Le festival de cinéma de la Berlinale 2026 s’ouvre dans un climat de tension inattendu. Une simple question posée par un journaliste aux membres du jury, concernant la situation en Israël et dans la bande de Gaza, a suffi à déclencher une première controverse majeure. L’interrogation portait spécifiquement sur le soutien affiché par l’Allemagne à Israël, en dépit de l’offensive militaire en cours à Gaza.
La réaction du jury ne s’est pas fait attendre. Wim Wenders, célèbre réalisateur allemand et Palme d’or à Cannes en 1984, a tenu à marquer une distance nette. Il a affirmé que le jury devait rester en dehors de la politique, qualifiant l’art de « contrepoids » et d’opposé à cette sphère. De son côté, la productrice polonaise Ewa Puszczynska a jugé la question « un peu injuste », soulignant que chaque membre pouvait avoir ses propres préoccupations et décisions individuelles.
Une position jugée inacceptable par Arundhati Roy
Cette volonté de dissocier l’art de la politique a provoqué une vive indignation chez l’écrivaine indienne Arundhati Roy. Dans une déclaration, elle a qualifié de « sidérante » l’idée que l’art ne devrait pas être politique. Elle a dénoncé la situation à Gaza comme un génocide perpétré par l’État d’Israël et a averti que l’histoire jugerait les artistes gardant le silence.
Se disant « choquée et écœurée » par les propos de Wim Wenders, l’auteure du Dieu des Petits Riens a pris une décision radicale. Elle a annulé sa venue au festival, où elle devait initialement présenter, en tant qu’invitée, une version restaurée du film de 1989 In Which Annie Gives It Those Ones, dont elle est la scénariste et l’actrice.
Retraits de films et solidarité
La polémique ne s’arrête pas au départ de l’écrivaine. La direction de la Berlinale a confirmé le retrait de deux œuvres restaurées d’une sélection annexe : Sad Song of Touha de l’Égyptienne Atteyat Al Abnoudy et The Dislocation of Amber du Soudanais Hussein Shariffe. Ces retraits ont été décidés conjointement par la Cimatheque du Caire et les familles des réalisateurs défunts.
La Cimatheque a précisé que cette démarche visait à exprimer une solidarité envers le cinéma palestinien. Interrogée sur ces défections, la direction du festival a déclaré respecter ces choix tout en regrettant l’absence de ces œuvres qui auraient pu enrichir le débat.
Le contexte politique allemand pèse lourdement sur l’événement. En raison de sa responsabilité historique liée à la Shoah, l’Allemagne demeure l’un des soutiens les plus fermes d’Israël. Depuis les attaques du 7 octobre 2023 et la riposte militaire qui a suivi, la Berlinale, institution culturelle phare soutenue par le gouvernement, se retrouve régulièrement ébranlée par les répercussions de ce conflit.
