Si vous êtes un amateur de musique live, vous savez sans doute que la qualité sonore peut faire toute la différence lors d’un concert. Entre les mauvais mixages et les catastrophes techniques complètes, certains problèmes de son suffisent à faire quitter la scène aux musiciens, transformant le spectacle en chaos. À moins de faire du playback, il est presque impossible pour les chanteurs d’offrir une prestation de qualité s’ils ne s’entendent pas chanter.

C’est là que l’oreillette entre en jeu. Vous avez peut-être déjà vu votre artiste préféré en porter une lors d’un concert, la confondant avec une prothèse auditive ou un écouteur Bluetooth. Bien que de taille similaire, ce petit appareil niché dans leur oreille est en réalité un moniteur intra-auriculaire (ou IEM, pour In-Ear Monitor). Ce dispositif leur permet de s’entendre clairement.
Sans cette petite mais puissante oreillette, ils ne pourraient s’entendre qu’à travers le système de haut-parleurs principal, ce qui est extrêmement difficile au milieu d’une foule de fans hurlants. La prochaine fois que vous assisterez à un concert, repérez cet accessoire indispensable. Sans lui, votre chanteur favori risquerait fort de chanter faux.
Avant l’ère de l’oreillette

Bien que la plupart des artistes d’aujourd’hui ne montent pas sur scène sans elles, les oreillettes n’ont pas toujours existé. La toute première version remonte à 1965, lorsque Stephen Ambrose, alors âgé de 13 ans, a conçu un moniteur intra-auriculaire artisanal inspiré des bouchons d’oreille de natation. Cependant, il a fallu attendre les années 1980 pour que cette innovation soit adoptée par des artistes comme Stevie Wonder, Diana Ross ou Simon & Garfunkel.
Avant l’oreillette, de nombreux artistes comptaient sur de petits haut-parleurs posés au sol, appelés « retours de scène » ou « wedges » (coins), apparus dans les années 1960. Ces enceintes en forme de coin étaient placées sur le devant de la scène, orientées vers les artistes plutôt que vers le public. En 1961, Judy Garland fut la première artiste connue à utiliser ce système lors de son concert au San Francisco Civic Auditorium.
Peu après, lors d’un concert dans un stade d’Atlanta en 1965, les Beatles ont utilisé des retours de scène pour la première fois. Enfin capable de s’entendre par-dessus les cris hystériques de la Beatlemania, Paul McCartney s’était exclamé au milieu du concert : « C’est fort, n’est-ce pas ? Génial ! » (selon Beatles Bible). D’autres groupes comme les Who ont rapidement suivi le mouvement, utilisant ces moniteurs de scène à la fin des années 1960 et dans les années 1970.
La révolution des moniteurs intra-auriculaires

Les retours au sol ont fonctionné un temps (et sont encore utilisés aujourd’hui), mais ils présentaient de nombreux problèmes, notamment des risques de dommages auditifs et une qualité sonore médiocre. De plus, ils n’étaient pas assez compacts pour être transportés facilement. L’alternative a émergé dans les années 1980 lorsque l’innovateur audio Marty Garcia s’est associé à Todd Rundgren du groupe Utopia pour créer des écouteurs sur mesure.
En 1985, Utopia est devenu le premier groupe à remplacer les retours au sol par des moniteurs auriculaires sur scène. Stevie Wonder fut quant à lui le premier à arborer une version sans fil développée par son ingénieur du son, Chrys Lindop. En modifiant le design de 1965 de Stephen Ambrose, Lindop a utilisé un transmetteur FM pour créer ce nouveau modèle.
En 1995, Jerry Harvey, l’ingénieur de retour de Van Halen, a inventé un moniteur intra-auriculaire à deux transducteurs pour le batteur Alex Van Halen, dont l’audition souffrait à cause des amplis et des retours de scène trop bruyants. Ces oreillettes innovantes ont rapidement gagné en popularité. Lors d’une tournée avec Van Halen, les membres du groupe Skid Row auraient même offert 3 000 dollars chacun (environ 2 800 euros) pour obtenir leurs propres moniteurs intra-auriculaires.
De nos jours, les oreillettes sont devenues monnaie courante et sont accessibles à des prix plus raisonnables pour les musiciens amateurs. Elles sont utilisées religieusement par des stars comme Taylor Swift, dont les écouteurs lui permettent non seulement de s’entendre, mais aussi de recevoir des comptes à rebours et des indications scéniques. Au-delà de leurs avantages techniques, les oreillettes sont devenues un accessoire de mode à part entière, avec des artistes comme Ariana Grande arborant des modèles incrustés de bijoux. Alliant fonction et esthétique, les in-ear monitors permettent à vos chanteurs préférés de garder le rythme tout en soignant leur look.
