Sommaire
Pour certains adolescents, peu importe la décennie, le lycée est une épreuve à endurer avant de pouvoir tourner la page le plus vite possible. Pour d’autres, c’est une période formatrice, marquante et profondément positive. C’est là que certains rencontrent leur futur conjoint et que beaucoup nouent des amitiés qui dureront toute une vie. Dans les années 1960, l’éducation des lycéens ne se limitait pas aux salles de classe. Entre les cours de mathématiques et d’histoire, ils étaient plongés dans une musique incroyable qui offre aujourd’hui aux baby-boomers de quoi se vanter légitimement.

Bon nombre des immenses succès de cette décennie — et il y en a eu des centaines — ont traversé le temps en grande partie parce qu’ils ont laissé une empreinte indélébile sur les lycéens de l’époque. Le public adolescent a propulsé ces chansons au sommet des classements et, devenus adultes, les baby-boomers ont continué à les chérir.
Cette musique nourrissait des discussions interminables entre fans, rapprochait les amoureux du lycée, et ces singles à succès servaient de tremplin pour collectionner les albums avec soin, déclenchant des passions pour des genres musicaux tout entiers. Voici une sélection de quelques morceaux des années 60 qui, selon nous, replongeront instantanément les baby-boomers dans leurs années lycée avec une vague d’émotion.
To Sir, With Love — Lulu
La chanteuse écossaise Lulu était déjà une star au Royaume-Uni grâce à son tube entraînant « Shout » sorti en 1964, mais elle allait atteindre une renommée mondiale trois ans plus tard avec la douce ballade « To Sir, With Love ». Intégrée à la bande originale du film éponyme mettant en vedette Sidney Poitier et, à l’autre bout de l’affiche, une Lulu encore adolescente, la chanson prenait la forme d’un adieu à un professeur adoré.
Composée sur une mélodie de Mark London et sublimée par les paroles sincères de Don Black, « To Sir, With Love » a été bouclée en quelques jours seulement, mais son impact fut colossal. Elle mettait des mots sur les coups de cœur que des millions de lycéens éprouvaient pour leurs professeurs, ces derniers observant leur transition « des crayons de couleur au parfum ». Les adolescents, véritables boules d’hormones, pouvaient s’égosiller sur ces vers : « Si tu voulais la lune / J’essaierais de commencer / Mais je préférerais que tu me laisses t’offrir mon cœur. »
Avec le recul du 21e siècle et des yeux d’adultes, ces paroles pourraient sembler un brin problématiques, mais ce n’était pas le cas en 1967. « To Sir, With Love » est restée numéro un aux États-Unis pendant cinq semaines. Les parents qui voyaient leurs enfants se pâmer devant leurs professeurs trouvaient cela bien inoffensif, surtout en comparaison avec d’autres chansons controversées sorties à peine quelques années plus tard. Aujourd’hui, les baby-boomers qui réécoutent cette ravissante ballade peuvent se remémorer avec tendresse l’innocence de leur jeunesse et leurs premières expériences amoureuses.
I Want to Hold Your Hand — The Beatles
Il est impossible de sous-estimer l’impact sismique que John, Paul, George et Ringo ont eu, non seulement sur le monde de la musique, mais aussi sur les lycéens des années 60 qui ont découvert le quatuor de Liverpool. Conçue spécifiquement pour aider le groupe à percer sur le marché nord-américain, « I Want to Hold Your Hand » a dépassé les rêves les plus fous de leur manager Brian Epstein, trônant au sommet du Billboard Hot 100 pendant sept semaines en 1964.
La composition signée Lennon-McCartney brillait par sa douce simplicité, et les adolescents s’en délectaient de chaque mot. Pour tout jeune perdant ses moyens lors d’un bal de fin d’année, les paroles offraient une façon poétique d’avouer ses sentiments à l’élu(e) de son cœur ; le refrain pétillant se transformait en la plus sincère des requêtes.
Les baby-boomers qui ont eu la chance de voir les « Fab Four » jouer en direct à leurs débuts ont pu hurler à pleins poumons sur ce tube planétaire. Même si l’on ne réalisait pas encore le statut mythique que les Beatles allaient acquérir, on savait que ce groupe nous avait accrochés, et que c’était parti pour durer. Quelques décennies plus tard, certains affirment que « I Want to Hold Your Hand » est en réalité plus audacieuse que ses paroles innocentes ne le laissent paraître. Évidemment. Pourquoi croyez-vous qu’on l’aimait tant ?
