Parmi tous les grands classiques du rock et de la pop qui ont envahi les disquaires et les ondes radio en 1972, la mélodie la plus accrocheuse est sans doute le générique d’ouverture de la sitcom télévisée Sanford and Son. Lancée cette année-là sur la chaîne américaine NBC, la série est rapidement devenue l’un des programmes les plus populaires des États-Unis. Bien que brève, cette introduction musicale crépite d’énergie dès les premières secondes. Elle associe l’harmonica, l’orgue électrique et un rythme de batterie percussif et rebondissant pour créer une ligne mélodique inoubliable. Difficile de ne pas fredonner cet air, une prouesse d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’une œuvre purement instrumentale, dépourvue de la moindre parole.

La mort tragique en 2026 de Demond Wilson, qui incarnait Lamont, le fameux « fils » de la série, a rappelé au public que Sanford and Son n’était pas seulement l’une des meilleures sitcoms des années 70, mais que son générique restait l’une des compositions les plus enjouées et mémorables jamais écrites pour le petit écran. Loin d’être une simple musique d’introduction, ce titre est un véritable classique qui n’a rien perdu de sa superbe au fil des décennies.
Une composition signée par une légende de la musique
Si ce générique instrumental est aussi percutant et groovy, c’est en grande partie grâce au talent exceptionnel de son créateur. Actif en tant qu’auteur-compositeur, producteur et instrumentiste depuis les années 1950, Quincy Jones possédait un don hors du commun pour concevoir des musiques accrocheuses. Célèbre pour avoir dirigé l’enregistrement des albums mythiques Thriller et Bad de Michael Jackson, ainsi que le tube planétaire We Are the World, il a également produit des succès pour des artistes comme Donna Summer, George Benson, Lesley Gore ou encore Aretha Franklin.
Au début des années 1970, le producteur de télévision Bud Yorkin a acquis les droits de la sitcom britannique Steptoe and Son pour l’adapter aux États-Unis sous le nom de Sanford and Son. Le projet a été conçu sur mesure pour l’humoriste Redd Foxx, alors surtout connu pour ses sketchs hilarants mais jugés trop irrévérencieux pour la télévision classique. Ayant besoin d’un générique, Bud Yorkin s’est tourné vers Quincy Jones. Ce dernier connaissait bien Redd Foxx pour avoir collaboré avec lui sur le Chitlin’ Circuit, un réseau semi-clandestin d’humoristes noirs, où il avait d’ailleurs composé la musique d’entrée de scène de l’humoriste.
Officiellement intitulé The Streetbeater, ce morceau doit probablement sa fraîcheur et son énergie à la spontanéité de sa création. Lors d’une interview accordée au magazine Billboard en 2010, Quincy Jones a confié : « J’ai écrit ça en environ 20 minutes. Nous avions quatre musiciens. Nous l’avons enregistré en environ 20 minutes. C’est incroyable. Avec le recul, c’est un vrai voyage. » Tellement fier de cette composition — ou peut-être en réponse à l’engouement du public —, Quincy Jones a fini par commercialiser le titre sous la double appellation Sanford and Son Theme et The Streetbeater, en l’intégrant à son album You’ve Got It Bad Girl sorti en 1973.
