5 Flops Musicaux des Années 70 Que L’on Adore

par Sophie
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5 Flops Musicaux des Années 70 Que L'on Adore
Divertissement

Il y a un charme indéniable dans un échec authentique. Une œuvre simplement médiocre a tendance à s’effacer des mémoires, mais un véritable flop marque les esprits. Il témoigne d’une prise de risque et d’une véritable tentative. De plus, pour qu’une chanson soit qualifiée ainsi, l’artiste doit déjà jouir d’une certaine notoriété : si une star mondiale comme Cher sort un titre qui fait un four, c’est un flop. Cependant, un échec commercial n’est pas toujours synonyme de mauvaise qualité. Parfois, un morceau sort simplement au mauvais endroit et au mauvais moment. Une chanson qui divise ou ne trouve pas son public peut tout à fait s’avérer être un délice atypique que l’on adore réécouter.

Définir ce qui constitue un flop n’est pas une tâche aisée, car les échecs les plus cuisants sombrent souvent dans l’oubli, seulement chéris par quelques fans inconditionnels. Voici donc une sélection de cinq titres des années 1970 : deux chansons passées inaperçues avant que leurs reprises ne rencontrent le succès, deux morceaux de grandes stars qui n’ont pas atteint les sommets habituels de leurs carrières, et un titre symbolisant une trajectoire musicale qui n’a jamais vraiment décollé.

Muskrat Candlelight — Willis Alan Ramsey

Le titre connu sous le nom de « Muskrat Love » est peut-être le champion absolu des chansons fantaisistes. Sa version la plus célèbre, sortie par le duo Captain and Tennille en 1976, a atteint la quatrième place du classement Billboard. Le duo l’a même interprétée devant la regrettée reine Elizabeth II, qui se serait d’ailleurs assoupie pendant la prestation. Pourtant, cette douce mélodie racontant l’histoire d’amour entre deux rongeurs des marais n’est pas une création originale du duo. Elle a été écrite et enregistrée en premier lieu par un artiste énigmatique du nom de Willis Alan Ramsey, sous le titre « Muskrat Candlelight ».

En 1972, à l’âge de 21 ans, le jeune chanteur sort son unique album à ce jour, sobrement intitulé « Willis Alan Ramsey ». On y trouve une interprétation encore plus tendre de cette chanson. L’album s’est bien vendu et a tellement séduit Lyle Lovett que ce dernier collaborera avec Willis Alan Ramsey plus de vingt ans plus tard. Toutefois, « Muskrat Candlelight » n’a attiré l’attention du grand public qu’après avoir été reprise par le groupe America, puis par Captain and Tennille. Il s’agit d’une œuvre touchante, portée par un musicien de talent dont la voix parvient à faire vivre cette étrange parabole romantique sur des campagnols amphibies. Pour son créateur, l’essentiel n’était peut-être pas la gloire, mais simplement l’histoire de deux jeunes rats musqués découvrant l’amour à la lueur d’une bougie.

I Want You to Want Me — Cheap Trick

Il serait injuste de réduire Cheap Trick à l’étiquette de groupe d’un seul tube, mais il est indéniable qu’une de leurs chansons surpasse largement le reste de leur discographie en termes de popularité. Cet hymne power-pop exprime le désir intense de voir ses sentiments partagés. C’est la version enregistrée en direct lors de leur concert à l’arène Budokan de Tokyo qui a véritablement explosé, propulsant les ventes de l’album live aux États-Unis. Le groupe connaissait déjà un grand succès au Japon, d’où ce concert tokyoïte. Cependant, il s’agissait en réalité de leur troisième tentative avec ce titre.

Cheap Trick avait déjà enregistré la chanson à deux reprises avant le concert au Budokan : une première version aux accents punk restée dans les tiroirs pendant des décennies, et une seconde, curieusement paisible avec une introduction au violon, pour l’album « In Color ». Cette dernière n’est pas mauvaise, mais elle diffère tellement de la version live — celle qui semble être la « vraie » — qu’elle donne l’impression d’être une reprise décalée. L’introduction au violon a d’ailleurs son charme une fois que l’on accepte le concept. Cet enregistrement studio n’a pas rencontré le succès escompté sur le sol américain. C’est finalement la sortie de l’album live à Budokan qui a révélé aux États-Unis toute l’énergie de ce morceau, assurant ainsi la fortune du groupe.

You Got It — Diana Ross

Diana Ross chantant sur scène dans une robe à paillettes
Diana Ross en concert.

