’un groupe peut évoluer de manière palpable en très peu de temps. Single n’ayant pas atteint les sommets des classements, issu du deuxième album « 7800° Fahrenheit », « The Hardest Part is the Night » fait le pont entre la phase hard-new-wave des débuts et l’ère hair-metal définitive qui a suivi. C’est un pur morceau de rock de stade, pensé pour plaire au public et faire lever les poings, qui vise les étoiles et y parvient.
Le morceau frappe fort avec une batterie lourde et des riffs de guitare intenses, agrémentés de nombreux roulements et d’un travail ambitieux aux claviers. Le refrain accrocheur, fruit d’un effort collectif de tout le groupe, en fait un hymne parfait à reprendre en chœur. Il résonne comme un échauffement avant « Livin’ on a Prayer », puisqu’il s’agit également d’un hymne sur la persévérance et la volonté de vivre de manière authentique au cœur d’une situation désespérée.
Someday I’ll Be Saturday Night
Dans les années 1990, l’industrie musicale avait pris l’habitude d’inclure quelques chansons inédites dans les compilations de grands succès, incitant ainsi les fans à acheter un album rempli de titres qu’ils possédaient déjà. Le disque de 1994, « Cross Road: The Best of Bon Jovi », proposait deux nouveaux singles : la ballade puissante « Always », qui a atteint le Top 5, et le titre totalement ignoré « Someday I’ll Be Saturday Night ». Le grand public est passé à côté d’une chanson qui orientait le groupe vers une nouvelle direction musicale, tout en revisitant certaines idées explorées à l’apogée du hair metal.
Ce morceau de rock aux influences roots, doucement inspirant, annonçait les futures incursions du groupe dans la musique country — un genre qui a d’ailleurs valu à Bon Jovi son unique Grammy Award en 2007. « Someday I’ll Be Saturday Night » est le successeur spirituel de « Livin’ on a Prayer ». C’est une histoire sobre et empathique sur des personnes malchanceuses. À l’image de Tommy et Gina, les personnages de ce morceau essaient simplement de s’en sortir face à de grandes difficultés. La chanson dénonce les maux de la société tout en offrant de l’espoir ; elle s’adresse aux survivants, comme le souligne son titre singulier.
Something for the Pain
La plupart des célèbres groupes de hair metal des années 1980 se sont séparés ou ont sombré dans l’oubli, mais pas Bon Jovi. Lorsque le mouvement grunge a émergé au début des années 1990, la formation n’a pas disparu. Elle a su rester suffisamment astucieuse pour continuer à évoluer. En 1995, Bon Jovi avait abandonné les artifices du hair metal au profit d’un rock plus direct, assez proche des groupes de rock alternatif calibrés pour la radio de l’époque, mêlé à une touche blues rappelant un Aerosmith alors en pleine résurgence. Malgré cela, « Something for the Pain », extrait de l’album « These Days » paru en 1995, n’a pas percé commercialement, culminant à une modeste 76e place au Hot 100 américain.
La mélodie est propulsée par un riff bluesy-country planant. Si la musique représente la tentative de Bon Jovi de s’approprier le rock alternatif des années 1990, les paroles se moquent consciemment de la nature généralement pessimiste de ce genre. Dans son interprétation vocale, Jon Bon Jovi réclame — et fournit ensuite — un remède contre toutes les mauvaises nouvelles et les attitudes négatives qu’il est fatigué de croiser.
