Groupes de rock des années 70 séparés juste avant la gloire

par Sophie
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Groupes de rock des années 70 séparés juste avant la gloire
Divertissement

Presque tous les membres d’un groupe de rock rêvent de percer et de connaître un succès retentissant. Si certains parviennent à s’imposer durablement sur le plan commercial et critique, d’innombrables autres n’ont pas cette chance. De nombreuses formations qui ont émergé et atteint leur apogée dans les années 1970 se sont séparées d’une manière qui les a rendues fondamentales dans l’histoire du rock, mais la plupart n’ont récolté leurs lauriers que rétrospectivement.

Eric Clapton assis avec une guitare acoustique
Eric Clapton, figure emblématique de la scène rock des années 70.

À l’instar des grands noms immédiatement célèbres de cette décennie, ces groupes ont écrit d’excellentes chansons, donné de nombreux concerts et même décroché des contrats d’enregistrement. Pourtant, rien de tout cela n’a suffi à les propulser sous le feu des projecteurs alors qu’ils étaient encore en activité. Les raisons de ces séparations sont multiples, l’échec commercial restant la principale cause. Plusieurs formations notables des années 70 se sont dissoutes, parfois dans des circonstances tragiques, avant de pouvoir profiter des éloges et des ventes de disques qui leur reviendraient plus tard. D’autres ont simplement jeté l’éponge avant de pouvoir trouver leur place dans une industrie musicale alors particulièrement chaotique.

Joy Division : une fin tragique à l’aube du succès américain

Avec son esthétique sonore sombre et dépouillée, Joy Division a réduit la musique rock à sa plus simple expression, offrant l’accompagnement parfait pour les textes tristes, gothiques et envoûtants de son chanteur Ian Curtis. À l’avant-garde de la scène post-punk britannique de la fin des années 70, le groupe a sorti quelques singles isolés avant que son premier album complet, Unknown Pleasures, n’arrive dans les bacs en juin 1979. Bon nombre de ses morceaux, tels que Shadowplay, She’s Lost Control et Disorder, sont devenus les titres les plus connus de la formation, inspirant indirectement le rock alternatif et la vague gothique des années 80.

Unknown Pleasures a connu un succès modeste, se hissant au sommet du classement de la musique indépendante au Royaume-Uni. Joy Division s’attendait alors à gagner considérablement en popularité, ou du moins en visibilité, grâce à une tournée prévue sur le vaste marché américain. Programmée pour mai 1980, cette tournée n’a jamais eu lieu : juste avant le départ du groupe pour l’Angleterre, Ian Curtis a été retrouvé mort par suicide. Âgé de 23 ans, il luttait contre des problèmes de santé mentale, notamment la dépression et des sautes d’humeur, tout en prenant de puissants médicaments sur ordonnance pour traiter son épilepsie.

L’aventure Joy Division s’est achevée avec la disparition de son leader. Un dernier album, Closer, est sorti en juillet 1980, peu après la publication de leur titre phare, Love Will Tear Us Apart. Les membres restants se sont ensuite reformés sous un nouveau nom, New Order, s’orientant vers une musique plus pop et électronique.

Big Star : les pionniers méconnus de la power pop

L’influence de Big Star sur la musique des années 70 est si marquante qu’une reprise de leur chanson In the Street, sortie en 1972, a servi de générique à la célèbre sitcom That ’70s Show. Pourtant, contrairement à ce que laisse entendre la série, très peu d’adolescents de l’époque écoutaient réellement leurs disques. Ce groupe originaire de Memphis, codirigé par l’auteur-compositeur-interprète Chris Bell et l’ancienne jeune vedette Alex Chilton, a enregistré trois albums au cours de la décennie, tous victimes de problèmes de distribution et d’une mauvaise gestion de leur label.

Le premier opus, #1 Record, a été salué par la presse en 1972. Bien qu’il se soit mal vendu, il a contribué à inventer la power pop, un sous-genre du rock caractérisé par un son puissant, des refrains accrocheurs, des codes empruntés au hard-rock et des guitares résonnantes. Frustré, Chris Bell a quitté Big Star en 1972, suivi par le bassiste Andy Hummel après la sortie de Radio City en 1974. Alex Chilton et le batteur Jody Stephens se sont alors retrouvés seuls pour enregistrer un album que le label Stax a finalement décidé de ne pas publier.

Ce disque, Third/Sister Lovers, n’a vu le jour qu’en 1978, bien après la séparation de Big Star. Cependant, ceux qui ont réussi à écouter leurs albums ont souvent formé à leur tour des groupes intégrant les leçons musicales héritées de la formation de Memphis. Des membres de R.E.M. et des Bangles se revendiquent comme des fans absolus, tandis que les Replacements ont poussé l’admiration jusqu’à enregistrer une chanson hommage sobrement intitulée Alex Chilton.

Derek and the Dominos : l’implosion avant la consécration de Layla

Même les amateurs occasionnels de rock connaissent le titre Layla. En 1970, un groupe répondant au nom de Derek and the Dominos a sorti ce qui s’avérera être son unique album studio, Layla and Other Assorted Love Songs. Outre le classique Bell Bottom Blues, toujours très diffusé à la radio, le disque a engendré le célèbre single Layla. Cette épopée musicale est finalement devenue l’une des œuvres les plus acclamées des années 70, régulièrement citée dans les palmarès et utilisée des dizaines de fois au cinéma et à la télévision.

La première partie de la chanson raconte une histoire de colère et de frustration liée à un amour non partagé, portée par les prouesses à la guitare du virtuose Eric Clapton. La seconde partie, créditée au batteur Jim Gordon, offre un morceau instrumental au piano, doux et introspectif. Pourtant, ni Bell Bottom Blues ni Layla n’ont atteint le Top 40 américain à leur sortie. Le projet a fini par s’effondrer de l’intérieur.

Lors de l’enregistrement de ce qui aurait dû être leur deuxième album, Jim Gordon a passé cinq heures à accorder sa batterie, s’attirant les foudres d’un Eric Clapton déjà passablement agacé, surtout lorsque le batteur a proposé d’accorder la guitare de ce dernier. Furieux, Eric Clapton a quitté le studio en trombe, jurant de ne plus jamais jouer avec Jim Gordon. Peu de temps après, le décès du membre Duane Allman en octobre 1971 a définitivement enterré tout espoir de reformation. Ce n’est qu’après la dissolution du groupe que Layla a entamé une nouvelle ascension dans le Hot 100, atteignant la 12e place, rencontrant enfin un public massif et recevant les louanges qu’elle méritait.

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