En 1970, Diana Ross a pris un risque majeur : la chanteuse, devenue célèbre en tant que leader des Supremes, a décidé de se lancer dans une carrière solo. Bien que cette transition ait été couronnée de succès, la fin des années 1970 s’est avérée plus compliquée pour l’artiste au tempérament imprévisible. Au cinéma, elle a joué dans les films « Mahogany » et « The Wiz », qui se sont révélés être des échecs critiques. Ses sorties musicales ne s’en sortaient pas beaucoup mieux. Le titre « You Got It », sorti en 1978, en est le parfait exemple : bien que sa 49e place dans les classements américains puisse paraître honorable, c’était un véritable revers pour une star de son envergure. Néanmoins, le morceau se révèle séduisant, mettant en valeur la maîtrise vocale de la chanteuse dans les aigus et les nuances de douceur. La progression de la chanson est également remarquable, commençant dans l’intimité pour s’achever sur une orchestration beaucoup plus ample.

L’album « Baby It’s Me », sur lequel figure cette piste, illustrait parfaitement cette période de passage à vide. Les ventes restaient correctes et quelques singles ont réussi à se classer, la notoriété de Diana Ross lui assurant toujours le soutien d’une base de fans fidèles. Cependant, pour un observateur de l’époque qui ignorait le triomphe fulgurant qu’allait être l’album « Diana » en 1980, cette performance en demi-teinte donnait l’impression d’une carrière en chute libre. Avec un timing différent, « You Got It » aurait sans doute connu un bien meilleur destin.

I’d Rather Believe in You — Cher

La fin de la décennie a frappé Cher de plein fouet. Divorcée de Sonny Bono — qui estimait apparemment être le véritable moteur de leur duo —, la star s’est retrouvée ruinée selon les standards hollywoodiens. Sa carrière musicale battait tellement de l’aile que deux de ses albums, « I’d Rather Believe in You » en 1976 et « Cherished » en 1977, ne sont même pas parvenus à intégrer les classements des ventes. Fait regrettable, le morceau titre du premier album n’a même pas été exploité en tant que single. Bien que les choristes aient tendance à légèrement empiéter sur l’espace vocal de la chanteuse, le titre est une indéniable réussite. Cher y chante dans un registre un peu plus aigu qu’à son habitude, avec un excellent résultat. Les paroles, qui évoquent le fait de croire son amant plutôt que les rumeurs à son sujet, abordent une thématique rarement explorée en musique, s’apparentant à une version plus affirmée du classique « Stand By Your Man ».

L’histoire a prouvé que la carrière de Cher était loin d’être terminée. Elle s’est tournée vers le cinéma, remportant un Oscar pour son rôle dans le film « Éclair de lune », avant d’enchaîner avec cinq succès classés dans le top 10 du Billboard après cette traversée du désert. Quant à Sonny Bono, sa carrière dans le monde du spectacle a tellement décliné qu’il a fini par se présenter au Congrès et rejoindre Washington, une ville souvent ironiquement décrite comme le Hollywood des personnes dépourvues de glamour.

Morning Star Ship — Jobriath

Jobriath était destiné à devenir une star immense. Ce chanteur glam rock, ouvertement homosexuel, avait été repéré par un dirigeant de studio pour devenir une icône de la pop, signant au passage un contrat initial colossal. La stratégie consistait en partie à mettre en avant son orientation sexuelle pour en faire un atout séduction. Malheureusement, au moment où son premier album éponyme est sorti, l’artiste avait subi une surmédiatisation. Poussé à l’exagération scénique à une époque où le grand public restait méfiant envers les artistes ouvertement queers, la moindre faiblesse musicale ne lui serait pas pardonnée. L’album a fait un flop retentissant, et si certains titres étaient objectivement mauvais, « Morning Star Ship » faisait partie des belles réussites.

Il s’agit d’une chanson pop délicatement psychédélique et très bien construite, racontant curieusement l’histoire d’une fille. Le morceau capture parfaitement l’essence de son époque sans jamais sonner comme un simple pastiche. Si Jobriath s’était concentré sur ses points forts, avec des performances vocales maîtrisées et des mélodies claires, il aurait pu connaître un destin différent. Tragiquement, il n’a pas eu l’opportunité de s’offrir un retour triomphal à la manière de Cher. Faisant partie des premières personnalités publiques à succomber au sida, il est tombé malade en 1981, au moment où la maladie commençait tout juste à alerter la communauté scientifique, et s’est éteint à l’été 1983. Ce triste épilogue n’a pas empêché Morrissey, grand admirateur mais visiblement mal informé, de tenter de l’engager pour l’accompagner sur une tournée en 1992.

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