White Room — Cream
Il est facile de s’imaginer que les années 60 n’étaient que soleil et fleurs pour les lycéens, mais beaucoup d’entre nous étaient aussi frustrés, perdus ou tout simplement tristes face à la vie. Si la surabondance de musique pop de la décennie n’offrait pas toujours d’exutoire, Eric Clapton, Jack Bruce et Ginger Baker, qui ont formé le supergroupe Cream, ont su combler ce vide.
« White Room » ouvrait le double album « Wheels of Fire » du groupe de rock progressif en 1968, et reflétait le tourment émotionnel de Pete Brown, hésitant entre continuer à écrire des paroles de chansons ou retourner à la poésie. Écrite dans une véritable pièce blanche, la chanson ressemble davantage à un poème abstrait qu’à des paroles classiques. Mais pour quiconque traversait des périodes difficiles (et parfois, la vie n’était jamais aussi compliquée qu’au lycée), c’était la bande-son parfaite.
Elle montrait aussi que tout n’était pas perdu. « Je suis entré dans une période si triste / À la gare / En sortant, j’ai senti mon propre besoin / Tout juste commencer. » Les baby-boomers qui ont réussi à surmonter leurs épreuves personnelles peuvent écouter « White Room » avec une oreille nouvelle et plus optimiste, se connectant au sentiment d’espoir qui s’élève avec le solo de guitare final d’Eric Clapton. Si le groupe Cream n’a duré que quelques années, « White Room » est un cadeau intemporel.
Whiter Shade of Pale — Procol Harum
De nombreux groupes ont cartonné avec leur premier single dans les années 60, et si la plupart exploraient le thème de l’amour, ce n’était pas le cas pour tous. Lorsque « Whiter Shade of Pale » de Procol Harum a débarqué chez les disquaires en 1967, personne ne comprenait de quoi il retournait. Néanmoins, le titre s’est imposé dans la bande-son éclectique du « Summer of Love », et qui n’est pas tombé instantanément sous le charme de cet orgue entêtant ?
Des décennies plus tard, nous sommes toujours dans le flou quant à l’histoire qu’elle raconte, si tant est qu’il y en ait eu une au départ. Nous savons en revanche que le compositeur Jean-Sébastien Bach a inspiré la mélodie, par l’entremise de Gary Brooker, et que « Whiter Shade of Pale » a touché une corde sensible chez de nombreux lycéens. « Elle est arrivée pile au bon moment, et signifiait tellement pour tant de gens à une période formatrice », confiait-il au magazine Prog. « Aujourd’hui, les plus jeunes l’écoutent et elle résonne toujours avec autant d’atmosphère. Elle reflète une époque qu’ils auraient peut-être aimé vivre. »
Nous sommes convaincus que beaucoup de baby-boomers partageraient ce constat, mais il y a une raison encore meilleure pour laquelle nous repensons à ce morceau de quatre minutes avec autant de tendresse. Certains se souviennent que les bals du lycée se clôturaient sur « Whiter Shade of Pale », le slow parfait (plus long que la moyenne des chansons pop à la radio) pour se rapprocher de la fille ou du garçon de ses rêves.
In My Room — The Beach Boys
« Il y a un monde où je peux aller confier mes secrets » : en matière de première phrase de chanson, « In My Room » des Beach Boys parlait à tous les lycéens qui aspiraient à avoir leur propre espace. Sortie en face B en 1963, elle réunissait tous les ingrédients essentiels d’un morceau des Beach Boys : de magnifiques harmonies vocales superposées et une mélodie délicieuse. Mais c’est l’écriture poignante et courageuse de Brian Wilson qui est allée bien au-delà de ce qu’il aurait pu imaginer.
Dans notre jeunesse, nous étions époustouflés par ces paroles intimes et incroyablement personnelles — les gens ne disaient tout simplement pas ce genre de choses dans les chansons à l’époque, et encore moins les hommes. « In My Room » a prouvé aux jeunes amateurs de musique que les Beach Boys ne se résumaient pas au surf et aux filles. Ce message allait d’ailleurs être renforcé trois ans plus tard avec la sortie du révolutionnaire album « Pet Sounds ».
En écoutant « In My Room » à l’âge adulte, la chanson prend une toute autre dimension. Elle reste un joyau dans la couronne de l’écriture de Wilson, mais elle acquiert une tout autre profondeur lorsqu’on la met en perspective avec le déclin de sa santé mentale et ses expériences liées à la toxicomanie. Nous pouvons laisser « In My Room » nous submerger comme une vague et savourer son élégance, tout en nous souvenant du meilleur de l’homme qui l’a créée.
