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Retour sur un phénomène des années 80: des groupes qui, grâce à un seul titre massif, ont rebondi sur le devant de la scène et revu leur destin. Tour par tour, cinq formations emblématiques ont connu un regain de pertinence et de succès grâce à un morceau devenu culte.

Men at Work
Avec ses flûtes et sa saxophone, soutenus par des riffs de guitare entraînants et les voix criardes du chanteur principal Colin Hay, aucun autre groupe des années 80 ne ressemblait à Men at Work. Formé en Australie à la fin des années 70, le groupe s’est forgé une réputation grâce à de longues tournées et a rapidement connu un succès majeur avec le morceau accrocheur de paranoïa « Who Can It Be Now? », premier extrait de l’album « Business as Usual ». Le titre est sorti aux États‑Unis en 1982 et a d’abord reçu peu de réactions. Columbia Records n’imprimait initialement que 7 700 exemplaires de l’album. Mais MTV, à peine âgé d’un an, a commencé à diffuser le clip à petit budget de « Who Can It Be Now? » et, en dépit d’un faible passage radio, les ventes de l’album ont décollé grâce à sa rotation. En octobre 1982, le single atteint la première place du classement pop américain. Le suivant, « Down Under », hommage à l’orgueil australien, a également culminé au sommet. D’autres singles ont ensuite grimpé le palmarès américain, notamment « Overkill », « It’s a Mistake » et « Dr. Heckyll and Mr. Jive ». Tous les albums studio du groupe recevront au moins la certification d’or aux États‑Unis.
Heart
Connu pour ses classiques du rock tel que « Crazy on You », « Magic Man » et « Dreamboat Annie », le souffle d’influence et de viabilité commerciale d’Heart ne dure que quatre ans, de 1976 à 1980, lorsqu’un de ses derniers hits Top 10, « Tell It Like It Is », le propulse encore au sommet. Puis, pendant environ cinq ans, le groupe, mené par les sœurs Ann et Nancy Wilson, s’éclipse des projecteurs. Pour regagner le devant de la scène et remplir les arènes de nouveau, Heart adopte des synthétiseurs, une production lourde, des auteurs extérieurs et des power ballads mélodramatiques, se transformant totalement d’un groupe hard rock en un phénomène soft rock. L’un de ses premiers essais dans ce nouveau style: 1985’s « What About Love? », reprise d’une chanson écrite pour le groupe canadien Toronto, qui atteint le Top 10. Le reste des années 80 est marqué par des réussites similaires, dont « Never », « These Dreams » et « Alone », ce dernier atteignant la première place.
Starship
L’histoire de Jefferson Starship est celle de l’adaptation. Dans les années 60, le groupe est connu sous le nom de Jefferson Airplane, l’un des ensembles les plus nerveux du rock psychédélique. À partir du milieu des années 70, le duo Hot Tuna, projet blues‑rock adjacent, connaît un tel succès que Jack Casady et Jorma Kaukonen s’éloignent de Jefferson Airplane, laissant les survivants suivre une direction alignée sur l’album solo de Paul Kantner, « Blows Against the Empire », et un changement de nom en Jefferson Starship. Le groupe devient plus pop et plus commercial à mesure que les années 70 et 80 avancent, au point où Kantner quitte et engage des actions en justice pour empêcher ses ex‑confrères d’utiliser le nom « Jefferson ». En 1985, Starship naît presque entièrement et, loin du son des années 60, opte pour une approche pop surproduite. Leur premier grand succès est l’album Knee Deep in the Hoopla et son morceau phare: « We Built This City », décrit comme une ballade auto‑félicitante et parfois considérée comme l’une des pires chansons des années 80, mais qui ouvre une nouvelle ère pour les membres du groupe. Peu après, la ballade générique « Sara » devient le deuxième hit important. Finalement, les deux titres atteignent le No. 1 du classement pop. À la fin des années 80, Starship connaît encore quatre passages dans le Top 40, y compris avec le tube « Nothing’s Gonna Stop Us Now ».
The Cure
Le Cure évolue depuis plus d’une décennie avant d’obtenir son premier vrai succès aux États‑Unis. Fondé en 1976 par le chanteur et guitariste Robert Smith avec le batteur/pianiste Lol Tolhurst et le guitariste Porl Thompson, le groupe passe d’un post‑punk dépouillé à une sonorité riche et synthétique, explorant des émotions profondes et complexes. Cette approche fait du groupe une icône de la scène gothique naissante. Le groupe peut aussi être ludique, comme sur le face‑b love song de 1987 « Just Like Heaven », écrite par Smith pour et sur sa femme. Sans perdre son public fidèle, le Cure finit par toucher le grand public; gothique mais pop, « Just Like Heaven » culminant au No. 40 du Hot 100. Après ce succès, le Cure demeure aussi populaire que respecté, devenant l’un des groupes phares de l’alternative rock des années 1980 et du début des années 1990. Moins de deux ans après l’apogée de « Just Like Heaven », le morceau plus sombre et envoûtant « Love Song » grimpe jusqu’au No. 2.
The Grateful Dead
Le Grateful Dead figure parmi les groupes les plus importants des années 60 et demeure l’un des artistes les plus célèbres, autant pour sa subculture dévouée de fans « Deadheads » et ses tournées quasi ininterrompues que pour sa musique, mélange de rock psychédélique et de jam. Dans les années 80, le groupe est vu comme une relique de la contre‑culture des années 60, apprécié principalement par les baby‑boomers et les hippies vieillissants. Inadapté à une logique de singles, le Grateful Dead n’avait jamais connu de Top 40 jusqu’en 1987, lorsque MTV diffuse le clip humoristique de « Touch of Grey » montrant les musiciens dans la cinquantaine, en marionnettes squelettes sur scène. Ce morceau et sa vidéo permettent au groupe d’atteindre une nouvelle génération de fans, qui les suit en tournée et dans le quotidien pour les années suivantes.
