Doit-on encore fabriquer des violons neufs en 2026 ?

par Olivier
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Doit-on encore fabriquer des violons neufs en 2026 ?

L’essentiel

  • Le concours international de lutherie s’est tenu ce week-end à Paris.
  • Alors que les violons anciens atteignent des prix faramineux, la lutherie contemporaine reste indispensable.
  • La qualité de la lutherie actuelle n’a jamais été aussi élevée grâce à la circulation des savoirs entre luthiers du monde entier.

À l’heure où l’intelligence artificielle compose des symphonies en quelques secondes et où l’impression 3D atteint une précision nanométrique, la question peut paraître provocante : est-il encore pertinent de façonner des violons à la main en 2026 ? Face aux chefs‑d’œuvre du XVIIIe siècle qui trônent dans les musées et aux prouesses technologiques, le luthier semble parfois un anachronisme vivant.

Cette interrogation n’a pas découragé les candidats au premier prix du Concours International de Lutherie, organisé ce week‑end à la Philharmonie de Paris. Le jeune concours a décerné ses récompenses et distingué des « Talents de demain », parmi lesquels l’école nationale de lutherie de Mirecourt (liste des Talents de demain).

Le prix de l’ancien

Avec la profusion d’instruments anciens d’excellente facture, on peut se demander s’il faut encore fabriquer des violons neufs. Certains violons et violoncelles restent joués plusieurs siècles après leur création : pourquoi produire davantage quand il en existe déjà tant ?

Pour Raphaël Pidoux, violoncelliste de renommée internationale (profil), la question est sans ambiguïté :

« Les vieux instruments sont devenus trop chers. Les musiciens sont démunis, ils ne peuvent plus jouer sur des instruments à la hauteur de leur talent. Faire vivre la lutherie contemporaine est la seule possibilité pour les musiciens de jouer sur de bons instruments abordables. »

Les très vieux violons font en effet l’objet de spéculation sur un marché délirant : d’excellents instruments appartiennent à de grandes fortunes, qui les prêtent parfois à quelques interprètes. Pour la majorité des musiciens, il reste indispensable de trouver ou de faire fabriquer un instrument adapté.

La qualité du neuf

La lutherie contemporaine tire aussi sa légitimité de la qualité de sa production. « La lutherie n’a jamais été aussi bonne que celle d’aujourd’hui », affirme Jean‑Philippe Echard, conservateur en charge des instruments à cordes au Musée de la musique (profil) à Paris. Selon lui, la circulation de l’information entre continents et la communication entre luthiers ont élevé le niveau général.

Le conservateur, spécialiste des instruments anciens, déplore le culte entourant les Stradivarius : « Le mythe de Stradivarius fait du tort. Dans la tête des gens, ce sont les seuls bons violons. Bien sûr, ce sont des instruments d’une qualité extraordinaire. Mais pas tous les Stradivarius. Et surtout, ce ne sont pas les seuls… Les instruments d’aujourd’hui sont meilleurs pour certains. La réputation de Stradivarius dévalue le travail des luthiers d’aujourd’hui. »

Du bois (de synthèse) dont on fait les violons

Les luthiers du XXIe siècle disposent d’outils et de connaissances qui échappaient aux contemporains de Vivaldi. « En lutherie, la part d’innovation est dans les détails, ce sont des choses qui ne se voient pas à l’œil nu », explique Jean‑Philippe Echard. Les formes extérieures des instruments sont stabilisées après des siècles d’évolution, mais les recherches portent sur le rapport au matériau et sur l’adaptation du geste du luthier au bois sculpté.

Au‑delà de la production industrielle de violons « bon marché » désormais réalisables en polymère par impression 3D, certains ateliers expérimentent des matériaux alternatifs, comme la fibre de lin, afin d’explorer de nouvelles voies tout en conservant l’exigence sonore.

Être d’époque, mais laquelle ?

Argument presque philosophique : « Depuis l’époque de Vivaldi jusqu’à aujourd’hui, les musiciens se commandent des instruments », rappelle Raphaël Pidoux. Les instruments d’époque sont aussi ceux de notre époque. Certes, jouer sur un vieux violon est un privilège — plus un instrument est joué, plus il gagne en qualités — mais pour qu’il reste des instruments anciens dans cent ans, il faut que des instruments soient fabriqués et joués aujourd’hui.

Personne parmi les musiciens ne tourne le dos aux instruments anciens. Pour Jean‑Philippe Echard, leur survie est presque miraculeuse :

« Les instruments vieux de plusieurs siècles ont été soignés et entretenus et ont duré. C’est fantastique, à l’heure de l’obsolescence des objets qui nous entourent, qu’il y ait encore des machines qui nous font vibrer depuis trois siècles. Ce rapport à l’émotion, à la sensibilité, ça fait du bien. »

Pour préserver ces violons ancestraux, il faut des luthiers à la fois fabricants et réparateurs : entretenir les instruments anciens nourrit leur savoir‑faire de facteur, et l’activité de fabrication contemporaine profite des connaissances accumulées par la restauration. La vivacité de ce secteur artisanal, et la possibilité de « vivre sa vie lentement, entouré d’objets faits à la main », restent pour beaucoup une source d’inspiration.

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